Chapitre XCIV.  posté le dimanche 13 juillet 2008 18:25

Je montai quatre à quatre les marches qui me séparaient de la porte qui allait s'ouvrir sur l'homme que je n'avais jamais cessé d'aimer depuis un an sans me préoccuper de la douleur que cette course pouvait m'occasionner. J'appuyai avec violence sur le bouton de la sonnette jusqu'à ce que le lourd panneau de bois ne s'ouvre sur l'écrivain. Il avait troqué son habituelle chemise contre un large pull et ses traits étaient tirés, son visage reflétait à la fois sa surprise et sa fatigue.
-    Gabriel...
Je me jettai à son cou, ignorant la souffrance que m'imposait le choc de mon torse contre le sien. Ses bras m'écrasèrent contre lui alors qu'il enfouissait son visage dans mes cheveux.
-    Merci, murmurai-je. Merci.
Il desserra soudainement son étreinte et une fugace expression de gêne traversa son visage à présent détendu.
-    Tu veux entrer ?
-    Evidemment, soufflai-je.
Il s'assit dans le fauteuil et alluma une cigarette tandis que je reprenais la place que je n'aurais jamais du quitter dans le canapé.
-    Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? demandai-je à brule pourpoint.
-    A ton avis ?
-    Ton éditeur va te tuer.
D'un geste ample, il désigna sur la table basse la batterie de son mobile qui gisait aux côtés de son téléphone fixe dont la prise trainait lamentablement sur le sol.
-    Il va bien falloir que tu le revois un jour...
-    Le plus tard possible, je l'espère. Je n'ai jamais pu le supporter de toute façon.
-    Et s'il te...
-    Tu crois qu'il va rompre mon contrat ?
-    On ne sait jamais...
-    Sa maison d'édition a besoin de moi pour vivre, et même s'il décidait de commettre la pire erreur professionnelle de sa carrière, je connais une dizaine de personnes qui me donneraient un cachet incroyable ne serait-ce que pour publier une nouvelle.
-    Et cela ne va pas nuir à ta carrière ?
-    Si, évidemment.
-    Et tu...
-    J'en ai assez supporté au nom de ma carrière.
-    Tu as fait ça pour... Pour moi ?
-    A ton avis ?
-    Je veux te l'entendre dire...
-    Qu'est-ce que tu veux m'entendre dire ?
-    Que tu tiens à moi, osai-je pour regretter immédiatement ces cinq mots.
Il sourit, se leva et écrasa sa cigarette dans le cendrier avant de se cambrer pour placer son visage à quelques centimètres du mien.
-    Enfin, Gabriel, pourquoi est-ce que je ferais ça ?
-    Juste cinq mots...
-    Et pourquoi est-ce que je les prononcerais ?
-    Je me disais juste que tu... Avais changé, un peu.
-    Tu attendais un miracle ?
-    Non, je...
De ses lèvres délicieuses, il étouffa la fin de ma phrase.
-    Tu comptes rester ? demanda-t-il lascivement.
-    Uniquement si tu avoues que tu tiens à moi, le provoquai-je.
-    Tu peux rentrer chez toi, dit-il en se laissant de nouveau choir dans le fauteuil.
-    Euh, non, attends !
Un sourire satisfait vint illuminer son superbe visage.
-    Mais si je reste, ne crois surtout pas que tu arrives à faire ce que tu veux de moi !
-    Non, je ne vois vraiment pas ce qui pourrait m'induire en erreur, dit-il, sarcastique.
Mal à l'aise, je pris le parti de changer peu discrètement de sujet en passant du coq à l'âne :
-    Ma mère m'a dit que tu lui avais parlé.
-    C'est vrai.
-    Comment est-ce que tu l'as reconnue ?
-    Tu as assez laissé trainer ton bordel partout dans mon appartement pour que j'y trouve des photos de ta famille.
-    Je ne... Enfin, bref. Qu'est-ce que tu lui as dit ?
-    Je lui ai dit qu'elle devait te parler.
-    Pourquoi ?
-    Parce que j'ai supposé que c'était ce dont tu avais besoin, et parce que tu m'en avais parlé un nombre de fois assez incalculable.
-    Merci... Je ne sais pas ce que tu as pu lui dire, mais son attitude a changé du tout au tout. Remarque, ce n'est pas difficile, il suffisait qu'elle m'adresse la parole pour qu'on puisse appeler ça un changement...
-    Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? m'interrogea l'écrivain sans autre préambule.
-    A propos de quoi ?
-    De nous deux, évidemment.
Evidemment. Je ne m'étais même pas posé la question, je m'étais contenté de me précipiter chez lui, lui pardonnant tout, les quelques mots qu'il avait prononcé avaient effacé ma rancoeur et j'avais déjà oublié notre brève séparation. Pour moi, tout était de nouveau comme avant, et je n'avais pas ressenti le besoin de le lui dire franchement. Je fus pris un instant de l'envie de le torturer quelques jours, de le laisser dans le doute comme il l'avait tant fait auparavant, mais j'en étais incapable. Je craignais que le temps que je comptais éventuellement prendre pour le laisser dans la confusion la plus totale ne soit le cadre d'un revirement dans les sentiments complexes de mon amant, l'occasion d'une remise en question et – pourquoi pas ? - d'une aventure sans lendemain qu'il pourrait entreprendre.
-    Je devrais te dire qu'il vaudrait mieux qu'on arrête là, commençai-je, guettant la réaction d'Andreï qui resta impassible, mais j'en suis incapable... Alors je vais te proposer de reprendre là où on en était... Tu vas sûrement accepter, parce que tu n'as pas fait ça pour rien, ensuite j'imagine que je vais encore m'en mordre les doigts, mais je prends le risque. Je ne sais même pas pourquoi je fais ça, mais je le fais... Ca a l'air embrouillé, mais je m'y retrouve.
L'écrivain haussa un sourcil mais ne prononça pas un mot. J'eus un instant l'impression qu'il n'allait pas répondre favorablement à ma proposition mais il finit par hocher la tête avec lenteur. Pour la première, il reconnaissait qu'un "nous deux" pouvait exister, il le revendiquait même et je fus pris d'une folle envie de lui déclarer mon amour immédiatement. Cependant, je pouvais me targuer de le connaître assez pour m'imposer le silence. Je me contentai alors d'un sourire avant de me lever pour me laisser mollement tomber sur ses genoux dans le fauteuil et enrouler mes deux bras autour de sa nuque.
-    J'ai cru que j'allais te perdre, murmurai-je.
Il ne jugea pas nécessaire de me répondre et déposa un baiser passionné sur mes lèvres entr'ouvertes. Avec une lenteur calculée, il glissa sa main sous mon t-shirt alors que sa langue parcourait les reliefs de mon cou. Le contact de sa peau contre la mienne m'avait manqué plus que de raison et je me laissai aller à un soupir d'aise avant de remonter les bras au dessus de ma tête pour le laisser ôter mon t-shirt avec douceur et l'envoyer sur le parquet. Alors que je m'apprêtais à l'embrasser de nouveau, il se dégagea de mon étreinte avec violence et faillit me renverser pour se lever rapidement.
Je restai ébahi quelques instants tandis qu'il faisait les cent pas dans le salon en ébourriffant consciencieusement ses cheveux.
-    Andreï, appelai-je.
Il ne daigna même pas tourner les yeux vers moi.
-    Andreï, répétai-je, qu'est-ce qu'il y a ?
-    Rien, siffla-t-il en plantant enfin son regard glacé dans le mien.
-    Je vois bien que quelque chose ne...
-    Je vais me coucher.
-    C'est moi ? J'ai fait une bêtise ? Je... Je m'excuse, je n'ai pas eu l'impression de...
-    Je vais me coucher, répéta-t-il avec humeur.
-    D'a... D'accord, je vais rentrer chez moi alors, dis-je en passant mon t-shirt.
Cependant, alors que j'avais revêtu mon manteau et que ma main était posée sur la poignée de la porte, je fus pris d'un soudain élan de bravoure certainement imputable à l'idée utopiste qu'Andreï m'était à présent acquis. Je fis donc immédiatement demi-tour et ouvrit avec rudesse la porte de la chambre de mon amant qui avait commencé à se déshabiller et tenait encore sa chemise à la main. Il me jeta un regard franchement hostile et croisa les bras sur son torse nu.
-    Qu'est-ce que tu fais encore là ?
-    Je ne me laisse pas foutre à la porte comme ça, figure-toi !
-    Ce n'est pas moi qui t'ai demandé de partir.
-    C'est tout comme. Je veux savoir ce qui t'a pris. Je croyais que c'était clair maintenant, qu'on avait une vraie relation et que je n'avais plus à craindre de me faire jeter comme ça !
-    C'est bien le problème, siffla-t-il au terme d'un silence qui me parut interminable.
-    Quoi ? Le fait de ne plus pouvoir me jeter comme tu en as pris l'habitude ? Ou... C'est parce que toi et moi on a une... Relation ?
C'était clair. Il avait également réalisé qu'il était à présent question d'un "nous deux" officiel et qu'il ne pourrait plus m'évincer aussi facilement qu'il avait pu le faire. Notre union était passée au stade supérieur et rien ne pouvait plus agacer et agiter l'homme frivole qu'était mon amant.
-    Tu n'as pas fait tout ça pour me dire que finalement tu ne veux plus d'une relation ? Tu n'as pas fait ton coming out pour finalement me dire que les relations te déplaisent ! Tu n'as pas dit que tu étais homosesexuel pour...
-    Je ne suis pas homosexuel, corrigea-t-il.
-    Et tu es quoi alors ?
-    Bisexuel, siffla-t-il en saisissant l'arête de son nez entre son pouce et son index.
-    Ne joue pas sur les mots, pour l'instant tu es avec moi et c'est avec moi qui tu couches ! Ca ne fait pas de toi un homosexuel, mais je crois que le fait que tu me mets...
-    Tu deviens vulgaire.
-    Je suis énervé, et j'ai mes raisons, feulai-je. Je ne peux pas croire que tu me dises que tu ne veux pas t'engager après tout ça !
-    Est-ce que je t'ai dit ? Tu as tiré seul des conclusions hâtives et stupides. J'ai juste besoin de temps pour me rendre compte de ce que je suis en train de faire.
-    Et le meilleur moyen de t'en rendre compte est de m'ignorer complètement ?
-    Ca fait quinze ans que je n'ai pas eu un réelle relation avec quelqu'un ! Contrairement à ce que tu peux penser, je suis également un humain.
-    Mais ce qu'on vit depuis un an, c'est une vraie relation ! C'est juste une question d'appellation ! Et c'était qui ce type, il y a quinze ans ?
-    Tu vas me faire une scène de ménage, articula Andreï, plus sarcastique que jamais.
Il était déjà agacé, mais j'eus la sensation que la question que je lui avais posé sur son passé l'avait rendu fou de rage, malgré le calme olympien qu'il affichait, sa machoire tendue laissait transparaître sa colère.
-    Ecoute, je ne veux pas qu'on s'engueule, commençai-je.
-    Tu passes ton temps à réfléchir, tout le temps, à te demander ce que tu vas faire, si tu vas prendre une décision, quand tu la prends tu réfléchis encore, et encore, et encore. Est-ce que je peux prendre ne serait-ce que deux minutes pour réfléchir moi aussi ou ce serait trop te demander ?
-    Je pensais que tu avais réfléchi à ça avant de balancer qu'on était ensemble à la télévision !
-    Non, je n'y avais pas réfléchi, j'ai fait ça comme ça !
-    Ne me fais pas rire !
-    Je n'en ai pas l'intention !
-    Tu es la personne la plus manipulatrice et calculatrice que je connaisse, dis-je dans un rire jaune, et tu veux me faire croire que tu n'avais rien prémédité ?
-    Tes compliments me vont droit au coeur, ironisa-t-il, et puisque nous en sommes aux flatteries, oui, j'y ai réfléchi avant, mais je ne pensais pas que tu te jetterais chez moi immédiatement, je pensais avoir le temps de profiter de ma vie de célibataire !
-    Comment ose-tu dire ça ? Et puis quoi encore ? Tu vas me dire que ça ne t'a pas fait plaisir que je sois venu ce soir ? Tu sais pourquoi tu es si énervé ? C'est parce que je t'ai demandé qui était la personne avec qui tu as eu une relation il y a quinze ans ! Je n'ai pas à payer les pots cassés de ta rancoeur envers quelqu'un d'autre, OK ?
-    Ca n'a aucun rapport avec ça ! Rugit-il.
-    Ah non ? Si ça n'avait pas eu d'importance, tu m'aurais envoyé sur les roses et tu m'aurais foutu à la porte comme tu sais si bien le faire, sauf que là, tu t'énerves ! Le problème, ce n'est pas moi, c'est l'autre ! Qu'est-ce que cette personne a bien pu te faire pour que l'idée même de concevoir une relation puisse te rebuter à ce point ? Je ne suis pas aussi stupide que tu le crois, et je crois même que je commence à te connaître assez pour savoir comment tu marches !
-    Ah ? Tu crois ?
-    Je sais que quand tu tombes de cheval, tu ne remontes pas, hurlai-je.
-    Voilà une métaphore qui me conforte dans l'idée que je me faisais de ton piètre talent artistique !
-    Ce n'est pas le moment de m'insulter !
-    Ce n'est pas ce que tu es en train de faire ?
-    Quoi ? C'est t'insulter que de te dire que je te connais ? Tu as vraiment l'ego le plus surdimensionné que je n'ai jamais eu l'occasion de voir ! Quelle prétention ! Tu te crois vraiment si supérieur ? Laisse moi te dire une bonne chose ! A être persuadé comme ça que tu es si... Si... Extraordinaire, tu vas avoir de grosses déceptions !
-    Je crois que ça m'a plutôt réussi jusqu'ici, dit-il dans un sourire en coin évocateur.
-    Un jour, je te jure que tu vas te prendre une baffe énorme et que ton ego ne va pas s'en remettre ! Ce n'est pas parce que tu as une gueule d'ange, de l'argent, que tu peux te faire qui tu veux et que tes bouquins marchent bien que tout t'est acquis ! Quand je suis venu ici, j'imaginais passer une excellente soirée, et je ne pensais certainement me retrouver face à un dingue qui n'est même pas capable de gérer son passé seul et se retrouve à faire une projection sur moi ! Je ne suis pas ton jouet, je pensais que tu avais fini par le comprendre ! J'ai cru que tu avais changé, que tu avais évolué et que tu serais à même de t'investir dans une relation mais je crois que je me suis lourdement trompé ! Si ton coming-out public n'a été motivé que par ta seule culpabilité, tu peux te le garder !
Il me lança un regard noir qui ne présageait rien de bon et m'inquiétait même.
-    C'est bon ? Tu as fini tes divagations pseudo-psychologiques ? Tu vas peut-être pouvoir m'écouter maintenant au lieu de brailler comme une bonne femme trahie.
-    Mais je t'emmerde !
-    Je n'ai pas besoin de toi pour me dire ce que je dois faire, c'est clair ? Si tu es ici, c'est parce que je le veux, parce que je l'ai décidé ainsi. Si je n'avais pas été là, tu serais encore à écrire tes mauvais articles dans ton journal minable et tu serais même sûrement en train de bichonner un petit poupon ! Je ne suis pas prétentieux, je suis dans le vrai, c'est moi qui t'ai fait, tu me dois tout et je te trouve plutôt ingrat, siffla-t-il avec ce sourire satisfait et pervers que je haïssais. Cela dit, je n'ai pas fait mon coming out télévisuel comme tu l'appelles pour rien. Je t'ai expressément demandé de laisser mon passé là où il est, mais tu ne peux pas t'empêcher de vouloir en savoir plus, tu vois où cela te mène ?
-    Ma question était justifiée ! J'en ai marre de devoir prendre des gants à chaque fois que je te parle ! Ce n'est pas parce que tu es de mauvaise humeur que je dois te servir de punching ball ! En venant ici ce soir, je m'attendais à tout sauf à ça !
Alors que l'écrivain s'apprêtait à me lancer une réponse cinglante, le bruit métallique de la sonnette retentit dans l'appartement.
-    Tu ne vas pas ouvrir ? demandai-je, saisissant la diversion qui m'était offerte.
-    Je n'attends personne.
-    Et j'imagine que tu es trop supérieur pour aller ouvrir à un simple vendeur de calendrier ?
-    Exactement, siffla-t-il, tu as tout compris.
-    Je vais aller ouvrir.
-    Les vendeurs de calendrier du monde entier dresseront un jour un autel à ta générosité.
L'importun fort impoli avait laissé son doigt appuyé sur la sonnette en dépit du "j'arrive" que je lui avais adressé. J'ouvris la porte alors qu'il commençait à tambouriner. Un homme replet et rougeaud me lança un regard débordant de colère.
-    Où est Andreï ?
-    Vous êtes ?
-    Son éditeur, et vous je suppose que vous êtes ce... Gabriel Sangers !
-    De Sangers, corrigeai-je.
-    Je m'en fous, où est Andreï ?
-    Alors, qui c'était ? Et merde, soupira Andreï en apercevant l'homme.
-    Andreï ! couina l'éditeur. Je peux savoir ce que tu as foutu ?
-    Je crois que je vais vous laisser balbutiai-je.
-    Je te rejoins dans la chambre, dit Andreï en mordillant sa lèvre inférieure.
Cette attitude provocatrice, je le savais, n'avait d'autre but que d'agacer son éditeur. Je l'imaginais mal décider de me faire l'amour après ce que nous nous étions dit. Cependant, malgré la colère que je pouvais éprouver à son égard, je constatai avec un certain désespoir, du à la lassitude de le voir toujours gagner, que mon sexe durcissait dans mon pantalon.
Mon amant s'était souvent plaint de l'isolation défectueuse de son appartement et je pus en effet constater que ses reproches étaient largement justifiés. S'il m'était impossible d'entendre ce que grondait l'écrivain, les bêlements aigus de son éditeur ne pouvaient m'échapper. Alors que la voix rauque d'Andreï traversait les murs dans un grondement étouffé, les hauts cris de son interlocuteurs me parvenaient nettement et rendaient la porte superflue.
-    Mais comment est-ce que tu as pu faire une chose pareille ? Tu sais bien que je me contrefous de qui tu mets dans ton pieu, mais garde ça pour toi ! Tu voulais faire évoluer les mentalités de tes lecteurs au sujet de la communauté gay, c'est ça ? Arrête de rire, je suis très sérieux ! Est-ce que tu pourrais ne pas tout prendre à la légère cette fois ci ? Tu t'es coulé ! Est-ce que tu as la moindre idée de ce que ça va nous coûter ? Mais moi, je ne me fous pas de l'argent ! Ne crache pas sur ce que le succès t'a apporté, tu crois que tu pourrais te payer ton deux cent mètres carrés dans le seizième si tu n'avais pas joué de ton physique et de ton personnage comme tu l'as fait ? Tu n'avais pas le droit de couler tous les gens qui bossent autour de toi ! Arrête de ne penser qu'à toi ! Quoi ? Comment est-ce que tu oses dire une chose pareille après tout ce qu'on a fait ensemble ? Ah non ! Pas de sous-entendus ! Arrête de te moquer de tout ! Mais c'est incroyable ! Tu vas démentir ! Tu vas dire que tu voulais te faire un coup de pub, que tu as été énervé par ces questions et que c'était encore une de tes manoeuvres perverses pour déstabiliser la journaliste, tu vas faire quelque chose ! Quoi ? Tu crois vraiment que tu peux refuser ? Mais tu n'as pas le choix, c'est ça ou rien ! Rien ? Comment ça rien ? Pardon ? Que je me... Tire ? Tu ne peux pas me lâcher comme ça... Non, attends, on va s'arranger, on va trouver autre chose ! Non ! On ne peut pas arrêter notre collaboration comme ça ! Il doit y avoir un moyen de... Andreï ! Remets les pieds sur terre, on ne peut pas... Arrête, écoute, qu'est-ce que tu veux ? Mais tu dois faire ce démenti on ne peut pas.... D'a... D'accord. Mais je t'assure que dans ton intérêt... Je pense que l'amour rend aveugle et que... OK, OK, excuse-moi, ce n'est pas ce que je voulais dire.
L'éditeur tempéra la tonalité de sa voix et ce qu'il dit ensuite fut tout aussi incompréhensible que les paroles de mon amant. Et s'il avait raison ? Et si l'affection qu'Andreï pouvait me porter ne lui permettait plus de discerner le bon du mauvais et le conduisait à se suicider professionnellement ? Quoiqu'il en dise, il était indéniablement attaché à moi et n'avait pas déclaré être investi dans notre relation par purs provocation et anticonformisme. Mais après tout n'avait-il pas choisi de le faire ? Pouvais-je me sentir responsable ? Je ne savais pas si j'en avais le droit, mais je le ressentais ainsi. Et si sa carrière n'en souffrait pas ? Après tout, quel meilleur coup de pub ? Mais Andreï n'avait nul besoin de se faire de la publicité et encore moins de ce type. Je me sentais en partie responsable de la dispute qui faisait rage dans le salon, n'était-ce pas moi qui lui avait demandé une relation officielle dans laquelle je pourrais m'investir sans avoir à me cacher ?
Le fracas de la porte d'entrée qui claquait me tira de mes pensées. Andreï fit son apparition dans la chambre quelques secondes plus tard, le visage impassible.
-    Ecoute, commençai-je, je n'ai vraiment pas envie de m'engueuler avec toi, on n'a qu'à se mettre d'accord tu es un sale égoïste et je pose trop de questions, les torts sont partagés. Je ne voudrais pas que...
Je n'eus pas le temps de finir ma phrase, l'écrivain s'était approché de moi à vive allure et, avec violence, il me renversa sur le lit en prenant appui sur mon torse.
-    Qu'est-ce que tu...
Il se laissa tomber contre moi et étouffa ma question en plaquant sa main sur mes lèvres avec rudesse.
-    On doit parler, arrivai-je à prononcer.
-    On verra ça plus tard, pour l'instant, j'ai envie de toi.
-    Tu ne peux pas toujours te servir quand... Han !
Une pression du bassin de mon amant contre le mien m'intima le silence.
-    Ca ne marche pas comme ça !
-    Je crains bien que si, murmura mon amant dans un sourire éloquent.
Il laissa sa langue s'égarer dans mon cou alors que je murmurais :
-    Il y a quelques minutes, tu étais prêt à me descendre, et là tu veux qu'on fasse l'amour, qu'est-ce qui te prend ?
Pour toute réponse, l'écrivain déboucla ma ceinture. Je connaissais la réponse à ma question, rien ne l'excitait plus que de savoir que d'un coup de rein, il pouvait briser toute résistance et effacer ma colère. Je me tus, trop heureux de profiter de l'instant et de mettre nos différents de côté le temps de quelques minutes de pure extase. Sans ménagement, mon amant saisit mes épaules pour me retourner face contre les draps de soie. C'est avec une excitation sans borne que je laissais échapper un gémissement lorsqu'il attrapa la taille de mon pantalon pour la descendre sous mes fesses. Tout en taquinant ma nuque de sa langue, je l'entendis descendre son propre pantalon. Alors que ses dents commençaient à pincer ma peau dans une douleur plus qu'excitante, il me pénétra profondément. Je laissais échapper un cri à la sensation d'un intrusion violente à laquelle il ne m'avait pas habitué. La douleur passagère dépassée, son corps en mouvement me fit oublier rancoeurs et colères pour me laisser entièrement aller au plaisir qui commençait à poindre sourdement. Les va et viens incessants de mon incroyable amant ne cessèrent de s'intensifier, rapidement encouragés par de lourds gémissements que je tentais de contenir, n'oubliant cependant pas entièrement ma rancune envers lui et ne voulant pas lui montrer le plaisir que je prenais à le sentir en moi. Mais il me fut impossible de retenir plus longtemps un cri de plaisir qui jaillit de ma gorge au moment où l'extase prenait possession de mon corps dans un orgasme puissant et que mes mains se refermaient avec violence sur les draps. Quelques secondes plus tard, ce fut au tour d'Andreï de laisser échapper un soupir rauque avant de s'effondrer sur moi puis de rouler sur le côté, peinant à réguler son souffle.

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Tous les commentaires de l'article:
Chapitre XCIV.

  • Marion

    jeu 17 jui 2008 18:30

    ça y est je suis redevenue folle à cause de toi claire, je passe sur ton blog toutes les demi heures pour voir si tu n'as pas publié la suite !!

  • Shuusei

    jeu 17 jui 2008 08:19

    Super chapitre! Vraiment! Tu écris divinement bien ♥ Mais j'avoue être un peu déçue... J'ai l'impression que ça tourne un peu en rond =/ Enfin, impatiente d'avoir la suite! Bonne continuation!

  • Maly

    mer 16 jui 2008 18:28

    O_O ça c'est du chapitre et aussi de la suite Woua !! trop bien !! j'adore euh...AHHHHHHH vite la suite LOL. Des retrouvailles un peu mouvementées comme même ^^ enfin bon on verra ce qui va se passer ensuite. Merci pour ce nouveau chapitre ^^

  • Mahea

    mer 16 jui 2008 15:37

    Ca c'est des retrouvailles XD! Punaise! mdrr

  • Coralie

    lun 14 jui 2008 17:13

    bah dis donc ! pauvre petit Gab ...

    vivement la suite !

  • Ley

    lun 14 jui 2008 15:42

    eh bah ! Gabriel prend du pol de la bête ^^ même si ça dure pas longtemps à cause de l'éditeur...
    moi qui pensait qu'Andreï aurait un peu changé... c'est dommage :p

  • shanyah mailto

    lun 14 jui 2008 11:32

    J'ai adoré la scène avec l'éditeur,dans ma tête,j'imaginai la tête d'Andreï et ces réponses lol trop fort ^^

  • Merlin4ever

    lun 14 jui 2008 10:39

    waaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

  • Line

    lun 14 jui 2008 02:08

    'Tain... J'ai trop envie que Gabriel se rebelle XD il commence c'est bien...
    Sinon j'adore ton histoire ^^ ! je poste jamais de commentaires mais je la suit depuis le début... Elle me plait énormément =)
    Bravo et bonne continuation ! ^^

  • caro mailto

    lun 14 jui 2008 01:43

    non ses pas vrai la il a enfin avouer kil laimais !!! stai le time et a fayi virer sont éditeur !!! non mai sses kil doit laimer efin du compte gab !!!




 

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