Edito.  posté le jeudi 27 septembre 2007 14:32

 

  Voilà, c'est une nouvelle histoire qui commence. Elle n'est destinée, en principe, qu'à un nombre restreint de personnes mais qui sait si, par la suite, l'envie me viendra d'ouvrir ce blog à un cercle plus large ?

  Je me dois de vous dispenser l'avertissement de rigueur : ce blog est interdit aux moins de 18 ans, comme si je pensais qu'un simple avertissement pouvait arrêter les mineurs...

  Cette nouvelle histoire traitera de relations homosexuelles entre hommes : boy's love (BL, d'où l'adresse de cette page)  ou yaoi, employez le mot qui vous conviendra. 

   Je ne vous force pas à aimer ce que j'écris, ou le sujet que je traite, mais je pense être en droit de vous demander le respect, ainsi, les commentaires injurieux, homophobes et autres dégénérescences seront supprimés et signalés. 

   J'espère pouvoir m'investir plus dans cette histoire que dans la précédente qui est tombée en désuétude, cependant, les règles ne seront plus les mêmes et les mises à jour se feront au gré de mes envies, ce qui risque, justement de donner lieu à une mise à jour tous les deux jours, voire une fois par jour.

  Si j'écris encore, c'est que je ne peux m'en empêcher, seulement, mes motivations ont changé et je veux aujourd'hui essayer un tout autre registre, même si je ne considère pas non plus que cette nouvelle histoire est un exercice de style. Je pense sincèrement qu'elle est celle que j'ai fait de mieux depuis que j'écris, mais ce n'est qu'un avis personnel qui n'engage que moi.

  Ainsi, après avoir d'abord décidé de garder secrète cette nouvelle intrigue, j'ai fini par prendre goût au fait de montrer ce que j'écrivais et, surtout, par cesser de ressentir cette gêne propre à l'écriture d'une histoire "érotique" pour assumer pleinement mes mots.

  Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture, et j'espère sincèrement vous retrouver régulièrement sur ce blog, 

  Claire. 

 

A Aurore, dont les conseils éclairés m'ont donné l'envie de me surpasser, merci ! 

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Le charme discret de la provocation.  posté le jeudi 27 septembre 2007 22:01

 
Le charme discret de la provocation
 
  Lorsque le génie rencontre l'ingénu, que l'un protège son innocence par principe, morale, norme et que  l'autre est prêt à tout pour la lui dérober, là, s'installe le charme discret de la provocation.
 
Chapitre 62 - ... 
 
   Bonne lecture. 
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Chapitre I.  posté le jeudi 27 septembre 2007 22:18

  Le ciel était gris et un halo de brouillard entourait les immeubles, leur donnant cet air fantomatique que j'appréciais tout particulièrement lorsque je sortais de bonne heure. Certaines voitures n'avaient pas encore éteint leurs feux et une lumière blanche illuminait les flaques d'eaux éparses qui couvraient l'asphalte. J'enfonçai plus profondément mes poings dans les poches de mon manteau et laissait le vent glacial piquer mon visage de toutes ses petites aiguilles gelées. Une mobilette me frôla dans une gerbe d'eau, laissant mon pantalon et mes chaussures détrempés. En tournant au coin de la rue de Rivoli et de la rue Pavée, je manquai de heurter deux hommes enlacés et murmurai un vague "excusez-moi" avant de taper les quatre chiffres de mon code et de dévérouiller la porte de mon immeuble.
  L'appartement était plongé dans un silence à peine troublé par le ronronnement de la cafetière. Daphné apparut dans l'encadrement de la porte, vêtue de son t-shirt de pyjama trop court à son goût mais que j'affectionnais particulièrement, pour les mêmes raisons.
- Qu'est-ce que tu as fait ?
- Juste un tour, répondis-je.
- Ton rédac' chef a appelé, soupira-t-elle.
- A cette heure-ci ?
- Il a dit que c'était très très urgent, dit-elle en haussant les épaules avant de grimper sur un tabouret de la cuisine.
  Je l'embrassai et enlevai mon manteau pour ensuite prendre la cafetière et verser le café dans deux tasses, j'en tendis une à Daphné qui n'émit qu'un grognement.
- Je vais appeler Patrick.
- Fais comme tu veux, grogna-t-elle encore une fois.
- Je suis désolé.
- Dis-lui de ne plus appeler ici, mais sur ton téléphone, je ne commenca qu'à dix heures aujourd'hui. Dis-lui de ne plus t'appeler d'ailleurs, on sera tranquille, pour une fois.
- Je sais, mais je débute, je suis une peu une roue de secours qu'on appelle quand on en a besoin, m'excusai-je.
- Tu me l'as répété mille fois, je voudrais juste savoir quand tu ne seras plus une roue de secours, j'en ai marre qu'il t'envoie toujours à l'autre bout de Paris à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, sous prétexte que tu ne peux rien lui refuser.
- Ca va venir, dis-je d'un ton apaisant alors que je n'en pensais pas un mot.
  J'avais toujours voulu devenir "quelqu'un" et j'avais choisi le journalisme, pensant qu'avec mon aisance rédactionelle je pourrais tirer mon épingle du jeu. Mais je travaillais depuis bientôt un an dans un mensuel littéraire et je n'avais encore jamais eu à exercer mes prétendus talents. Daphné avait terriblement raison mais j'étais obstiné, et persuadé que le sujet qui allait me révéler n'allait pas tarder à arriver, qu'il fallait laisser le temps au temps.
  Daphné avait du mal à supporter cette situation, son emploi du temps de professeur d'anglais en collèges était plus que carré, à l'exception de rares réunions syndicales, et la manie de mon patron de m'appeler à tout bout de champ pour m'envoyer en repérage lui faisait ronger son frein, elle qui pensait déjà aux enfants.
  Je décrochai le téléphone et composai le numéro que je connaissais par coeur.
- Secrétariat de Monsieur Longuet, que puis-je faire pour vous ?
- Bonjour Christiane, c'est Gabriel, Patrick vient de m'appeler.
- Je te le passe.
  Une musique rythmée envahit le combiné jusqu'à ce que la voix rauque du rédacteur ne vienne l'interrompre.
- Oui ?
- Bonjour, c'est Gabriel.
- Je t'ai appelé il y a au moins une heure !
- Désolé, j'étais sorti, m'excusai-je.
- Bon, alors j'ai une drôle de chose à te dire, dit Patrick sur le ton de la conspiration.
- Oui ?
- Tu connais Andreï Sidorov ?
- Euh... De nom.
  L'homme en question était un écrivain de romans d'amour à succès dont Daphné était folle. Je lui avais offert son dernier livre à Noël dernier et il m'avait suffit de voir l'éclat qui avait brillé dans ses yeux et la fébrilité avec laquelle elle avait retourné l'ouvrage pour regarder la photographie placardée sur la quatrième de couverture pour comprendre que cet homme m'était profondément antipathique.
- Le journal doit faire une série de reportages sur lui, on veut le mettre en couv' du mois de Décembre.
- OK, répondis-je, ruminant toujours la passion de ma compagne pour un homme qu'elle n'avait jamais vu.
- Et tu vas le faire, annonça-t-il.
  Même s'il avait tenté de montrer un enthousiasme relatif, je compris bien que la nouvelle l'embêtait au plus haut point. Je le lui fis, d'ailleurs, remarquer.
- Moi ? Mais il y a plein de spécialistes de lui à la rédaction !
- Ne crois pas que ça me fait plaisir, je n'ai pas envie de mettre Sidorov entre tes mains non initiées mais je n'ai pas le choix, crois-moi, j'aurais préféré envoyer Alain, ou même Fanny, dit-il, ennuyé.
- Pas le choix ?
- Non, soupira-t-il. Il a demandé à ce que ce soit toi.
  Moi ? Je ne connaissais cet homme que de nom, et lui ne devait certainement pas me connaître. Pourquoi avait-il demandé à être interrogé par moi ?
- C'est un dossier béton que je veux, dit gravement Patrick.
- Euh... Je suis flatté, et je sais que ce serait un véritable tremplin, mais je ne suis pas sûr... Tu crois qu'Alain pourrait travailler dessus avec moi ?
- Il a dit toi, c'est tout, prononça mon patron d'une voix dans laquelle perçait une pointe de découragement. Je sais pas pourquoi ce type te veut toi. Mais c'est la condition, tu imagines bien que je ne peux pas tout faire capoter parce qu'il m'a demandé de lui envoyer un bleu et que je refuse ! Sinon, crois-moi, j'aurais fait autrement. C'est Andreï Sidorov, Gabriel !
- Je sais qui c'est, mais je...
- Mais tu rien. Le rendez-vous est pris, c'est ce soir, chez lui.
  Je me résignai, en refusant, je risquais de perdre ma place mais également toute crédibilité dans le milieu journalistique. Malgré ma connaissance limitée du personnage, je savais qu'on ne refuse pas un papier sur Sidorov. Cependant, je doutais énormément de ma capacité à assumer un sujet aussi colossal.
- C'est sur l'Avenue Foch, au 76, quatrième étage, droite, précisa Patrick sans me laisser le temps de prendre un papier et un crayon. Tu as noté ?
- Attends, je prends un truc pour écrire.
- Avenue Foch, 76, quatrième étage, droite, la gardienne va t'ouvrir. Ah oui, c'est à vingt heures.
- Ok. Je...
- Tu m'appelles quand tu en sors ?
- D'accord.
- Pas de conneries, siffla-t-il.
- Non, non, ne t'inquiètes pas, ça va aller, le rassurai-je, tentant également de me convaincre de la véracité de mes paroles.
  Je raccrochai et rejoignis Daphné dans la cuisine.
- Alors ? C'était quoi ? Sûrement un truc passionant, marmonna-t-elle, montrant son désintérêt le plus total.
- Oui, plutôt.
- Quoi ?
- Je vais faire un reportage sur un Andreï Sidorov.
  Elle leva vers moi ses yeux exhorbités, sa bouche s'ouvrait sur un cri qui refusait d'en sortir. Elle laissa retomber sa tasse sur le comptoir en faux marbre de la cuisine et d'un geste vif attrapa la manche de ma chemise.
- Quoi ?
- Je ne connais rien de ce type et je dois le voir ce soir ! C'est vraiment casse-gueule !
- Mais c'est Sidorov, glapit-elle. C'est... Incroyable ! Mais c'est génial !
  Elle était excitée comme un enfant le matin du 25 Décembre. Elle secouait la manche de ma chemise en souriant bêtement. Son comportement m'agaça au plus haut point et j'eus envie de me lever et de claquer la porte. Je me contentai de me lever et d'aller m'enfermer dans mon bureau.
  En regardant par la fenêtre, j'essayai de comprendre ce qui pouvait déclencher ce comportement hystérique chez Daphné, elle n'était pourtant pas stupide et il avait suffit de cinq syllabes pour la plonger dans une transe prépubère. J'enlevai mes chaussures avant de les lancer dans un coin de la pièce et je posai ensuite les pieds sur mon bureau. Je ne connaissais pas cet homme mais, déjà, je ne l'aimais pas. Jalousie pure et simple ? Très certainement, il avait réussi dans un milieu artistique que je convoitais et dont je n'entrevoyais qu'une ébauche et en plus de ça, il arrivait à imprimer sur le visage de Daphné une expression que je ne serais jamais à même de lui procurer. Je me levai et allai chercher un de ses nombreux romans qui ne manquaient pas dans la bibliothèque de ma compagne. Les gouttes d'eau de la douche s'écrasaient contre le sol de la salle de bain dans un bruit mat, tant mieux, je n'avais pas envie de croiser Daphné.

"Andreï Sidorov est né en 1976 à Saint Petersbourg. Sa famille émigre en France en 1992 et c'est en 1994 qu'est publié son premier ouvrage, La Rose des Vents connait un succès immédiat et les oeuvres de cet auteur à part enchantent aujourd'hui les lecteurs du monde entier."

  La biographie laissait à désirer, mais au terme de quelques recherches sur internet, je découvris qu'il n'en existait pas d'autres. J'allais donc me lancer à l'aveuglette, peut-être aurais-je du demander des précisions à Daphné ? Mais il était trop tard, elle avait déjà claqué la porte d'entrée. Neuf heures quinze, elle était même en avance. Je trouvai sur le comptoir de la cuisine un mot griffoné à la hâte : "Je te souhaite bonne chance pour ce soir si je ne suis pas revenue avant que tu partes. Demande-lui un autographe de ma part ! Je t'aime."

Remerciements à Lyra qui est celle qui m'a donné l'envie d'ouvrir ce blog et de vous faire partager "Le charme discret de la provocation".
Remerciements également à Aurore pour ses conseils éclairés et ses encouragements.
Remerciements à Lil'Yunie pour son avis de non-yaoïste qui m'a rassurée sur le possible intérêt que pourraient trouver mes lecteurs à lire cette nouvelle histoire.


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Chapitre II.  posté le samedi 29 septembre 2007 21:10

  Lorsque la journée arriva à son terme, je trainai les pieds jusqu'au porte-manteau pour y récupérer mes effets personnels. En passant devant le bureau entièrement vitré de Patrick, je le vis m'adresser un signe, il articula trois syllabes sans décoller le récepteur téléphonique qu'il semblait porter vissé sur son oreille : "Attention".
  Je sortis de l'immeuble pour retrouver le temps maussade du matin, la nuit tombait doucement et les voitures commençaient à allumer leurs phares. Une famille passa devant moi, tous cachés sous un gigantesque parapluie. Je remontai le col de mon manteau dans un geste inefficace et pris le chemin du métro. Chaque goutte de pluie qui s'écrasait sur mes épaules me semblait être un poids de plus. Même si l'article que j'allais rédiger risquait de me sortir de l'anonymat, c'était un jeu de quitte ou double. Mais une question me taraudait plus que toutes les autres : "pourquoi moi" ?.
  Je compostai le ticket de ma carte orange et empruntai la ligne 5 puis la ligne 2 jusqu'au terminus. J'avais près d'une heure d'avance et décidai d'attendre l'heure dite dans un café en face du 76, Avenue Foch. Je relus la liste de questions que j'avais préparées et les trouvai toutes ridicules au possible. Le plus simple était encore d'arriver sans rien et de le laisser parler de lui, j'imaginais que c'était le genre de personnes que cela ne dérangeait pas. Au contraire. A huit heures moins dix, je réglai ma note et traversai la rue pour aller sonner au 76. Une femme trapue et d'un certain âge s'informa de mon identité et m'indiqua d'un air entendu qu'elle avait été prévenue par Sidorov. Elle m'invita à entrer et à utiliser le très vieil ascenceur du hall. Je ne doutais pas que l'homme que je m'apprêtais à rencontrer était à l'image du lieu. Emprunté, pompeux. Dans un claquement sec, l'ascenseur s'arrêta au quatrième. La porte à droite portait la mention A.S. Je sonnai.
  Une première fois, puis une deuxième, sans réponse. Je passai presque un quart d'heure devant la lourde porte noire à sonner à intervalles réguliers. Le potentiel de sympathie de l'écrivain diminuait à chaque seconde. Finalement, un bruit de verrou tiré attira mon attention. La porte s'ouvrit sur un homme un peu plus grand que moi, plutôt mince. Il tenait dans sa main droite une serviette éponge blanche avec laquelle il ébouriffait ses cheveux mouillés. Sa chemise blanche entr'ouverte laissait apparaître un torse glabre. Son visage fin et d'un blanc presque fantomatique semblait inexpressif, mais ses yeux d'un gris d'une paleur extraordinaire me fixaient avec le plus total désintérêt. Son sourcil gauche était légèrement haussé, presque interrogatif.
- Oui ?
  Sa voix était grave et presque rauque, y perçait le dédain, je me sentis ridiculement déplacé, là, dans cet immeuble, face à cet homme au sujet duquel j'avais à présent une certitude : il représentait tout ce que je n'aimais pas.
- Je suis le journaliste de Littera, murmurai-je, étonné par le timbre de ma voix.
- Oh.
  Il avait prononcé ce mot avec la plus parfaite désinvolture.
- Je vous avais oublié, lacha-t-il.
  Je tentai de cacher la colère qui me gagnait peu à peu, pensant aux portes que pourraient m'ouvrir mon article. Mais l'écrivain vit immédiatement que l'agacement commençait à me gagner, et la situation lui arracha un sourire ironique.
- Vous entrez quand même ?
- Je... Je suis là pour ça, bredouillai-je.
- Installez vous dans le salon, je reviens, dit-il, me laissant seul dans l'entrée, sans repères pour trouver le salon.
  J'aperçus l'extrémité d'un canapé qui dépassait d'une porte entr'ouverte et je m'avançai donc en direction de la pièce avant de prendre place sur un coussin. Au bout d'une dizaine de minutes, l'écrivain fit son apparition dans la pièce. Ses cheveux chatains étaient encore humides et ses mêches ébouriffées dessinaient une auréôle que je mourrais d'envie d'arracher. Il s'installa dans un fauteuil en cuir noir et attrapa un paquet de cigarettes posé sur une table basse en verre. Le cliquetis de son briquet en métal me tira de ma torpeur. Il recracha la fumée bleutée et planta son regard glacé dans le mien. Je sentais que je devais dire quelque chose, mais que dire ? J'avais la certitude que chacun de mes propos seraient tournés en dérision. Soudain, sa voix résonna dans la grande pièce à peine meublée :
- Par quoi dois-je commencer ?
- Je...
- Vous dire que je me contrefous de toutes ces gamines qui achètent mes bouquins ? Et que je me fous royalement de votre journal ?
  La phrase était globalement ignoble, mais je pris ses mots pour une attaque envers Daphné, elle qui me demandait le matin-même un autographe de son auteur préféré. Je réussis à articuler :
- C'est un test ?
- Un test ?
- Ecoutez, je ne sais pas pourquoi vous avez voulu que ce soit moi qui fasse ce reportage, mais je dois vous avouer que...
  Je me tus, me rendant compte que c'était le genre de remarques que je ne ferait pas un journaliste professionnel. C'était le plus sûr moyen de me faire renvoyer.
- Continuez, j'aime les gens francs, dit-il en haussant à nouveau le sourcil gauche.
- Voilà, hésitai-je, on devrait partir sur de bonnes bases. Si je dois écrire un truc... Enfin, un article sur vous, ce serait bien que...
- Vous nous jouez la carte du médiateur ?
  Mais comment faisait-il pour être aussi agaçant ? Je ne l'avais rencontré que quelques minutes auparavant et déjà je le haïssais. Je haïssais son petit air supérieur, ce sourire ironique, ce sourcil gauche levé en permanence comme pour souligner mon incompétence. Je jouai alors donc la carte de la sincérité.
- Pourquoi est-ce que vous êtes comme ça ? Vous voulez que je vienne, je suis là, et vous... Vous êtes...
- Je suis ?
- Insupportable !
  Il s'enfonça plus profondément dans son fauteuil avec un sourire satisfait.
- Pourquoi avez-vous voulu que je vienne ?
- Vous m'intéressez, prononça-t-il sur le même ton désinvolte.
- Je... Vous intéresse ?
- Oui. Vous êtes parfaitement ce genre de scribouillards sans talent qui...
- Je ne suis pas un scribouillard sans talent !
  Il sourit et me regarda, les yeux mi-clos. Il recracha la dernière volute de fumée avant d'écraser le filtre blanc de sa cigarette dans un cendrier en verre. Il m'avait mis dans une rage folle.
- De quel droit est-ce que vous dites ça ? Vous vous croyez tout permis ou quoi ? Oui, je débute, mais si vous avez voulu que je vienne pour m'humilier, je préfère encore partir ! Votre jeu n'amuse que vous !
  Je m'étais levé et j'étais prêt à quitter la pièce mais son regard m'en empêcha. Ses yeux gris étaient fixés sur moi et je me sentis comme paralysé par leur intensité.
- Rasseyez-vous, ordonna-t-il et malgré moi, j'obéis. De quoi voulez-vous parler, Gabriel ?
- Je suis là pour faire un reportage sur vous, dis-je soudainement décontenancé par le ton plus calme avec lequel il avait prononcé ces derniers mots.
- Et qu'est-ce qu'il vous faut pour votre reportage ?
- Euh... Une interview. Je pense.
- Vous pensez ?
- Oui, je pense.
  Il sourit à nouveau, mais toujours un sourire ironique, comme démenti par ses yeux gris dans lequels je ne voyais aucun amusement.
- C'est pour ça que je vous ai choisi, sourit-il.
- Pourquoi ?
- Vous êtes touchant.
- Touchant ?
- Gauche, maladroit, mais touchant.
- Vous avez un problème avec moi ?
- Aucun, répondit-il en regardant à travers la vitre.
  La nuit était tombée et la scène que je vivais paraissait tout à coup surréaliste, sans aucun sens logique, j'étais là, au milieu de ce salon presque vide à discuter avec un écrivain si étrange qu'il me donnait des frissons.
- J'ai des choses prévues pour ce soir, on se dit demain à la même heure pour votre... Interview ?
- Mais... Je viens de l'autre bout de Paris pour vous voir, et...
- Quel dommage. Vous voulez de l'argent pour le taxi, j'imagine, ironisa-t-il.
  Je me levai et sortit en claquant la porte. Lorsque je me retrouvai sur l'Avenue Foch, je fus soudain terriblement soulagé. Cet homme était si désagréable qu'il en devenait presque une caricature. Je me résolus à appeler mon chef dans la soirée pour lui demander de confier le reportage à quelqu'un d'autre, le jeu que Sidorov entendait jouer avec moi ne m'amusait pas du tout et l'humiliation ne faisait pas partie de mes techniques de sociabilisation. Avant d'arriver à la station de métro, je frappai violemment une canette de Coca-Cola qui trainait sur le trottoir. De quel droit se permettait-il de jouer avec moi comme il le faisait ?
  Mais si cet homme m'inspirait une haine farouche, il m'intriguait tout à la fois.
- Une petite pièce pour manger, s'il vous plaît ?
  Je laissai tomber une pièce de deux euros dans la casquette usée d'un SDF, ce qui eut pour effet de dévier le cours de mes pensées, Sidorov sortit de ma tête durant tout le trajet pour être remplacé par des réflexions stériles sur la misère du monde.

 

Lorsque je parle du "temps maussade du matin", ce n'est pas une erreur, le temps de la soirée est juste le même que celui de la matinée.

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Chapitre III.  posté le lundi 01 octobre 2007 13:41

  C omme certains d'entre vous me l'ont fait remarquer, Andreï ressemble à Raffael de façon très prononcée. En effet. Mais j'ai essayé dans cette nouvelle histoire de nuancer le personnage plus que je l'ai fait avec son "brouillon". En espérant que vous ne pensiez pas vous trouver face à une copie conforme.

  Si vous le désirez, il vous est possible de vous inscrire à la newsletter pour être tenus informés des avancées de l'histoire. 

 

  La pluie battante qui couvrait les rues trempées d'une fine pellicule ondulante n'épargnait pas les passants et je faisais partie de ceux qui n'avaient pas eu la prévoyance de se munir d'un parapluie. La veille, je n'avais pas jugé nécessaire de faire part à Daphné de mes impression sur Sidorov, inutile de lui rapporter des paroles qu'elle refuserait inconsciemment de croire. Elle m'avait abruti de questions presque toutes laissées sans réponse.
  En arrivant au journal, Patrick me convoqua immédiatement dans son bureau.
- Mais tu es dingue de ne pas m'avoir appelé hier !
- Désolé, je pensais à autre chose, m'excusai-je.
- J'ai essayé de t'appeler une trentaine de fois sur ton portable, qu'est-ce que tu faisais ?
- Je dormais, désolé.
- Bon, alors ?
- Alors c'est un connard, répondis-je.
- Mais ton interview ?
- Il l'a reportée, il m'avait oublié, sifflai-je.
- Ah. Quand ?
- Ce soir.
- Tu m'appelles. Vraiment cette fois-ci.
- Oui, oui.
  J'avais tenté de dire à Patrick que je ne voulais plus assumer ce rôle d'interviewer, mais il avait menacé de me licencier et je n'avais pas d'autre choix que de me retrouver à nouveau en tête à tête avec l'exécrable Sidorov. La journée passa rapidement et j'avais renoncé à trouver des questions à lui poser, s'il voulait parler de quelque chose, il y viendrait lui-même, puisque de toute façon, il ne ferait que ce dont il avait envie. A dix-neuf heures, je quittai l'immeuble, pestant encore contre la pluie qui détrempait mon manteau.
  Cette fois-ci, je m'arrangeai pour arriver en retard, ayant compris que l'empressement n'était pas exactement la tactique à employer. La concierge me regarda à nouveau d'un oeil accusateur tandis que je lui lançais un vague "bonsoir". La porte du quatrème étage droite s'ouvrit dans les cinq minutes qui suivirent mon coup de sonnette. Sidorov jeta sur moi un regard moins dédaigneux que la première fois et me fit signe de m'installer dans le salon.
- Vous êtes revenu ?
- Je fais mon travail, je me fous de ce que vous pouvez penser de moi, répondis-je.
- Je me disais bien que vous n'étiez pas aussi niais que vous en avez l'air, dit-il en allumant une cigarette.
- Je n'ai pas de questions, je me suis dit que vous adoreriez parler de vous, je me suis trompé ?
  Il leva les yeux vers moi et je crus voir comme une lueur de mécontement passer dans son regard.
- Oui.
- Là, vous m'étonnez.
- Comme quoi, dit-il, parlez-moi de vous.
- De moi ?
- De vous, prononça-t-il.
  J'étais pris complètement au dépourvu. Son regard me désarmait complètement et m'empêchait de réfléchir à une réponse convenable.
- J'ai fait ma formation de journaliste sur le...
- Ca ne m'intéresse pas, m'interrompit-il. Je veux que vous me parliez de ce que vous n'aimeriez pas que je sache.
- C'est paradoxal, dis-je sans vraiment comprendre.
- N'est-ce pas ?
  Un silence s'installa entre nous, uniquement interrompu par le crépitement régulier de sa cigarette.
- Vous aimez votre métier, Gabriel ?
- Oui, bien sûr, répondis-je immédiatement.
- Vous en avez de la chance, dit-il distraitement.
- Vous n'aimez pas le votre ?
- On a déjà vu mieux que d'écrire des romans pour midinettes, non ?
- Une amie à moi dit que ce ne sont pas des romans pour midinettes, justement.
- Votre petite amie, n'est-ce pas ?
- Oui, avouai-je.
  Il leva un sourcil avant d'écraser sa cigarette à moitié consumée dans le cendrier et de se lever pour s'approcher de moi.
- Je vous le dis, ce sont des romans pour midinettes.
- Vous n'avez pas peur que je mette ça dans le journal ?
- Vous n'allez pas le faire, murmura-t-il.
- Et pourquoi pas ? Vous perdriez toutes vos lectrices. Moi, je m'en fous, mais vous...
  Je m'interrompis, soudain conscient du ridicule de mes paroles dignes d'un truand de seconde zone. Il se leva et vint se placer derrière mon fauteuil.
- Vous n'allez pas le faire.
  Il vint chuchoter à mon oreille :
- Tu ne vas pas le faire parce que tu veux en savoir plus, hum ?
  J'eus du mal à cacher mon trouble, et mon érection.

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