Le lendemain, après une
journée de travail éreintante, je trouvai tout de
même le courage d'aller sonner à la porte de ma soeur.
Lorsqu'elle m'ouvrit, son visage s'éclaira tandis que je
restai, indécis, sur le seuil.
- Tu veux entrer ?
- Et bien...
Elle s'effaça pour me laisser passer. Une fois que je fus
assis dans le canapé, elle s'exclama :
- Oh Gabi, je suis tellement
navrée...
- Non, c'est moi, je suis venu pour
m'excuser.
- C'est moi qui...
- J'ai eu tort de réagir aussi violemment,
je ne sais pas si j'aurais fait différemment à ta
place. C'était le contrecoup du fait de revoir Papa, je sais
que ce n'est pas une excuse, mais je crois que j'ai trouvé
ça plus facile de te rendre responsable de ma
faiblesse...
- De ta faiblesse ?
- J'ai été incapable de
réagir quand il est venu. Je suis resté
prostré. Alors j'ai préféré me dire que
c'était de ta faute et que cela ne serait jamais
arrivé si tu ne lui avais pas donné l'adresse, ou
même si tu m'avais prévenu. Je ne dis pas ça
pour te faire culpabiliser, même si, reconnais-le, tu as une
part de responsabilité. C'est juste que je ne voulais pas
m'emporter comme je l'ai fait. Je m'en excuse.
- Je voudrais aussi que tu m'excuses... J'ai eu
tellement peur quand il est venu, et puis j'avais honte d'avoir
trahi ta confiance... J'ai bêtement pensé qu'en ne te
disant rien, ce serait comme si rien ne s'était jamais
passé. Je sais que c'était débile, mais sur le
moment ça m'a paru... Ca m'a paru être la meilleure
solution.
Alors que mes yeux parcouraient l'appartement encombré, mon
regard fut attiré par un guéridon jeté dans un
coin, les pieds brisés.
- C'est lui qui a fait ça ? demandai-je,
désignant l'objet du menton.
- Euh... Ouais.
- Qu'est-ce qui s'est passé exactement
?
- Il a sonné à la porte, et comme
je n'ai pas d'oeilleton, j'ai ouvert. Ensuite, j'ai essayé
de refermer la porte, mais il l'a poussée et il est
entré? Il m'a menacée, je ne me souviens plus de
tout, tout s'est passé si vite. C'était toi qu'il
cherchait, il m'a dit que tu n'habitais plus à l'adresse qui
était indiquée dans l'annuaire, il m'a demandé
ta nouvelle adresse. Je lui ai dit que je ne la lui donnerai pas
mais... Mais j'ai eu peur... Il a dit que...
- Je comprends. Ce n'est pas la peine de me
raconter cette partie.
J'étais extrèmement bien placé pour savoir
à quel point notre père pouvait faire preuve de
persuasion.
- Ensuite, j'ai réussi à me
déplacer jusque devant le buffet et j'ai attrapé ta
bombe lacrymo, tu sais, celle que tu m'avais offerte après
que Seb ait essayé de m'agresser.
- Oui, je sais.
- Je l'ai aspergé et j'en ai
profité pour sortir de l'appartement, le temps qu'il se
rende compte de ce qui était en train de lui arriver.
Ensuite, j'ai hurlé dans la cage d'escalier et mon voisin et
son mec ont ouvert la porte. Tu sais, les deux armoires à
glace. Quand il a vu ça, il s'est enfui sans demander son
reste. Et c'est tout. Et toi ? Qu'est-ce qu'il a fait ?
Je lui racontai en détail ma rencontre avec mon père
et elle m'écouta avec attention, une main posée sur
la bouche.
- Et tu crois que c'est... Fini ?
- Comment ça ?
- Tu penses qu'il ne reviendra plus ?
- Je ne peux pas en être sûr, mais je
pense qu'il a été suffisamment effrayé pour
nous foutre la paix pour un bon bout de temps.
- Tu remercieras Andreï de ma part.
- D'accord. Je vais devoir te laisser, je ne
passais qu'en coup de vent, il faut que je rentre jusque dans le
seizième et que je fasse les courses et il est
déjà dix-neuf heures trente.
- Je préférais quand tu habitais
rue Pavée, c'était plus près.
- Et moi tu ne peux pas savoir à quel
point je suis heureux d'habiter dans le seizième.
- J'imagine que ce n'est pas qu'une question de
quartier, dit-elle avec un clin d'oeil.
- Non, ce n'est pas qu'une question de quartier,
soupirai-je en souriant.
Alors qu'elle m'avait raccompagné jusqu'à la porte,
un élément me revint en mémoire.
- Hier après-midi, quand j'ai pris
l'ascenseur, Andreï t'a dit quelque chose, c'était quoi
?
- Il m'a dit que tu viendrais t'excuser ce soir,
sourit-elle.
A peine rentré dans notre appartement, j'explosai :
- Tu fais des promesses à ma soeur que tu
n'es même pas sûr de pouvoir tenir ?
Mon amant leva un sourcil et referma son livre dans un claquement
sec.
- Pourquoi est-ce que tu éprouves ce
besoin irrépressible de m'agresser dès que tu rentres
à la maison, sans même m'expliquer de quoi tu parles
?
- Tu lui as dit que je viendrais m'excuser
!
- Et tu ne l'as pas fait ?
- Si ! Mais ce n'est pas une raison. Pourquoi
est-ce que tu lui as dit ça ? Elle aurait pu attendre pour
rien, et ç'aurait été pire !
- Il va falloir que tu admettes que je commence
à te connaître.
- Ce n'est pas que tu me connais, c'est que tu
lui as dit ça au hasard.
- Non. Je t'ai laissé fulminer toute la
journée, je t'ai obligé à aller dormir dans le
canapé, ce qui t'a amené à te dire que tu
avais fait une erreur et à te demander si tu ne devais pas
t'excuser auprès de moi. Ensuite, je t'ai fait comprendre
que c'était à ta soeur que tu devais présenter
tes excuses et tu as fait ça ce soir. Comme je l'avais
prévu, sourit-il.
- C'est de la manipulation !
- Oui. Tu as fait les courses ?
- Tu joues avec moi ?
- Ca m'arrive. Mais cette fois-ci, ça
partait d'une bonne intention.
- Tu veux me faire croire que tu es quelqu'un
d'altruiste ?
- Je n'irais pas jusque là. Tu vois, tu
avais décidé de faire un travail sur toi-même
pour cesser de t'emporter pour un rien, et regarde-toi.
Je me tus, il n'avait pas tort, mais je ne l'aurais avoué
pour rien au monde. Je me contentai donc d'un regard franchement
hostile qu'il ne se donna même pas la peine de
remarquer.
- Tu m'as acheté des cigarettes ?
- Ouais, dis-je en lui lançant les deux
paquets de Davidoff Gold. Dis, tu te souviens qu'on va au mariage
de Samuel dans deux semaines ?
- Oh... Ca.
- Tu m'avais dit que tu viendrais !
- Je viendrai.
- Sans condition ?
- Pour l'instant, je n'en vois pas. Tu ne crois
pas qu'il serait temps que tu lâches ces sacs ?
- Je vais ranger les courses dans le
réfrigérateur.
Alors que je bataillais pour fermer le bac du congélateur
bloqué par une bouteille de vodka, je sentis un souffle
chaud contre ma nuque. Andreï enserra ma taille entre ses bras
et déposa un baiser dans mon cou avant de mordiller mon
oreille avec application.
- Andreï, je...
Toute volonté de résistance s'évanouit lorsque
sa main s'insinua dans mon pantalon. D'un geste rapide, il ferma le
réfrigérateur et me plaqua contre le métal
glacé. Je me retournai mais son étreinte ne faiblit
pas et il m'écrasa littéralement contre lui. Avec une
excitation non dissimulée, je gratifiai ses lèvres
d'un coup de langue provocateur tout en ondulant contre lui, lui
arrachant un sourire évocateur. Avec violence, il pressa ses
lèvres contre les miennes tout en agrippant fermement ma
chevelure. Tout en me maintenant tenacement plaqué contre le
métal, il laissa sa langue parcourir mon cou, mon torse, mon
bas-ventre et enfin, m'arracha un frisson de fièvre
lorsqu'il déboucla ma ceinture avec lenteur. C'est sans
douceur aucune qu'Andreï prit mon sexe en bouche sans que je
puisse réprimer un soupir d'aise. Des va-et-vient
appuyés sur toute la longueur de ma verge ne
manquèrent pas d'occasionner l'effet recherché et
j'enfonçai profondément mes ongles dans les
épaules de mon amant, sentant arriver une jouissance que
j'espérais mais que je souhaitais également retarder
à tout prix. Comprenant que le summum de mon plaisir
n'allait pas tarder à être atteint, l'écrivain
remonta avec langueur le long de mon torse, traçant un
sillon entre mes pectoraux pour finalement m'embrasser avec
avidité. Je n'eus pas le temps de reprendre mes esprits que
mon amant m'avait déjà plaqué face au
métal froid. Il acheva de descendre mon pantalon et mon
boxer et ondula contre moi, me laissant sentir son sexe durci.
C'est tout d'abord avec douceur qu'il pénétra en moi
et, la douleur première envolée sous le flot de
volupté qu'il me procurait, ses mouvements se firent plus
rapides et poussés. Ses lèvres enflammées
lêchaient, mordaient ma nuque dans des baisers humides et
violents. Disparue la froideur du métal, éteinte ma
rancoeur envers lui, volatilisée ma résistance
première, j'étais tout à mon amant,
gémissant sous ses assauts répétés et
sensuels. Lorsque l'orgasme me saisit, je m'immobilisai pour
constater qu'il faisait de même. Il laissait sa tête
reposer sur mon épaule quelques instants avant de se
retirer.
Je me retournai pour déposer un baiser sur ses lèvres
entr'ouvertes sur une respiration rauque et
irrégulière. « Je t'aime » aurais-je
voulu pouvoir murmurer. Mais ces deux mots m'étaient
interdits.
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^^ MAis toujours aussi bien écrit et encore superbe chapitre ^^ MAis Euh Andrei....t'as des envies toi, comme ça d'un seul quoi MDR ^^ aller un gros merci et attend avec impatience la suite ^^


laetiss
mar 27 mai 2008 23:18