Chapitre LXXVIII.  posté le jeudi 15 mai 2008 17:50

Un silence glacé s'était infiltré dans l'habitacle de la voiture et nous ne prononçâmes pas un mot sur le chemin du retour. Je ne prêtai même pas attention à la conduite d'Andreï tant la discussion que je venais d'avoir avec ma soeur me perturbait. Comment avait-elle pu faire ça ? Je pouvais comprendre le fait qu'elle ait donné mon adresse à notre père si elle y avait été contrainte sous la menace, mais pourquoi me l'avait-elle caché ? Elle le connaissait aussi bien que moi et ne pouvait imaginer qu'il en serait resté là, qu'il se serait enquis du lieu où je résidais sans pour autant aller me rendre visite. Je ne parvenais pas à comprendre sa réaction, n'aurait-il pas été plus simple de m'avertir, connaissant le danger que je courrais ? Non, elle avait fait preuve d'un égoïsme rare que je me sentais incapable de lui pardonner.
Alors qu'Andreï déposait son écharpe sur le porte-manteau, je lui lançai :
-    Pourquoi est-ce que tu l'as défendue ?
-    Je ne l'ai pas défendue, répondit-il distraitement.
-    Peut-être pas explicitement, mais tu m'as fait comprendre que je devais me taire. Pourquoi ?
-    Parce que tu te comportais comme un vrai connard.
Je restai bouche bée et avançai d'un pas rapide vers le salon pour claquer la porte derrière moi. De quel droit se permettait-il de la défendre ? Il ne quitta pas son bureau de la journée et j'en profitai pour m'avancer dans les articles que j'aurais du rédiger si je m'étais rendu au journal. Ce que je n'avais pu faire à cause de ma soeur. Ma fureur qui s'était un peu apaisée reprit de plus belle et je laissai là mes papiers pour aller chercher quelque chose à manger dans le réfrigérateur. Vide, évidemment, j'en venais à me demander s'il arrivait à Andreï de se nourrir. J'aurais bien sûr pu faire les courses, mais, moi, je travaillais à l'extérieur et j'avais d'autres occupations, tandis que lui se contentait de passer ses journées dans l'appartement, daignant parfois sortir lors d'un déjeuner ou d'une soirée, à la rigueur lorsqu'il s'agissait d'aller acheter des cigarettes. Mais faire les courses... Bien sûr, il était beaucoup plus gratifiant de jouer à l'écrivain damné que d'aller faire les courses.
J'étais bien incapable de déterminer pourquoi j'en voulais tant à l'écrivain et après une dizaine de minutes à me questionner à ce sujet, je décidai que j'étais bien trop énervé pour me concentrer sur mon travail. Je me levai donc pour rejoindre la chambre et m'allonger dans le grand lit froid. Un raclement de pieds de chaise m'informa que mon amant se trouvait dans son bureau, il pouvait y rester. Cependant, je ne parvins pas à trouver le sommeil, comme c'était souvent le cas lorsqu'il ne dormait pas à mes côtés et après une vingtaine de minutes passées à me retourner entre les draps, je me levai pour attraper un livre dans la colossale bibliothèque de l'écrivain. Alors que de gigantesques étagères croulantes de livres me faisaient face, mon regard fut attiré par la tranche de l'un d'entre eux, qui me parut familier. Je le saisis pour constater que le nom de l'auteur n'était autre qu'Andreï Sidorov, évidemment. Il n'avait jamais été ouvert et j'eus envie de l'étrenner et de lire pour la première fois un ouvrage de mon amant, cependant, je n'en fis rien, je ne lui ferais pas ce plaisir ce soir. Je reposai le livre à la couverture bleutée pour laisser ensuite mes doigts parcourir les rayonnages et s'arrêter finalement sur Guerre et Paix de Tolstoï.
Il me fut tout d'abord impossible de me concentrer sur ma lecture, mais je fus bien vite emporté par le tourbillon des mots que l'écrivain russe maniait à la perfection. Le bruit de la porte de la chambre me fit sursauter et je levai les yeux sur mon amant qui ne daigna même pas m'adresser un regard, ce qui ne fit qu'amplifier ma fureur retrouvée. Alors qu'il commençait à se déshabiller, j'explosai :
-    Un vrai connard, c'est ça ?
-    C'est exactement ça. Un vrai connard.
-    Et de quel droit est-ce que tu dis ça ?
-    Je te dis ce que je pense. Et tu t'es comporté comme un connard avec ta soeur.
-    Mais est-ce que ce n'est pas normal après ce qu'elle m'a fait ?
-    Tu ne crois pas que tu exagères ? Est-ce si grave ?
-    Il aurait pu me... Me tuer !
-    Te tuer ?
Il laissa échapper un rire forcé avant de poursuivre :
-    Un alcoolique soixantenaire et diminué ?
-    C'est mon père !
-    Qu'est-ce que ça change ? Que ce soit ton père ou pas, il n'aurait pas fait le poids. Tu n'as plus dix ans, tu en as... Hum...
-    J'ai vingt-sept ans !
-    Et tu ne penses pas qu'il serait temps de grandir un peu ?
-    Comment ça ?
-    Tu exagères comme un gamin, ton comportement est tout simplement excessif.
-    Je ne suis pas excessif ! Je suis en colère ! Qui ne le serait pas après ça ?
-    Je peux comprendre que tu aies été énervé par le fait qu'elle ne t'ait rien dit, mais de là à le ruminer toute la journée.
-    C'était complètement stupide de sa part !
-    Non, c'était humain.
-    Ah , parce que maintenant tu sais ce que c'est que d'être humain ?
-    Elle avait honte, et elle avait peur. Tu ne peux pas lui en vouloir pour ça.
-    Bien sûr que je peux ! Elle a trahi ma confiance !
-    Elle a agi comme ça parce qu'elle avait peur de ta réaction et parce qu'elle avait honte d'avoir donné ton adresse à votre père, rien de plus. N'y vois pas une quelconque machination destinée à t'exécuter. Tu es vraiment paranoïaque.
-    Tu vois que tu prends sa défense !
Il froissa sa chemise et la lança dans un fauteuil.
-    Je ne prends pas sa défense à proprement parler, mais je suis bien obligé de constater que le plus grand fautif, c'est toi. Bien sûr qu'elle aurait du t'en parler, mais est-ce que cela justifie tout ce cirque ? Tu montes une histoire incroyable autour de ça, alors qu'elle s'est contentée de se laisser aller à des réactions humaines.
-    Des réactions humaines... Tu vas me donner des leçons sur l'humanité maintenant. Tu es sûr d'être bien placé pour ça ?
Son pantalon prit le même chemin que sa chemise et il tourna vers moi un regard franchement furieux.
-    C'est avec ta soeur que tu as un problème à régler, pas avec moi. Alors tu vas arrêter immédiatement d'essayer de passer tes nerfs sur moi et tu vas recouvrer un minimum de raison, juste de quoi te rendre compte que tu agis comme un sombre crétin. Parce que c'est le cas, et ne me regarde pas comme ça, tu sais que j'ai raison. Si tu as besoin d'insulter quelqu'un, retourne voir ton ex compagne, qui supportait sans aucun doute tes sautes d'humeur, mais sache que ce n'est pas mon cas et que si tu continues à jouer à ce petit jeu là, ça va mal se finir. J'ai l'impression de parler à un gamin, tu crois avoir été trahi par ta soeur, mais as-tu une seule fois ressenti ce qu'est une vraie trahison ? J'en doute. Alors tu vas arrêter tes exubérances et ta paranoïa, tu vas dormir et quand tu te réveilleras, tu te rendras compte que ton excessivité t'a fait dire un tas de conneries. Je ne suis peut-être pas un modèle d'humanité, comme tu sembles le penser, mais je sais distinguer ce qui nécessite d'être en colère et ce qui n'en vaut pas la peine, pas toi. Maintenant, tu sors de mon lit.
-    Quoi ?
-    Va réfléchir dans le canapé.
-    Dans le...
-    Oui, dans le canapé. Je n'ai aucune envie de t'entendre geindre toute la nuit.
-    Mais...
-    Bonne nuit, dit-il en relevant le drap sur lui tout en éteignant la lampe de chevet.
Je fermai avec déférence et soumission la porte sur moi pour rejoindre le canapé.

Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.103) pour vous identifier.     

Tous les commentaires de l'article:
Chapitre LXXVIII.

  • Ina

    lun 19 mai 2008 20:42

    Haa, il y a des grands malades !!
    Je pense que Gabriel étant totalement traumatisé par l'histoire avec son père, depuis son enfance, était tout à fait en droit de s'énerver, même si Eva avait ses raisons...

    Tssk.

    Il serait temps qu'il se rebelle un peu contre Andrëi... Il me fait mal à être si soumis.
    C'était bien partit, pourtant... Et l'écrivain prodige pourrait faire ses courses, quand même !

  • super-ketchup

    ven 16 mai 2008 19:47

    Je me sens très mal vu comment Gabriel se fait traiter... effectivement ça a été gamin, effectivement c'est de trop, mais bon voilà ! ^^ Gabriel je te soutiens !!!

  • shanyah

    ven 16 mai 2008 12:53

    j'adore de plus en plus Andreï. il a une répartis que démoli tout sur son passage,j'adore ce personnage.

    apres le pauvre,sur le canapé alors qu'on commençais a apparcevoir un soupson d'amour dans les parole dde l'écrivain...snif ^^

  • alizée

    jeu 15 mai 2008 21:58

    WAÏE WAÏE WAÏE !!!!


    C'est vachement violent comme dispute !

    En plus tel un vieux couple il va dormir sur le canapé ^^'

  • Styara

    jeu 15 mai 2008 20:38

    Andreï n'a pas tort... n'empêche qu'il pourrait quand même aller faire les courses!
    et puis faire dormir Gabriel sur le canapé... c'est exagéré!
    Gabriel n'a qu'à attendre que son écrivain s'endorme puis regagner le lit, comme sa au matin: surprise! ^^

    continue!!!!!! <3

  • Mahea

    jeu 15 mai 2008 19:14

    Il abuse andrei, de la à le faire dormir sur le canapé T_T

  • Claire.

    jeu 15 mai 2008 18:58

    Moi je suis tout à fait d'accord avec Andreï !
    Il réagit un peu excessivement qd même !
    Façon il a toujours raison notre petit chou

    See you soon !

    Claire.

  • elle sid

    jeu 15 mai 2008 18:20

    pas certaine d'être d'accord qavec Andreï...
    en tout cas sur la fin le connard c'est plutôt lui...
    un pas en avant deux en arrière,
    comme d'hab...
    mais heu >_<


 

Accueil | PC | PS3 | 360 | Wii | PS2 | DS | PSP | IPHONE | Web |
Jeux du moment : Bioshock 2 PC | Bioshock 2 PS3 | Call of Duty : Modern Warfare 2 360 | F1 2009 Wii | Assassin's Creed II : Discovery DS