Je passai les heures qui
suivirent à accepter les invitations à danser
d'illustres inconnues tandis que mon amant semblait entretenir avec
Samuel une discussion qui requiérait toute son attention.
Les bras croisés, il hochait la tête à
intervalles réguliers tandis que mon meilleur ami se
lançait dans des tirades à n'en plus finir. Vers
trois heures du matin, j'allais retrouver mon amant en chancelant.
Tout en étouffant un baillement, je murmurai :
- Je suis épuisé, on y va ?
- J'allais te le proposer.
Après les remerciements et les félicitations d'usage,
nous passâmes récupérer nos manteaux au
vestiaire et prîmes le chemin de la voiture en frissonnant.
Le ciel était dégagé et la lune illuminait le
parking d'une lumière bleutée. Je m'arrêtai
quelques instants pour contempler ce tableau magnifique, mais je
fus rapidement rappelé à l'ordre par la voix de mon
amant :
- Tu montes ?
- Oui, j'arrive.
Andreï roulait à vive allure sur le
périphérique désert, ses yeux gris fixaient la
route avec intensité et le silence qui régnait dans
l'habitacle était teinté d'une note de mauvais
pressentiment. La BMW noire avalait sans difficulté les
kilomètres, me laissant plaqué contre mon
siège lorsque le pied de mon amant allait effleurer
l'accélérateur. La conduite nerveuse de
l'écrivain ne lassait pas de m'angoisser, je le savais
parfaitement maître de son véhicule, mais ses brusques
freinages et accélérations ne manquaient pas de
m'inquiéter.
Lorsqu'une voiture vint se placer à côté de
nous et commença à tenter d'attirer notre attention
à grand renfort d'appels de phares, j'eus d'abord
l'impression que celle-ci était une voiture
banalisée, recélant de son lot de policiers
mal-lunés. Mais la vitre du côté conducteur
s'ouvrit sur le visage d'un homme qui nous fit explicitement signe
d'ouvrir la mienne.
- Je crois qu'il veut qu'on ouvre la
fenêtre.
- Tant pis pour lui.
- C'est peut-être important ? Tu as
peut-être un pneu crevé ?
- Je l'aurais senti.
- Ca se trouve, c'est important...
Il haussa les épaules et posa son doigt sur le bouton qui
commandait l'ouverture de la vitre. A peine eus-je tourné la
tête pour entendre ce que le conducteur de la voiture roulant
dans la file de droite avait à nous dire que je fus
giflé à la fois par un vent glacial et un flash
lumineux qui m'aveugla. L'homme tenait entre ses doigts un appareil
photo à l'objectif disproportionné. Un second
éclair lumineux déchira l'obscurité de
l'habitacle.
- Ferme cette putain de fenêtre !
Je m'exécutai immédiatement. Je vis le pied
d'Andreï écraser l'accélérateur tandis
que sa main droite passait la sixième vitesse avec souplesse
et je fus immédiatament plaqué contre le
siège. Un coup d'oeil affolé me permit de constater
que l'aiguille du compteur approchait dangereusement des deux cents
cinquante kilomètres à l'heure et ne semblait pas
vouloir arrêter sa folle course. Je fermai alors les yeux et
chuchotai entre mes dents serrées :
- C'est un paparazzi ?
- Oui, dit-il d'une voix neutre tandis que son
regard était fixé sur la route.
- Il nous suit encore ?
- Oui.
- Qu'est-ce qu'il nous veut ?
- A ton avis ?
- Ils ne pouvaient pas attendre qu'on descende de
la voiture ?
- Je crois qu'ils ont fini par comprendre qu'on
s'arrangeait pour ne jamais être ensemble à
l'extérieur. Sauf dans la voiture, ajouta mon amant avec
l'indifférence la plus totale.
Les panneaux défilaient à une vitesse telle qu'il
m'était impossible de les lire. Les rares voitures encore
présentes sur le périphérique à cette
heure tardive ne disposaient même pas du temps
nécessaire pour céder la place à la berline
noire et Andreï effectuait de dangereux écarts pour les
éviter, toujours suivi de près par les hommes qui
étaient à l'origine de cette folle course-poursuite.
Le moteur rugissait tandis que le vent rendait à
présent impossible toute tentative de communication. Les
bandes blanches étaient avalées par le monstre
d'acier et défilaient à une vitesse vertigineuse. La
tôle vibrait sous l'effort. J'ouvris progressivement les
yeux, juste assez pour voir Andreï perdre le contrôle.
Pour voir cette Clio qui avait déboité juste devant
nous. Pour voir l'écrivain donner un violent coup de volant
à droite. Pour entre hurler les roues. Pour voir le muret
qui nous faisait alors face. Andreï ne pouvait pas perdre le
contrôle. Et pourtant.
Le crissement des freins. Le cri de rage d'Andreï. Le muret
qui s'approche. Le temps est suspendu. Tout va trop vite. Il va
freiner. Trop tard. Le hurlement de la tôle enfoncée.
Le cri d'Andreï qui résonne toujours. Puis plus rien.
Le silence total. Le noir. Et le froid. Le froid qui m'envahit.
Tout à coup. Sans prévenir. Je glisse. Je tombe. J'ai
mal. Au loin, une voix. Gabriel, Gabriel, Gabriel. Il semble
hurler. Mais je ne l'entends plus. Il avait l'air inquiet. Il avait
l'air d'avoir peur. Cela ne peut pas être Andreï.
Pourquoi pas. Il a bien perdu le contrôle. Pour la
première fois. Et une dernière pensée. Avant
de sombrer. J'espère qu'il va s'en sortir. Je l'aime.
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si non .. on va tous mourir et lui il lui a jms dit kil laimais sa peu po finir comme sa !!!!
La suite ça promet ! 



caro
sam 28 jun 2008 04:58