Je suis de retour ("pour vous jouer un mauvais tour" ajouterait la Team Rocket, mais je ne le dirai pas moi-même pour préserver le mystère sur mes choix télévisuels). Je vous gratifie donc d'un interminable article parce que visiblement vous n'avez pas encore atteint le seuil de saturation. ^^
Lorsque je me réveillai le
lendemain, j'eus la sensation que tout cela n'était qu'un
mauvais rêve, qu'aucun des événements de la
veille ne s'était réellement produit. Mon regard se
tourna vers le fauteuil placée dans l'angle de la chambre
dans lequel se tenait assis mon amant, un livre à la main.
Sans même lever les yeux de l'ouvrage, il demanda :
- Tu es réveillé ?
La voix désincarnée d'Andreï me fit sursauter et
l'espace d'un instant, je revis cette lueur féroce qui avait
brillé dans ses yeux lorsqu'il avait maîtrisé
mon père pour ensuite le confronter à la
vacuité de sa vie. Il m'avait fait peur et m'avait paru
tellement plus dangereux que l'homme qui m'avait battu durant
toutes ces années, son visage ne révélait
à ce moment-là que la froide et implacable
résolution d'un homme qui va en exécuter un autre et
qui a mûrement posé le pour et le contre. Il
perçut mon regard paniqué et soupira mais n'aborda
pas le sujet.
- J'ai appelé au journal pour leur dire
que tu étais alité.
- D'a... D'accord.
Les événements de la veille me revinrent très
nettement en tête et je m'écriai :
- Je dois aller voir Eva ! Je dois absolument
voir Eva !
- Tu ne veux pas attendre d'aller mieux ?
- Il est venu chez moi... Il a du aller chez elle
! Oh non... Je dois y aller !
- Il n'y a presque plus de métros.
- Je vais y aller à pied ! Je dois
absolument...
- Habille-toi et rejoins-moi en bas, je vais
chercher la voiture.
- O... Oui. On va faire ça, je...
- Essaie de l'appeler avant.
Tout en m'habillant en toute hâte, je mis le haut-parleur de
mon téléphone portable pour entendre de longues
sonneries qui résonnaient dans le vide. Impossible de la
joindre malgré toutes les tentatives que je fis durant le
trajet qui nous séparait de son appartement, son
téléphone restait obstinément muet et
n'acceptait rien de plus que de me débiter d'une voix
mécanique l'annonce de sa messagerie. Les minutes que je
passai dans l'habitacle me parurent durer des heures et ce n'est
que lorsque la porte de son appartement s'ouvrit sur une Eva saine
et sauve que le noeud qui me comprimait le ventre s'envola. Je me
jetai dans ses bras.
- Eva ! J'ai eu tellement peur...
Ma soeur ne me rendit pas mon étreinte et recula de quelques
pas sous mon regard interloqué.
- Eva ?
- Il est venu, hein ? Demanda-t-elle alors que
les larmes commençaient à couler le long de ses
joues.
- Oui, il est venu. J'ai eu peur qu'il ne t'ait
fait du mal.
- Je ne mérite pas que tu
t'inquiètes pour moi, sanglota-t-elle.
- Mais pourquoi tu dis ça, enfin ?
Je n'eus pour toute réponse qu'un reniflement sonore.
- Parce que c'est elle qui a donné ton
adresse à votre père, dit Andreï d'une voix
incisive.
Les sanglots de ma soeur redoublèrent
d'intensité.
- Eva ? Est-ce que c'est vrai ? Eva ?
- Bien sûr que c'est vrai, soupira
l'écrivain.
- Je suis... Je suis désolée... Il
m'a... Menacée... Mais je l'ai fait partir... Avec la bombe
lacrymo... Celle que tu m'as donné...
- Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas
prévenu ? hurlai-je, en proie à une rage folle.
- J'espérais qu'il ne... Qu'il ne
viendrait pas... Te voir...
- Mais il est venu ! Il est venu, et si tu
m'avais prévenu... Et bien, j'aurais pu m'y préparer
!
- Il ne t'a pas... Fait de mal ?
- Non ! Parce qu'Andreï était
là !
Ma soeur leva sur l'écrivain un regard débordant de
reconnaissance avant de l'enlacer, il resta immobile et n'esquissa
pas un mouvement. Elle se ravisa rapidement et laissa tomber ses
bras le long de ses flancs dans une grimace
gênée.
- Dé... Désolée.
- Tu aurais du me prévenir !
- Je suis... Tellement navrée... Tellement
navrée...
- Eva ! Mais à quoi est-ce que tu pensais
? Tu croyais vraiment qu'il prendrait mon adresse mais qu'il
n'allait pas venir me voir ? A quoi tu pensais, putain ?
Je sentis la main d'Andreï se poser sur mon épaule et
je tournai la tête pour le voir me lancer un regard qui
m'intimait le calme. Je me tus donc, cédant ma place
à un silence entrecoupé de sanglots bruyants.
- Tu es vraiment...
Un nouvelle pression de la main d'Andreï me réduisit au
silence. Je tournai alors les talons pour appuyer sur le bouton de
l'ascenseur. Je jetai un dernier regard débordant de fureur
à ma soeur pour voir Andreï lui glisser quelques mots
avant qu'elle n'hoche tristement la tête. Il entra ensuite
avec moi dans l'étroite cabine et appuya sur le bouton du
rez-de-chaussée. La porte coulissa en même temps que
celle de ma soeur se fermait.



01qq
lun 24 nov 2008 19:00