Chapitre XC.  posté le mercredi 25 juin 2008 21:03

Je passai les heures qui suivirent à accepter les invitations à danser d'illustres inconnues tandis que mon amant semblait entretenir avec Samuel une discussion qui requiérait toute son attention. Les bras croisés, il hochait la tête à intervalles réguliers tandis que mon meilleur ami se lançait dans des tirades à n'en plus finir. Vers trois heures du matin, j'allais retrouver mon amant en chancelant. Tout en étouffant un baillement, je murmurai :
-    Je suis épuisé, on y va ?
-    J'allais te le proposer.
Après les remerciements et les félicitations d'usage, nous passâmes récupérer nos manteaux au vestiaire et prîmes le chemin de la voiture en frissonnant. Le ciel était dégagé et la lune illuminait le parking d'une lumière bleutée. Je m'arrêtai quelques instants pour contempler ce tableau magnifique, mais je fus rapidement rappelé à l'ordre par la voix de mon amant :
-    Tu montes ?
-    Oui, j'arrive.
Andreï roulait à vive allure sur le périphérique désert, ses yeux gris fixaient la route avec intensité et le silence qui régnait dans l'habitacle était teinté d'une note de mauvais pressentiment. La BMW noire avalait sans difficulté les kilomètres, me laissant plaqué contre mon siège lorsque le pied de mon amant allait effleurer l'accélérateur. La conduite nerveuse de l'écrivain ne lassait pas de m'angoisser, je le savais parfaitement maître de son véhicule, mais ses brusques freinages et accélérations ne manquaient pas de m'inquiéter.
Lorsqu'une voiture vint se placer à côté de nous et commença à tenter d'attirer notre attention à grand renfort d'appels de phares, j'eus d'abord l'impression que celle-ci était une voiture banalisée, recélant de son lot de policiers mal-lunés. Mais la vitre du côté conducteur s'ouvrit sur le visage d'un homme qui nous fit explicitement signe d'ouvrir la mienne.
-    Je crois qu'il veut qu'on ouvre la fenêtre.
-    Tant pis pour lui.
-    C'est peut-être important ? Tu as peut-être un pneu crevé ?
-    Je l'aurais senti.
-    Ca se trouve, c'est important...
Il haussa les épaules et posa son doigt sur le bouton qui commandait l'ouverture de la vitre. A peine eus-je tourné la tête pour entendre ce que le conducteur de la voiture roulant dans la file de droite avait à nous dire que je fus giflé à la fois par un vent glacial et un flash lumineux qui m'aveugla. L'homme tenait entre ses doigts un appareil photo à l'objectif disproportionné. Un second éclair lumineux déchira l'obscurité de l'habitacle.
-    Ferme cette putain de fenêtre !
Je m'exécutai immédiatement. Je vis le pied d'Andreï écraser l'accélérateur tandis que sa main droite passait la sixième vitesse avec souplesse et je fus immédiatament plaqué contre le siège. Un coup d'oeil affolé me permit de constater que l'aiguille du compteur approchait dangereusement des deux cents cinquante kilomètres à l'heure et ne semblait pas vouloir arrêter sa folle course. Je fermai alors les yeux et chuchotai entre mes dents serrées :
-    C'est un paparazzi ?
-    Oui, dit-il d'une voix neutre tandis que son regard était fixé sur la route.
-    Il nous suit encore ?
-    Oui.
-    Qu'est-ce qu'il nous veut ?
-    A ton avis ?
-    Ils ne pouvaient pas attendre qu'on descende de la voiture ?
-    Je crois qu'ils ont fini par comprendre qu'on s'arrangeait pour ne jamais être ensemble à l'extérieur. Sauf dans la voiture, ajouta mon amant avec l'indifférence la plus totale.
Les panneaux défilaient à une vitesse telle qu'il m'était impossible de les lire. Les rares voitures encore présentes sur le périphérique à cette heure tardive ne disposaient même pas du temps nécessaire pour céder la place à la berline noire et Andreï effectuait de dangereux écarts pour les éviter, toujours suivi de près par les hommes qui étaient à l'origine de cette folle course-poursuite. Le moteur rugissait tandis que le vent rendait à présent impossible toute tentative de communication. Les bandes blanches étaient avalées par le monstre d'acier et défilaient à une vitesse vertigineuse. La tôle vibrait sous l'effort. J'ouvris progressivement les yeux, juste assez pour voir Andreï perdre le contrôle. Pour voir cette Clio qui avait déboité juste devant nous. Pour voir l'écrivain donner un violent coup de volant à droite. Pour entre hurler les roues. Pour voir le muret qui nous faisait alors face. Andreï ne pouvait pas perdre le contrôle. Et pourtant.
Le crissement des freins. Le cri de rage d'Andreï. Le muret qui s'approche. Le temps est suspendu. Tout va trop vite. Il va freiner. Trop tard. Le hurlement de la tôle enfoncée. Le cri d'Andreï qui résonne toujours. Puis plus rien. Le silence total. Le noir. Et le froid. Le froid qui m'envahit. Tout à coup. Sans prévenir. Je glisse. Je tombe. J'ai mal. Au loin, une voix. Gabriel, Gabriel, Gabriel. Il semble hurler. Mais je ne l'entends plus. Il avait l'air inquiet. Il avait l'air d'avoir peur. Cela ne peut pas être Andreï. Pourquoi pas. Il a bien perdu le contrôle. Pour la première fois. Et une dernière pensée. Avant de sombrer. J'espère qu'il va s'en sortir. Je l'aime.

Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.102) pour vous identifier.     

Aucun commentaire pour l'article:
Chapitre XC.




 

Accueil | PC | PS3 | 360 | Wii | PS2 | DS | PSP | IPHONE | Web |
Jeux du moment : Bioshock 2 PC | Bioshock 2 PS3 | Call of Duty : Modern Warfare 2 360 | F1 2009 Wii | Assassin's Creed II : Discovery DS