Pas de jolie image qui me demande un travail fou (comme vous pouvez l'imaginer) pour cet article. "Pourquoi" me direz-vous ? Pourquoi ce laxisme ? Et pourquoi pas des articles bourrés de fautes d'orthographe ? Une telle négligence est inexcusable ! J'en vois déjà certaines entamer une grève de la faim pour protester contre la criante absence de "jolie image qui me demande un travail fou (comme vous pouvez l'imaginer) pour cet article" ! Et oui ! Et que celui qui n'a jamais pêché me jette la première pierre ! Oui, l'être humain est inégal, oui, l'erreur est humaine ! Ne me jugez pas ! Cessez ces regards accusateurs ! Baissez vos frondes ! Je ne suis qu'une pauvre femme abandonnée par un ordinateur peu résistant dans un état d'asservissement aïgu au bon vouloir de son jeune adolescent, rebelle et boutonneux de petit frère qui a profité de son absence pour faire main-mise sur l'ordinateur de salon. Je vois déjà une vague de compréhension provenir de mes grandes soeurs de lectrices. Je suis pardonnée ?
Et si Andreï avait raison ?
Je dus reconnaître qu'en y réfléchissant plus
avant, je ne trouvais plus de raison qui pourrait justifier une
telle rancune vis-à-vis d'Eva. Elle avait évidemment
trahi ma confiance, mais n'aurais-je pas fait de même si je
m'étais trouvé dans la même situation ? Mon
amant était à même de la comprendre, tout
égoïste et indifférent qu'il était, je
devais donc en être également capable. Pourquoi
éprouvais-je le besoin de toujours faire une montagne de
tout et de m'abimer dans des réflexions interminables
dès que la routine de ma vie se voyait chamboulée
?
Qu'avais-je à reprocher à ma soeur ? Elle
n'était pas responsable de la frayeur que m'avait
causée la réapparition de notre père, si elle
ne lui avait pas donné mon adresse, il l'aurait
trouvée de lui-même et le résultat n'aurait pas
été sensiblement différent. Avais-je le droit
de la tenir pour responsable du sentiment d'impuissance qui m'avait
saisi alors que je me revoyais quinze ans en arrière,
incapable de m'opposer à un homme sur lequel ma
supériorité physique était plus
qu'évidente ? Non, l'écrivain avait parfaitement
raison, je m'étais conduit comme le dernier des
imbéciles et j'étais prêt à aller
m'excuser de ce pas. Je lui devais également des
remerciements pour son comportement de la veille. Il m'avait
terriblement surpris lorsque, tenant mon père en respect, il
avait froidement énoncé ses menaces, cette lueur de
détermination violente brillant dans son regard dur. Je ne
pus que me demander, légitimement, si cette longue tirade
qu'il avait déclamé avec impassibilité n'avait
pas été préparée depuis des
années, si le véritable destinataire de toute cette
haine n'était pas en réalité le père
d'Andreï. Je ne savais rien du décès de ses
parents, il m'avait dit n'en rien savoir non plus, mais je ne
pouvais me départir de l'idée qu'il était bien
plus informé que ce qu'il prétendait. Pouvait-on
apprendre la mort de ses parents sans chercher à en
connaître la raison ? Aussi complexe que soit mon amant, je
ne l'imaginais pas détaché à ce point.
Je me glissai avec précaution dans notre chambre. Un rai de
lumière venait éclairer le visage de l'homme assoupi
dont la gracieuse silhouette se détachait sous la
fluidité des draps de soie. Soudain, les yeux gris
s'ouvrirent, m'occasionnant un sursaut.
- Je croyais t'avoir dit que...
- Je viens m'excuser.
Andreï tourna la tête et posa son regard sur moi avant
d'esquisser un sourire, ce que je pris pour une invitation à
me rapprocher. Je m'assis à l'extrémité du lit
et fixai distraitement les étagères qui croulaient
sous les livres. Avec gêne, je passai la main dans mes
cheveux.
- Voilà. Je m'excuse, je me suis rendu
compte que j'avais été vraiment trop con.
- C'est peu dire.
- S'il te plaît... Je m'excuse, tu pourrais
quand même respecter ça ? Bon. Je voulais juste te
dire que tu avais raison, et je peux t'assurer que ça ne me
plaît pas du tout de devoir le reconnaître.
L'écrivain n'entrait pas dans mon champ de vision, mais je
le connaissais assez pour imaginer le sourire sarcastique qui ne
manquait certainement pas d'avoir illuminé son visage.
- Mais, moi, je sais reconnaître mes torts,
non, je n'essaie pas de remettre de l'huile sur le feu, laisse moi
finir. Là, je dois avouer que je me suis planté. Je
crois que j'ai voulu imputer à ma soeur le retour de mon
père, et ce n'est pas vraiment honnête. Alors je vais
m'excuser auprès d'elle.
Andreï sourit et rejeta les draps dans une invitation
explicite à reprendre place dans le lit. Avec
précaution, je déposai ma tête sur son torse
avant de constater avec satisfaction qu'il enlaçait ma
taille de son bras gauche.
- Je crois que je me pose trop de questions.
C'est vrai, je commence sérieusement à en avoir
marre.
- Ce n'est pas faute de te l'avoir
répété.
- Je sais bien... Mais je n'arrive pas à
faire autrement. Ce n'est pas que j'aime ça, au contraire...
Mais je passe mon temps à réfléchir, sur moi,
sur nous deux, sur les autres, sur le pourquoi des choses. Et en
général, je finis par trouver une conclusion, une
ligne de conduite, et je fais tout de travers. Je ne respecte
même pas ce que je me fixe. Si j'avais du suivre tout ce que
j'avais déterminé à l'avance, je ne serais pas
là, je pense que j'aurais même la bague au doigt, et
peut-être déjà un gamin.
Andreï laissa échapper une moue
dégoutée.
- En fait, je me prends la tête alors que
le seul résultat c'est... Non, il n'y a même pas de
résultat.
Mon amant étouffa un baillement avant de prononcer :
- Et ça t'est venu comme ça ?
- Euh... Oui.
- Et tu t'es dit qu'il fallait absolument que tu
m'en parles ?
- Quelque chose comme ça...
- Je ne peux pas t'aider.
- Je sais.
- Tu es le seul à pouvoir y changer
quelque chose.
- Mais je crois que j'en suis incapable,
murmurai-je. Je me sens obligé de me remettre en question
tout le temps.
- Et pourquoi, à ton avis ?
- A cause de toi ?
- Hum...
- Non, je pense que c'est parce que je n'ai pas
confiance en moi.
- Si tu arrives à t'en apercevoir, tu es
sur la bonne voie.
- Comment est-ce que tu fais, toi ?
- Pour quoi faire ?
- On dirait que tu ne réfléchis
jamais à ce que tu fais.
- Ce n'est pas parce que je ne pèse pas le
pour et le contre à chaque fois que je dois choisir entre un
thé et un café que je ne réfléchis pas
à ce que je fais, dit-il dans un sourire.
- Je suis sérieux.
- Mais moi aussi.
- Des fois, je me fais penser à
Daphné.
- Daphné ?
- Mon ex-compagne, je te l'ai déjà
dit mille fois.
- Possible.
- Je m'attarde sur des détails... Quand je
l'entendais parler au téléphone avec des amies, je
trouvais ça pathétique, mais je ne suis pas mieux.
Elles pouvaient passer des heures à se demander si tel ou
tel mot avait une signification particulière qui pourrait
cacher un jeu de séduction. Et moi, même si ce n'est
pas sur les mêmes sujets, enfin, si, peut-être, je fais
la même chose. Je me prends la tête pour rien.
- Ca peut être assez divertissant.
- Pour toi, oui, pas pour moi.
- Que veux-tu que je te dise ? Tu connais
déjà le fond de ma pensée à ce
sujet.
- Oui, mais ce n'est pas facile de changer du
tout au tout.
- C'est impossible.
- Tu ne penses pas que les gens sont capables de
changer ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Tu as beau essayer de nier ce que tu es
vraiment, cela finit toujours par réapparaitre. Tu peux
faire tous les efforts du monde, tu ne peux pas masquer ce que tu
es réellement, c'est comme ça.
- C'est dans ma nature ?
- Non, je ne crois pas en une nature humaine qui
nous dicterait des comportements déterminés à
l'avance. Je pense que tu t'es forgé une personnalité
depuis vingt-sept ans, aiguillé par les tuteurs qu'on
été tes parents, tes proches, tes amis, et qu'il est
utopiste de penser qu'avec un minimum de volonté, tu seras
capable d'effacer vingt-sept années d'apprentissage. Enfin,
en résumé, c'est ça.
- C'est tellement pessimiste...
- Non, je trouve que c'est assez beau, en fin de
compte. De se dire qu'il existe une repère sur lequel chaque
être humain pourra toujours compter, à savoir
lui-même.
- Ouais, je ne sais pas.
- Si tu n'étais pas si prompt à
douter de toi-même, tu ne serais pas là. Tu ne te
serais pas demandé une seule seconde si tu pouvais avoir une
attirance pour les hommes, tu te serais dit que c'était une
erreur, que tu ne pouvais pas être comme ça, et tu te
serais persuadé de continuer à vivre avec
Daphné, quelle que soit ton attirance à mon
égard. C'est cette perpétuelle remise en question qui
fait de toi ce que tu es et qui t'a amené jusque dans ce
lit, ce soir.
- Mais je t'assure qu'au départ, je n'en
avais pas envie, j'ai tout fait pour m'éloigner de
toi.
- Si tu avais été sûr de toi,
tu en serais resté là. Mais ce n'est pas le cas. Et
je pense que c'est tant mieux.
- Pourquoi ? demandai-je, espérant
naïvement qu'il allait me dire qu'il aurait regretté ma
présence à ses côtés.
- Tu crois vraiment que tu aurais supporté
de masquer celui que tu étais vraiment ?
- Mais il n'y a que par toi que je suis
attiré, chuchotai-je, sentant le rouge me monter aux
joues.
- Pour l'instant.
- Non, je ne serai jamais attiré par
quelqu'un d'autre que...
- J'en suis évidemment flatté, mais
j'en doute.
- En tout cas, à l'heure actuelle, je ne
ressens rien de semblable pour qui que ce soit... Enfin, je parle
d'attirance, évidemment.
- Evidemment, sourit
Andreï.


Dadoune
jeu 22 mai 2008 15:26