Je
montai quatre à quatre les marches qui me séparaient
de la porte qui allait s'ouvrir sur l'homme que je n'avais jamais
cessé d'aimer depuis un an sans me préoccuper de la
douleur que cette course pouvait m'occasionner. J'appuyai avec
violence sur le bouton de la sonnette jusqu'à ce que le
lourd panneau de bois ne s'ouvre sur l'écrivain. Il avait
troqué son habituelle chemise contre un large pull et ses
traits étaient tirés, son visage reflétait
à la fois sa surprise et sa fatigue.
- Gabriel...
Je me jettai à son cou, ignorant la souffrance que
m'imposait le choc de mon torse contre le sien. Ses bras
m'écrasèrent contre lui alors qu'il enfouissait son
visage dans mes cheveux.
- Merci, murmurai-je. Merci.
Il desserra soudainement son étreinte et une fugace
expression de gêne traversa son visage à
présent détendu.
- Tu veux entrer ?
- Evidemment, soufflai-je.
Il s'assit dans le fauteuil et alluma une cigarette tandis que je
reprenais la place que je n'aurais jamais du quitter dans le
canapé.
- Pourquoi est-ce que tu as fait ça ?
demandai-je à brule pourpoint.
- A ton avis ?
- Ton éditeur va te tuer.
D'un geste ample, il désigna sur la table basse la batterie
de son mobile qui gisait aux côtés de son
téléphone fixe dont la prise trainait lamentablement
sur le sol.
- Il va bien falloir que tu le revois un
jour...
- Le plus tard possible, je l'espère. Je
n'ai jamais pu le supporter de toute façon.
- Et s'il te...
- Tu crois qu'il va rompre mon contrat ?
- On ne sait jamais...
- Sa maison d'édition a besoin de moi pour
vivre, et même s'il décidait de commettre la pire
erreur professionnelle de sa carrière, je connais une
dizaine de personnes qui me donneraient un cachet incroyable ne
serait-ce que pour publier une nouvelle.
- Et cela ne va pas nuir à ta
carrière ?
- Si, évidemment.
- Et tu...
- J'en ai assez supporté au nom de ma
carrière.
- Tu as fait ça pour... Pour moi ?
- A ton avis ?
- Je veux te l'entendre dire...
- Qu'est-ce que tu veux m'entendre dire ?
- Que tu tiens à moi, osai-je pour
regretter immédiatement ces cinq mots.
Il sourit, se leva et écrasa sa cigarette dans le cendrier
avant de se cambrer pour placer son visage à quelques
centimètres du mien.
- Enfin, Gabriel, pourquoi est-ce que je ferais
ça ?
- Juste cinq mots...
- Et pourquoi est-ce que je les prononcerais
?
- Je me disais juste que tu... Avais
changé, un peu.
- Tu attendais un miracle ?
- Non, je...
De ses lèvres délicieuses, il étouffa la fin
de ma phrase.
- Tu comptes rester ? demanda-t-il
lascivement.
- Uniquement si tu avoues que tu tiens à
moi, le provoquai-je.
- Tu peux rentrer chez toi, dit-il en se laissant
de nouveau choir dans le fauteuil.
- Euh, non, attends !
Un sourire satisfait vint illuminer son superbe visage.
- Mais si je reste, ne crois surtout pas que tu
arrives à faire ce que tu veux de moi !
- Non, je ne vois vraiment pas ce qui pourrait
m'induire en erreur, dit-il, sarcastique.
Mal à l'aise, je pris le parti de changer peu
discrètement de sujet en passant du coq à l'âne
:
- Ma mère m'a dit que tu lui avais
parlé.
- C'est vrai.
- Comment est-ce que tu l'as reconnue ?
- Tu as assez laissé trainer ton bordel
partout dans mon appartement pour que j'y trouve des photos de ta
famille.
- Je ne... Enfin, bref. Qu'est-ce que tu lui as
dit ?
- Je lui ai dit qu'elle devait te parler.
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai supposé que
c'était ce dont tu avais besoin, et parce que tu m'en avais
parlé un nombre de fois assez incalculable.
- Merci... Je ne sais pas ce que tu as pu lui
dire, mais son attitude a changé du tout au tout. Remarque,
ce n'est pas difficile, il suffisait qu'elle m'adresse la parole
pour qu'on puisse appeler ça un changement...
- Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? m'interrogea
l'écrivain sans autre préambule.
- A propos de quoi ?
- De nous deux, évidemment.
Evidemment. Je ne m'étais même pas posé la
question, je m'étais contenté de me précipiter
chez lui, lui pardonnant tout, les quelques mots qu'il avait
prononcé avaient effacé ma rancoeur et j'avais
déjà oublié notre brève
séparation. Pour moi, tout était de nouveau comme
avant, et je n'avais pas ressenti le besoin de le lui dire
franchement. Je fus pris un instant de l'envie de le torturer
quelques jours, de le laisser dans le doute comme il l'avait tant
fait auparavant, mais j'en étais incapable. Je craignais que
le temps que je comptais éventuellement prendre pour le
laisser dans la confusion la plus totale ne soit le cadre d'un
revirement dans les sentiments complexes de mon amant, l'occasion
d'une remise en question et – pourquoi pas ? - d'une aventure
sans lendemain qu'il pourrait entreprendre.
- Je devrais te dire qu'il vaudrait mieux qu'on
arrête là, commençai-je, guettant la
réaction d'Andreï qui resta impassible, mais j'en suis
incapable... Alors je vais te proposer de reprendre là
où on en était... Tu vas sûrement accepter,
parce que tu n'as pas fait ça pour rien, ensuite j'imagine
que je vais encore m'en mordre les doigts, mais je prends le
risque. Je ne sais même pas pourquoi je fais ça, mais
je le fais... Ca a l'air embrouillé, mais je m'y
retrouve.
L'écrivain haussa un sourcil mais ne prononça pas un
mot. J'eus un instant l'impression qu'il n'allait pas
répondre favorablement à ma proposition mais il finit
par hocher la tête avec lenteur. Pour la première, il
reconnaissait qu'un "nous deux" pouvait exister, il le revendiquait
même et je fus pris d'une folle envie de lui déclarer
mon amour immédiatement. Cependant, je pouvais me targuer de
le connaître assez pour m'imposer le silence. Je me contentai
alors d'un sourire avant de me lever pour me laisser mollement
tomber sur ses genoux dans le fauteuil et enrouler mes deux bras
autour de sa nuque.
- J'ai cru que j'allais te perdre,
murmurai-je.
Il ne jugea pas nécessaire de me répondre et
déposa un baiser passionné sur mes lèvres
entr'ouvertes. Avec une lenteur calculée, il glissa sa main
sous mon t-shirt alors que sa langue parcourait les reliefs de mon
cou. Le contact de sa peau contre la mienne m'avait manqué
plus que de raison et je me laissai aller à un soupir d'aise
avant de remonter les bras au dessus de ma tête pour le
laisser ôter mon t-shirt avec douceur et l'envoyer sur le
parquet. Alors que je m'apprêtais à l'embrasser de
nouveau, il se dégagea de mon étreinte avec violence
et faillit me renverser pour se lever rapidement.
Je restai ébahi quelques instants tandis qu'il faisait les
cent pas dans le salon en ébourriffant consciencieusement
ses cheveux.
- Andreï, appelai-je.
Il ne daigna même pas tourner les yeux vers moi.
- Andreï, répétai-je,
qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien, siffla-t-il en plantant enfin son regard
glacé dans le mien.
- Je vois bien que quelque chose ne...
- Je vais me coucher.
- C'est moi ? J'ai fait une bêtise ? Je...
Je m'excuse, je n'ai pas eu l'impression de...
- Je vais me coucher, répéta-t-il
avec humeur.
- D'a... D'accord, je vais rentrer chez moi
alors, dis-je en passant mon t-shirt.
Cependant, alors que j'avais revêtu mon manteau et que ma
main était posée sur la poignée de la porte,
je fus pris d'un soudain élan de bravoure certainement
imputable à l'idée utopiste qu'Andreï
m'était à présent acquis. Je fis donc
immédiatement demi-tour et ouvrit avec rudesse la porte de
la chambre de mon amant qui avait commencé à se
déshabiller et tenait encore sa chemise à la main. Il
me jeta un regard franchement hostile et croisa les bras sur son
torse nu.
- Qu'est-ce que tu fais encore là ?
- Je ne me laisse pas foutre à la porte
comme ça, figure-toi !
- Ce n'est pas moi qui t'ai demandé de
partir.
- C'est tout comme. Je veux savoir ce qui t'a
pris. Je croyais que c'était clair maintenant, qu'on avait
une vraie relation et que je n'avais plus à craindre de me
faire jeter comme ça !
- C'est bien le problème, siffla-t-il au
terme d'un silence qui me parut interminable.
- Quoi ? Le fait de ne plus pouvoir me jeter
comme tu en as pris l'habitude ? Ou... C'est parce que toi et moi
on a une... Relation ?
C'était clair. Il avait également
réalisé qu'il était à présent
question d'un "nous deux" officiel et qu'il ne pourrait plus
m'évincer aussi facilement qu'il avait pu le faire. Notre
union était passée au stade supérieur et rien
ne pouvait plus agacer et agiter l'homme frivole qu'était
mon amant.
- Tu n'as pas fait tout ça pour me dire
que finalement tu ne veux plus d'une relation ? Tu n'as pas fait
ton coming out pour finalement me dire que les relations te
déplaisent ! Tu n'as pas dit que tu étais
homosesexuel pour...
- Je ne suis pas homosexuel, corrigea-t-il.
- Et tu es quoi alors ?
- Bisexuel, siffla-t-il en saisissant
l'arête de son nez entre son pouce et son index.
- Ne joue pas sur les mots, pour l'instant tu es
avec moi et c'est avec moi qui tu couches ! Ca ne fait pas de toi
un homosexuel, mais je crois que le fait que tu me mets...
- Tu deviens vulgaire.
- Je suis énervé, et j'ai mes
raisons, feulai-je. Je ne peux pas croire que tu me dises que tu ne
veux pas t'engager après tout ça !
- Est-ce que je t'ai dit ? Tu as tiré seul
des conclusions hâtives et stupides. J'ai juste besoin de
temps pour me rendre compte de ce que je suis en train de
faire.
- Et le meilleur moyen de t'en rendre compte est
de m'ignorer complètement ?
- Ca fait quinze ans que je n'ai pas eu un
réelle relation avec quelqu'un ! Contrairement à ce
que tu peux penser, je suis également un humain.
- Mais ce qu'on vit depuis un an, c'est une vraie
relation ! C'est juste une question d'appellation ! Et
c'était qui ce type, il y a quinze ans ?
- Tu vas me faire une scène de
ménage, articula Andreï, plus sarcastique que
jamais.
Il était déjà agacé, mais j'eus la
sensation que la question que je lui avais posé sur son
passé l'avait rendu fou de rage, malgré le calme
olympien qu'il affichait, sa machoire tendue laissait
transparaître sa colère.
- Ecoute, je ne veux pas qu'on s'engueule,
commençai-je.
- Tu passes ton temps à
réfléchir, tout le temps, à te demander ce que
tu vas faire, si tu vas prendre une décision, quand tu la
prends tu réfléchis encore, et encore, et encore.
Est-ce que je peux prendre ne serait-ce que deux minutes pour
réfléchir moi aussi ou ce serait trop te demander
?
- Je pensais que tu avais réfléchi
à ça avant de balancer qu'on était ensemble
à la télévision !
- Non, je n'y avais pas réfléchi,
j'ai fait ça comme ça !
- Ne me fais pas rire !
- Je n'en ai pas l'intention !
- Tu es la personne la plus manipulatrice et
calculatrice que je connaisse, dis-je dans un rire jaune, et tu
veux me faire croire que tu n'avais rien
prémédité ?
- Tes compliments me vont droit au coeur,
ironisa-t-il, et puisque nous en sommes aux flatteries, oui, j'y ai
réfléchi avant, mais je ne pensais pas que tu te
jetterais chez moi immédiatement, je pensais avoir le temps
de profiter de ma vie de célibataire !
- Comment ose-tu dire ça ? Et puis quoi
encore ? Tu vas me dire que ça ne t'a pas fait plaisir que
je sois venu ce soir ? Tu sais pourquoi tu es si
énervé ? C'est parce que je t'ai demandé qui
était la personne avec qui tu as eu une relation il y a
quinze ans ! Je n'ai pas à payer les pots cassés de
ta rancoeur envers quelqu'un d'autre, OK ?
- Ca n'a aucun rapport avec ça !
Rugit-il.
- Ah non ? Si ça n'avait pas eu
d'importance, tu m'aurais envoyé sur les roses et tu
m'aurais foutu à la porte comme tu sais si bien le faire,
sauf que là, tu t'énerves ! Le problème, ce
n'est pas moi, c'est l'autre ! Qu'est-ce que cette personne a bien
pu te faire pour que l'idée même de concevoir une
relation puisse te rebuter à ce point ? Je ne suis pas aussi
stupide que tu le crois, et je crois même que je commence
à te connaître assez pour savoir comment tu marches
!
- Ah ? Tu crois ?
- Je sais que quand tu tombes de cheval, tu ne
remontes pas, hurlai-je.
- Voilà une métaphore qui me
conforte dans l'idée que je me faisais de ton piètre
talent artistique !
- Ce n'est pas le moment de m'insulter !
- Ce n'est pas ce que tu es en train de faire
?
- Quoi ? C'est t'insulter que de te dire que je
te connais ? Tu as vraiment l'ego le plus surdimensionné que
je n'ai jamais eu l'occasion de voir ! Quelle prétention !
Tu te crois vraiment si supérieur ? Laisse moi te dire une
bonne chose ! A être persuadé comme ça que tu
es si... Si... Extraordinaire, tu vas avoir de grosses
déceptions !
- Je crois que ça m'a plutôt
réussi jusqu'ici, dit-il dans un sourire en coin
évocateur.
- Un jour, je te jure que tu vas te prendre une
baffe énorme et que ton ego ne va pas s'en remettre ! Ce
n'est pas parce que tu as une gueule d'ange, de l'argent, que tu
peux te faire qui tu veux et que tes bouquins marchent bien que
tout t'est acquis ! Quand je suis venu ici, j'imaginais passer une
excellente soirée, et je ne pensais certainement me
retrouver face à un dingue qui n'est même pas capable
de gérer son passé seul et se retrouve à faire
une projection sur moi ! Je ne suis pas ton jouet, je pensais que
tu avais fini par le comprendre ! J'ai cru que tu avais
changé, que tu avais évolué et que tu serais
à même de t'investir dans une relation mais je crois
que je me suis lourdement trompé ! Si ton coming-out public
n'a été motivé que par ta seule
culpabilité, tu peux te le garder !
Il me lança un regard noir qui ne présageait rien de
bon et m'inquiétait même.
- C'est bon ? Tu as fini tes divagations
pseudo-psychologiques ? Tu vas peut-être pouvoir
m'écouter maintenant au lieu de brailler comme une bonne
femme trahie.
- Mais je t'emmerde !
- Je n'ai pas besoin de toi pour me dire ce que
je dois faire, c'est clair ? Si tu es ici, c'est parce que je le
veux, parce que je l'ai décidé ainsi. Si je n'avais
pas été là, tu serais encore à
écrire tes mauvais articles dans ton journal minable et tu
serais même sûrement en train de bichonner un petit
poupon ! Je ne suis pas prétentieux, je suis dans le vrai,
c'est moi qui t'ai fait, tu me dois tout et je te trouve
plutôt ingrat, siffla-t-il avec ce sourire satisfait et
pervers que je haïssais. Cela dit, je n'ai pas fait mon coming
out télévisuel comme tu l'appelles pour rien. Je t'ai
expressément demandé de laisser mon passé
là où il est, mais tu ne peux pas t'empêcher de
vouloir en savoir plus, tu vois où cela te mène
?
- Ma question était justifiée !
J'en ai marre de devoir prendre des gants à chaque fois que
je te parle ! Ce n'est pas parce que tu es de mauvaise humeur que
je dois te servir de punching ball ! En venant ici ce soir, je
m'attendais à tout sauf à ça !
Alors que l'écrivain s'apprêtait à me lancer
une réponse cinglante, le bruit métallique de la
sonnette retentit dans l'appartement.
- Tu ne vas pas ouvrir ? demandai-je, saisissant
la diversion qui m'était offerte.
- Je n'attends personne.
- Et j'imagine que tu es trop supérieur
pour aller ouvrir à un simple vendeur de calendrier ?
- Exactement, siffla-t-il, tu as tout
compris.
- Je vais aller ouvrir.
- Les vendeurs de calendrier du monde entier
dresseront un jour un autel à ta
générosité.
L'importun fort impoli avait laissé son doigt appuyé
sur la sonnette en dépit du "j'arrive" que je lui avais
adressé. J'ouvris la porte alors qu'il commençait
à tambouriner. Un homme replet et rougeaud me lança
un regard débordant de colère.
- Où est Andreï ?
- Vous êtes ?
- Son éditeur, et vous je suppose que vous
êtes ce... Gabriel Sangers !
- De Sangers, corrigeai-je.
- Je m'en fous, où est Andreï ?
- Alors, qui c'était ? Et merde, soupira
Andreï en apercevant l'homme.
- Andreï ! couina l'éditeur. Je peux
savoir ce que tu as foutu ?
- Je crois que je vais vous laisser
balbutiai-je.
- Je te rejoins dans la chambre, dit Andreï
en mordillant sa lèvre inférieure.
Cette attitude provocatrice, je le savais, n'avait d'autre but que
d'agacer son éditeur. Je l'imaginais mal décider de
me faire l'amour après ce que nous nous étions dit.
Cependant, malgré la colère que je pouvais
éprouver à son égard, je constatai avec un
certain désespoir, du à la lassitude de le voir
toujours gagner, que mon sexe durcissait dans mon pantalon.
Mon amant s'était souvent plaint de l'isolation
défectueuse de son appartement et je pus en effet constater
que ses reproches étaient largement justifiés. S'il
m'était impossible d'entendre ce que grondait
l'écrivain, les bêlements aigus de son éditeur
ne pouvaient m'échapper. Alors que la voix rauque
d'Andreï traversait les murs dans un grondement
étouffé, les hauts cris de son interlocuteurs me
parvenaient nettement et rendaient la porte superflue.
- Mais comment est-ce que tu as pu faire une
chose pareille ? Tu sais bien que je me contrefous de qui tu mets
dans ton pieu, mais garde ça pour toi ! Tu voulais faire
évoluer les mentalités de tes lecteurs au sujet de la
communauté gay, c'est ça ? Arrête de rire, je
suis très sérieux ! Est-ce que tu pourrais ne pas
tout prendre à la légère cette fois ci ? Tu
t'es coulé ! Est-ce que tu as la moindre idée de ce
que ça va nous coûter ? Mais moi, je ne me fous pas de
l'argent ! Ne crache pas sur ce que le succès t'a
apporté, tu crois que tu pourrais te payer ton deux cent
mètres carrés dans le seizième si tu n'avais
pas joué de ton physique et de ton personnage comme tu l'as
fait ? Tu n'avais pas le droit de couler tous les gens qui bossent
autour de toi ! Arrête de ne penser qu'à toi ! Quoi ?
Comment est-ce que tu oses dire une chose pareille après
tout ce qu'on a fait ensemble ? Ah non ! Pas de sous-entendus !
Arrête de te moquer de tout ! Mais c'est incroyable ! Tu vas
démentir ! Tu vas dire que tu voulais te faire un coup de
pub, que tu as été énervé par ces
questions et que c'était encore une de tes manoeuvres
perverses pour déstabiliser la journaliste, tu vas faire
quelque chose ! Quoi ? Tu crois vraiment que tu peux refuser ? Mais
tu n'as pas le choix, c'est ça ou rien ! Rien ? Comment
ça rien ? Pardon ? Que je me... Tire ? Tu ne peux pas me
lâcher comme ça... Non, attends, on va s'arranger, on
va trouver autre chose ! Non ! On ne peut pas arrêter notre
collaboration comme ça ! Il doit y avoir un moyen de...
Andreï ! Remets les pieds sur terre, on ne peut pas...
Arrête, écoute, qu'est-ce que tu veux ? Mais tu dois
faire ce démenti on ne peut pas.... D'a... D'accord. Mais je
t'assure que dans ton intérêt... Je pense que l'amour
rend aveugle et que... OK, OK, excuse-moi, ce n'est pas ce que je
voulais dire.
L'éditeur tempéra la tonalité de sa voix et ce
qu'il dit ensuite fut tout aussi incompréhensible que les
paroles de mon amant. Et s'il avait raison ? Et si l'affection
qu'Andreï pouvait me porter ne lui permettait plus de
discerner le bon du mauvais et le conduisait à se suicider
professionnellement ? Quoiqu'il en dise, il était
indéniablement attaché à moi et n'avait pas
déclaré être investi dans notre relation par
purs provocation et anticonformisme. Mais après tout
n'avait-il pas choisi de le faire ? Pouvais-je me sentir
responsable ? Je ne savais pas si j'en avais le droit, mais je le
ressentais ainsi. Et si sa carrière n'en souffrait pas ?
Après tout, quel meilleur coup de pub ? Mais Andreï
n'avait nul besoin de se faire de la publicité et encore
moins de ce type. Je me sentais en partie responsable de la dispute
qui faisait rage dans le salon, n'était-ce pas moi qui lui
avait demandé une relation officielle dans laquelle je
pourrais m'investir sans avoir à me cacher ?
Le fracas de la porte d'entrée qui claquait me tira de mes
pensées. Andreï fit son apparition dans la chambre
quelques secondes plus tard, le visage impassible.
- Ecoute, commençai-je, je n'ai vraiment
pas envie de m'engueuler avec toi, on n'a qu'à se mettre
d'accord tu es un sale égoïste et je pose trop de
questions, les torts sont partagés. Je ne voudrais pas
que...
Je n'eus pas le temps de finir ma phrase, l'écrivain
s'était approché de moi à vive allure et, avec
violence, il me renversa sur le lit en prenant appui sur mon
torse.
- Qu'est-ce que tu...
Il se laissa tomber contre moi et étouffa ma question en
plaquant sa main sur mes lèvres avec rudesse.
- On doit parler, arrivai-je à
prononcer.
- On verra ça plus tard, pour l'instant,
j'ai envie de toi.
- Tu ne peux pas toujours te servir quand... Han
!
Une pression du bassin de mon amant contre le mien m'intima le
silence.
- Ca ne marche pas comme ça !
- Je crains bien que si, murmura mon amant dans
un sourire éloquent.
Il laissa sa langue s'égarer dans mon cou alors que je
murmurais :
- Il y a quelques minutes, tu étais
prêt à me descendre, et là tu veux qu'on fasse
l'amour, qu'est-ce qui te prend ?
Pour toute réponse, l'écrivain déboucla ma
ceinture. Je connaissais la réponse à ma question,
rien ne l'excitait plus que de savoir que d'un coup de rein, il
pouvait briser toute résistance et effacer ma colère.
Je me tus, trop heureux de profiter de l'instant et de mettre nos
différents de côté le temps de quelques minutes
de pure extase. Sans ménagement, mon amant saisit mes
épaules pour me retourner face contre les draps de soie.
C'est avec une excitation sans borne que je laissais
échapper un gémissement lorsqu'il attrapa la taille
de mon pantalon pour la descendre sous mes fesses. Tout en
taquinant ma nuque de sa langue, je l'entendis descendre son propre
pantalon. Alors que ses dents commençaient à pincer
ma peau dans une douleur plus qu'excitante, il me
pénétra profondément. Je laissais
échapper un cri à la sensation d'un intrusion
violente à laquelle il ne m'avait pas habitué. La
douleur passagère dépassée, son corps en
mouvement me fit oublier rancoeurs et colères pour me
laisser entièrement aller au plaisir qui commençait
à poindre sourdement. Les va et viens incessants de mon
incroyable amant ne cessèrent de s'intensifier, rapidement
encouragés par de lourds gémissements que je tentais
de contenir, n'oubliant cependant pas entièrement ma rancune
envers lui et ne voulant pas lui montrer le plaisir que je prenais
à le sentir en moi. Mais il me fut impossible de retenir
plus longtemps un cri de plaisir qui jaillit de ma gorge au moment
où l'extase prenait possession de mon corps dans un orgasme
puissant et que mes mains se refermaient avec violence sur les
draps. Quelques secondes plus tard, ce fut au tour d'Andreï de
laisser échapper un soupir rauque avant de s'effondrer sur
moi puis de rouler sur le côté, peinant à
réguler son souffle.
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Marion
jeu 17 jui 2008 18:30