Je passai la soirée devant
la télévision que j'avais réussi à
imposer dans le vaste salon de mon amant, calée avec
précaution entre deux piles de livres en équilibre
précaire. Lorsqu'Andreï entra dans le séjour, il
haussa un sourcil et en sortit immédiatement pour aller
s'enfermer dans son bureau. Je ne le retrouvai que dans la chaleur
de notre lit, quelques heures plus tard. Il tentait vainement de se
concentrer sur un livre, mais mes yeux fixés sur lui avec
insistance le dissuadèrent de continuer plus avant sa
lecture. Il me lança finalement un regard agacé et
prononça d'une voix glaciale :
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Est-ce que tu crois que c'est normal que je ne
me sente pas plus mal alors que j'ai revu mon père hier
?
- En quoi est-ce que ça me regarde ?
- Je croyais que tu t'y connaissais en sentiments
humains, le taquinai-je.
Je cessai immédiatement de sourire lorsque je perçus
son regard hostile posé sur moi.
- J'imagine que tu n'as pas encore eu le temps de
prendre conscience et d'assimiler ce qui t'est arrivé
hier.
- Et si je m'en foutais ?
- Ce ne serait pas plus mal.
- Mais ce n'est pas normal. J'ai passé
vingt-sept ans de ma vie à le haïr et à le
craindre et là...
- Et là tu te rends compte que ce n'est
qu'un alcoolique sexagénaire duquel tu n'as plus à
avoir peur, c'est aussi simple que ça. Le temps a
déformé ton point de vue et t'a fait voir en lui un
danger colossal, un monstre surpuissant. Mais tu as repris contact
avec la réalité, c'est un homme fini.
- Et pourquoi est-ce que ça ne m'attriste
pas ?
- Parce que tu as coupé le moindre lien
d'affection avec lui depuis quinze ans.
- Je ne sais pas...
- Oui, mais tu ne sais jamais, dit-il dans un
sourire. C'est bon, maintenant ? Tu as fini ?
- Oui.
- Parfait.
- Au fait, juste un dernier truc. Ma soeur te
remercie.
- Pourquoi donc ?
- Pour un peu tout, j'imagine.
- Tu as vraiment fini, cette fois-ci ?
- Oui.
- Bien.
Andreï reprit en main le livre qu'il avait posé sur son
torse et son regard recommença à en parcourir les
pages. J'aurais pu m'abimer durant des heures dans la contemplation
de mon amant ainsi allongé.
Etait-ce ce que l'on appelait le bonheur ? A bien y
réfléchir, j'étais heureux. Trop occupé
à m'abrutir de questions et à dramatiser chaque
détail, je n'avais pas pris le temps de me rendre compte que
j'étais plus heureux que je ne l'avais jamais
été auparavant. Je vivais enfin une véritable
relation avec Andreï, je pouvais m'endormir en sachant que je
n'aurais pas à retourner à mon appartement le
lendemain, que je n'aurais pas le risque de me réveiller en
trouvant déserté l'oreiller voisin du mien. Je savais
qu'Andreï ne me mettrait pas à la porte aussi
facilement qu'il avait pu le faire, et je percevais même
l'attachement qu'il pouvait éprouver à mon
égard. Il m'était évidemment impossible de lui
parler d'amour, mais, à présent, je ressentais dans
ses gestes et ses paroles une certaine affection. J'avais enfin
l'impression de compter pour lui, et ce sentiment était
extrèmement gratifiant.
Le couple atypique que nous formions ne me dérangeait plus
outre mesure, cette honte que j'avais pu ressentir était
à présent envolée, ne pesant que de peu de
poids en comparaison avec cet intense bonheur de le retrouver tous
les jours, de percevoir son regard posé sur moi, de
l'entendre me dispenser son savoir, de sentir ses mains
posées sur mon corps.
Je fus soudain pris d'un débordement d'affection et je me
retournai sur le ventre pour poser ma tête sur son torse et
enserrer sa taille de mon bras gauche.
- Quoi ?
- Rien. Je suis juste content d'être
là.
Il ne me répondit pas, et c'est bercé par le
bruissement des pages qu'il tournait que je trouvais enfin le
sommeil.
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j'aime te lire tout simplement car tu est une source d'inspiration pour moi et pour d'autres personnes je l'èspère sa ma doné envie d'écrir moi aussi mais je suis qu'un débutante alors il faut encore que je me perfectionnne je te remercirai jamais assez de nous faire partager tes histoires et ne te décourage surtout pas. sauf si évidement tu veais a perdre la ''flamme'' d'écrire... ^^ j'ai hâte de lire la suite



andoue (andréane)
dim 08 jun 2008 09:27