Chapitre IV.  posté le mercredi 03 octobre 2007 11:43

- Salut chéri, alors, cette soirée ?
- Euh... Rien de très... Enfin... Normal.
- Tu as l'air tout drôle, s'inquiéta Daphné.
- Ah ? J'ai du attraper quelque chose. Toute cette pluie ça me...
  Son souffle rauque dans mon oreille, sa main posée sur mon épaule. Je n'arrivais pas à sortir cette image de ma tête. Alors qu'elle ne s'y attendait pas, je remontai la jupe de Daphné pour la prendre contre le mur du salon, elle se laissa faire. Son souffle rauque dans mon oreille, sa main posée sur mon épaule. Je l'entendis jouir presque dans un rêve. Son souffle rauque dans mon oreille, sa main posée sur mon épaule. Alors que je reposais Daphné sur le sol, je m'affalai dans un fauteuil. Son souffle rauque dans mon oreille, sa main posée sur mon épaule. Pourquoi penser à ça ? Tout le temps. Je n'étais pas une de ces putains de folles ! Je n'étais pas gay, bordel ! Et pourtant, pour la première fois, faire l'amour avec Daphné n'avait rien suscité chez moi. Son souffle rauque dans mon oreille, sa main posée sur mon épaule. Je me sentais vide, et insatisfait. Son souffle rauque dans mon oreille, sa main posée sur mon épaule.
- Gab ? Ca va ?
  Son souffle rauque dans mon oreille, sa main posée sur mon épaule.
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Chapitre V.  posté le mercredi 03 octobre 2007 11:56

  Je pris ma veste et sortis dans les rues, je voulais comprendre. Je n'avais jamais eu à me poser la question de mon orientation sexuelle. Tout avait été très clair, j'avais même fait partie de ces garçons qui n'hésitaient pas à entretenir des liaisons avec plusieurs femmes à la fois. Puis, il y avait eu Daphné, je m'étais rangé, on s'était installé. Je n'étais pas malheureux de cette vie, au contraire, et pourtant... Pourtant cet homme m'intriguait. En réalité, le plus intrigant était très certainement la réaction que mon corps avait eu lorsqu'il était entré en contact avec le sien. Juste un contact furtif, une main abandonnée sur une épaule. Une main abandonnée sur une épaule et j'étais rentré chez moi pour faire l'amour à Daphné, pour me convaincre de mon hétérosexualité ou pour évacuer ce désir qui m'étouffait ? Non, il n'y avait aucun désir, juste une réaction sans aucun doute due au stress, à la promiscuité peut-être également. Je me pris la tête entre les mains, toutes les piètres excuses que je tentais de me donner sonnaient faux.
- Je peux t'aider ?
- Hein ?
  Je me retournai, il était là. Je regardai autour de moi, j'avais marché jusqu'à l'Avenue Foch, un trajet d'au moins une heure à partir de chez moi. Il n'y avait alors plus aucun doute, j'avais un problème, et un difficile à résoudre.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je... Je crois que je me suis paumé, répondis-je.
- Tu veux de l'argent pour le taxi ?
- Je peux monter ?
  J'aurais pu ajouter : "je veux comprendre, je veux constater que cela ne se reproduira pas". Il eut comme un mouvement de recul et leva un sourcil. Il m'étudia de haut en bas avant de hausser les épaules.
- Comme tu veux, soupira-t-il.
  Il poussa la porte de son appartement et accrocha son manteau noir et son écharpe assortie au porte-manteau puis il alla chercher deux serviettes dans la salle de bain, il m'en lança une.
- Mon appartement n'est pas un hospice, gronda-t-il.
  Malgré l'épaisseur de son manteau, sa chemise blanche était trempée et il souleva avec dégoût l'un des pans qui lui collait à la peau.
- Je reviens.
  Il pénétra dans une pièce dont il ferma la porte et en ressortit cinq minutes plus tard, ses cheveux chatains ébouriffés laissaient retomber quelques mêches éparses sur son front et ses yeux. Je me contentais de grelotter dans l'entrée. Il tenta d'allumer une cigarette mais son briquet refusa obstinément de s'allumer.
- Trempé. Saloperie de temps, soupira-t-il. Tu comptes rester dans l'entrée toute la nuit ?
- Euh, non, excusez-moi.
- Assieds-toi là. Ah non, tu es trempé, par sur le canapé. Là, sur le parquet.
- Sur le parquet ?
- Prêt à croire tout ce que je dis, n'est-ce pas ?
  Je me sentis rougir. Il étendit une serviette sur le canapé pour que je m'y installe et prit place dans le fauteuil qui me faisait face, il sembla se rappeler qu'il n'avait plus de briquet et fouilla dans un pot placé sous la table basse pour en sortir une boîte d'allumettes. Il craqua la première et la flamme dansa dans ses yeux pendant un court instant, il la souffla ensuite, avant de cracher un nuage de fumée.
- Qu'est-ce qui t'amènes ? Tu t'es soudainement dit que tu avais une question du tonnerre pour ton article merdique ?
- Euh... Je marchais et puis, coïncidence...
- Tu marchais à plus d'une heure de chez toi et tu t'es retrouvé pile devant chez moi ? Tu veux me faire avaler ça ?
  Il avait changé de position dans le fauteuil et me regardait fixement, sans ciller. Je finis par baisser les yeux.
- Tu voulais me revoir ?
- Arrêtez, je suis pas...
- Pas quoi ?
- Non, rien.
  Il se leva du fauteuil et vint poser ses mains de part et d'autre de mes cuisses. Il se cambra en avant et son visage touchait presque le mien. Il eut un nouveau sourire ironique avant de murmurer :
- Quoi ? Tu n'es pas... Gay ?
- Non !
- Je jurerais que tu bandes.
- Arrêtez, ça ne me...
- Gagné, sourit-il.
- Tu as envie de moi, non ?
- Non.
- Non ?
- Non, balbutiai-je.
  Il colla ses lèvres contre les miennes et, de sa langue, il essaya de se frayer un passage entre mes dents. Je fermais obstinément la bouche mais il attrapa ma nuque dans sa main gauche et me força à ouvrir la machoire avec la droite. Il commença alors à m'embrasser avec force, si bien que je ne pus résister et que je répondis alors à son baiser.

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Chapitre VI.  posté le jeudi 04 octobre 2007 22:59

-    Je suis navré, je dois rentrer, m'excusai-je précipitamment, en arrachant mon visage à la délicatesse de ses lèvres, m'enfonçant plus profondément dans le canapé.
-    Hum, je comprends, Bobonne t'attend à la maison, s'amusa-t-il.
-    Daphné est une fille géniale.
  Il sourit franchement, mais sans joie. Evidemment, ce que je disais était ridicule, surtout dans la situation présente. Il retourna s'asseoir dans son fauteuil et attrapa un livre qui tenait compagnie à la poterie sous la table basse.
-    Bon, bah, bonne soirée, alors...
-    Hum, hum, répondit-il absorbé dans sa lecture.
-    Tu ne...
-    Tu connais le chemin, non ?
-    Ou... Oui, bégayai-je, abasourdi par tant d'indifférence.
-    Alors inutile que je te raccompagne, soupira-t-il en tournant une page.
-    Non, inutile.
  Je repris la route de Saint-Paul, le dos courbé sous la pluie et le vent. Voilà, tout était dit et j'avais mis mon couple en danger pour satisfaire les désirs d'un homme qui ne savait pas ce qu'il voulait réellement. Et qu'allait en penser Daphné ? Il était évidemment hors de question que je le lui avoue un jour, mais s'en rendrait-elle compte ? Je ne pouvais l'envisager, j'avais créé une vie idéale à deux, j'avais mis des années à enfin faire confiance à une femme, je refusais de voir tous mes efforts anéantis par un homme, un homme ! C'est là que tout m'apparut, je venais d'embrasser un homme, je n'y avais pensé qu'en tant qu'artiste, en tant qu'Andreï Sidorov, mais jamais en être sexuel, en homme. J'avais embrassé un homme, j'avais ressenti du désir pour un homme, un homme. Cette idée faillit me provoquer un haut-le-coeur. Pourquoi tout semblait différent si c'était lui ? Lorsqu'il avait tenté de m'embrasser, je n'y avais pas vu une relation d'homme à homme mais plutôt un moyen de satisfaire un désir qui devenait tellement présent qu'il n'avait pas d'autre choix que de s'exprimer.
  "Saint-Paul" annonça la voix aimable et robotisée du métro. Je descendis et lorsque j'arrivais devant ma porte, j'hésitai à entrer, mon coeur battant à tout rompre, c'était tout bonnement incompréhensible, Daphné ne pourrait jamais deviner sur mon visage ce qui était arrivé ce soir-là. Je jetai un coup d'oeil à ma montre avant d'enfoncer la clé dans la serrure. Minuit et demi, elle devait déjà dormir. Mais lorsque j'entrai dans le salon, elle était là, à lire dans le canapé. Lorsqu'elle me vit entrer, elle se leva, un air de profond dépit se peignit sur ses traits, elle sanglota :
-    Où est-ce que tu étais ?
-    Désolé, je suis allé me balader.
-    Tu es en train de t'éloigner de moi, tu...
-    Pourquoi tu dis ça, enfin ?
-    Tout à l'heure... Tu... Tu me fais l'amour et tu te tires ! Comme si... Comme si j'étais une... Une pute !
-    Mais non, chérie...
-    Ne m'appelle pas "chérie"  ! Tu t'en vas, je t'appelle sur ton portable et tu ne réponds pas, moi, je suis morte d'inquiétude et tu reviens et tu m'appelles "chérie" ? Ca ne marche pas comme ça !
-    Daphné, calme-toi, ok ? Je suis allé chez Sidorov, murmurai-je d'une voix qui se voulait apaisante.
-    Et qu'est-ce que tu es allé foutre là-bas ?
-    Des trucs pour mon article. J'aurais du te prévenir, je suis sincèrement navré...
-    J'ai l'impression que tu m'oublies...
-    Mais non, mon coeur, je ne t'oublie pas.
  Toi non plus, Andreï, je ne t'oublie pas, malheureusement. Si seulement je pouvais t'oublier, t'effacer de ma mémoire, comme un mouchoir efface la craie sur le tableau noir. Si seulement tu n'étais pas là, à mettre en danger mon couple, à m'obséder, à prendre le pas sur toutes mes pensées, à guider toutes mes réactions. Si seulement tu n'étais pas toi. Je n'étais pas à proprement parler amoureux d'Andreï, mais sa nature complexe me fascinait à tel point que je lui étais complètement soumis.
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Chapitre VII.  posté le vendredi 05 octobre 2007 15:15

  Je décidai de passer la nuit dans le canapé, par respect pour Daphné mais également pour ne pas me retrouver face à mon propre égoïsme. Le lendemain matin, j'entrai dans la chambre pour trouver une chemise propre, elle était là, ses cheveux blonds lui donnaient un air angélique et sa bouche entr'ouverte de laquelle s'échappait une respiration régulière me donna envie de l'embrasser. Je m'assis sur le rebord du lit et passai la main dans sa chevelure. J'étais en train de tout saborder, mais ce que je ne pouvais supporter, c'était de la faire souffrir. Lorsqu'elle était arrivée à Paris en 1999, elle avait un rêve, elle voulait devenir une femme bien, et là où nombre de personnes refusent la routine, elle s'y complaisait et ne cessait de répéter qu'elle ne serait heureuse qu'entourée d'enfants dans une maisonnette avec un jardinet. Je ne pouvais lui imposer ce que je lui faisais subir. Elle avait immédiatement remarqué un changement dans ma personnalité et cette clairvoyance avait tout pour m'inquiéter. Je n'imaginais pas continuer ce simulacre de relation avec Sidorov, quelle relation d'ailleurs ? Il avait été plutôt clair.
-    Qu'est-ce que tu fais ?
-    Je suis venu chercher une chemise, désolé de t'avoir réveillée, rendors-toi, murmurai-je.
-    Tu pars au boulot à cette heure-ci ?
-    Toujours cet article...
-    Je crois que je préférais encore quand tu étais une roue de secours, marmonna-t-elle.
-    Je sais, rendors-toi.
-    A ce soir, alors ?
-    Peut-être, je...
-    J'ai compris.
  Elle se retourna sur le ventre et mit son coussin sur sa tête. Excuse-moi.
  Je sortis et refermai la porte sans un bruit, exception faite du claquement du verrou. La rue était déserte et je n'étais même pas sûr de trouver le journal ouvert. Que pouvait faire Sidorov à ce moment ? Question idiote, en quoi cela me regardait-il ? Je croisai un couple qui s'embrassait sous un porche et à y regarder de plus près, le couple était composé de deux hommes. J'esquissai une brève grimace de dégoût, non, je n'étais pas comme ça, je n'étais pas comme eux. Je m'étais juste égaré. Cette passade avec Sidorov n'avait aucun sens, ni pour moi, ni pour lui, non, certainement pas pour lui, au vu de la manière dont il m'avait poliment éjecté de son appartement et de sa vie. A cette pensée, je sentis comme un sentiment de manque. Une drôle de sensation qui serra mon ventre et me laissa avec cette impression que j'avais besoin de quelque chose sans savoir exactement quoi.
  Fanny était déjà sur place et elle remarqua ma mine fatiguée.
-    Ca va ?
-    Oui, oui, t'inquiètes pas, répondis-je sans conviction.
-    Tu fais vraiment une drôle de tête.
-    Je suis pas trop dans mon assiette en ce moment, c'est tout.
-    C'est Sidorov ?
  Je me tournai vers elle, affolé. Mais son regard n'exprimait rien d'autre que de l'inquiétude. Je devenais paranoïaque, persuadé que mon désir pour l'écrivain pouvait se lire sur mon visage.
-    Oui, il est insupportable.
-    Ah bon ?
-    Imbu de lui-même, prétentieux, dédaigneux, un cocktail détonnant, soupirai-je.
-    Ouais, il paraît qu'il est pas facile.
-    Non, pas vraiment.
  Je pris la direction de mon bureau mais Fanny m'apostropha :
-    Gabriel ?
-    Oui ?
-    Il ne se passe rien de grave au moins ? Tu peux me le dire...
-    Ca va aller, je te jure.
-    Si tu veux en parler...
-    Il n'y a rien à dire, mais merci quand même.
  Elle haussa les épaules en faisant la moue alors que je lui adressais un pâle sourire. Je pris ensuite place dans le placard à balais qui me servait de bureau et la sonnerie de mon téléphone me tira des mes rêveries en m'informant qu'un nouveau message m'attendait sur mon répondeur. "Salut Gab', c'est Samuel, j'ai une interview à faire du côté de ton bureau, on se retrouve chez Paul à midi ?" Samuel et moi étions dans la même université lorsque nous étions en licence d'Information et Communication, lui avait réussi le concours du CELSA et travaillait à présent comme journaliste à plein temps dans un quotidien. Je l'avais raté et j'en étais là. Nous avions toujours été très proches et il était l'une des rares personnes auxquelles je pensais pouvoir tout dire.
  A midi, je pris un sandwich et un flan chez Paul et je m'installai en terrasse. Il arriva avec dix minutes de retard, flanqué de son éternelle besace en cuir.
-    Je suis désolé, pour le retard.
-    Aucun problème, répondis-je sincèrement.
-    Oh putain, t'en fais une tête !
-    Ouais, c'est pas la joie.
-    Je vais me prendre un truc à manger, j'arrive tout de suite. Tu me raconteras tout ça.
  Il revint cinq minutes plus tard, déposa son repas sur la table, s'assit et mordit à pleines dents dans son sandwich et d'un geste de la main, il m'encouragea à commencer mon récit.
-    Je dois faire un papier sur Andreï Sidorov, tu vois qui c'est ?
-    Evidemment. Et c'est ce qui te met dans cet état ?
-    Non, mais j'ai l'impression que je n'y arriverai pas, c'est vraiment compliqué, et il ne veut rien me dire, en bref, je dois faire du tout avec du rien, et je suis complètement dépassé.
-    Faire du tout avec du rien, c'est pourtant ta grande spécialité, dit-il en lançant un regard en coin à deux jeunes filles assises trois tables à notre gauche. J'adore ton quartier, sourit-il.
-    Je sais, mais là... C'est tellement peu conventionnel... Je suis sensé l'interviewer, et ça fait trois fois que je vais chez lui, sans résultat. En fait, je ne sais même pas si je dois l'interviewer ou juste écrire un truc...
-    Il y a plein de monde qui dit qu'il est homo, rapport à sa façon de décrire les sentiments et de percevoir la vie, enfin, je ne fais que répéter ce que j'ai entendu, j'ai jamais lu un de ses bouquins.
  Le premier membre de sa phrase me fit tressaillir et il remarqua le trouble que je tentai de cacher en sirotant mon jus d'orange d'un air dégagé. Il m'observa quelques secondes et ouvrit la bouche puis sembla se raviser. Puis, il prit un ton inquiêt pour me demander :
-    Mais t'es pas passé... De l'autre côté ?
-    De l'autre côté ?
-    Ouais, Sidorov et toi... C'est juste... Professionnel ?
-    Evidemment ! Tu me prends pour un pédé ou quoi ?
-    J'ai jamais dit ça, mais comprends que je commence à avoir des doutes...
  Je pris mon visage entre mes mains, si il y avait une seule personne à laquelle je pouvais me confier, c'était lui, mais j'avais tellement peur du jugement qu'il pourrait porter sur moi. Je me trouvais déjà passablement écoeurant, qu'en serait-il de lui ?
-    J'ai visé juste, hein ?
-    C'est pas tellement... Enfin, tu me connais, je suis pas pédé, dis-je d'un ton qui se voulait assuré. Et là... Je ne sais pas pourquoi...
-    Vous avez couché ensemble ?
-    Non, m'exclamai-je, non ! T'es dingue ou quoi ?
-    Ma question est justifiée.
-    Ouais, je sais. En fait, je ne vois pas pourquoi juste maintenant...
-    C'est la crise de la trentaine, dit-il d'un ton entendu.
-    C'est juste que quand je le vois, je peux pas me... Comme si je n'avais plus d'inhibitions. Quand j'y pense ensuite, ça me dégoute à un point que tu peux pas imaginer, mais quand je suis avec lui, ça me paraît tellement normal... En fait, je ne le vois pas comme un homme mais comme Andreï, et c'est complètement différent.
-    Heureusement que je ne bosse pas pour un de ces torchons, mon gars !
-    Pourquoi ?
-    Parce que ton vilain petit secret, je te le placarde partout !
-    Samuel...
-    Non, t'inquiètes pas, je serai muet comme une tombe. Et pour Daphné, ça se passe comment ?
-    Bah je crois qu'elle se doute de quelque chose, pas avec Sidorov, elle l'imagine même pas une seule seconde, mais elle me trouve bizarre en ce moment.
-    C'est toujours la femme qui l'apprend en dernier...
-    Elle n'aura rien à apprendre, je retourne chez Sidorov ce soir pour finir mon article et lui dire que plus rien ne se passera, plus jamais.
-    C'est plus sage.
  Oui, c'était plus sage. Mais de quoi avais-je vraiment envie ? Ce que j'avais vécu avec Andreï n'était-il pas le signe de l'ennui qui gagnait mon couple ? N'était-ce pas une volonté de se démarquer de la routine, voire de changer de peau ? La conversation glissa ensuite sur les projets professionnels de Samuel et nous nous quittâmes une heure plus tard. Cependant, avant de reprendre le métro, il me glissa :
-    Essaie de penser à Daphné dans cette histoire, OK ?
-    OK.

 Petite précision : lorsque j'édite un article, il se met automatiquement hors ligne, donc si vous voyez qu'il en manque un, attendez quelques minutes et rafraichissez la page !
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Chapitre VIII.  posté le dimanche 07 octobre 2007 11:42

  Je rentrai au journal, lorsque Patrick me mit le grappin dessus dans l'ascenceur.
-    Et ce papier ?
-    Je le termine ce soir, chef, désolé.
-    Je le veux sur mon bureau très rapidement, Gabriel, je ne peux pas me permettre d'attendre, c'est clair ? Si tu ne le fais pas très vite, c'est la porte, est-ce que je me suis bien fait comprendre ?
  Mais comment faire un papier sur lui sans matériel ? Je décidais d'aller trouver le principal intéressé à la fin de la journée. La lumière de son bureau était allumée et je restai quelques minutes à la fixer, sous une pluie battante. L'impression irréelle de la situation était renforcée par le flou ambiant qui donnait à la fenêtre l'air d'une lumière perdue dans la nuit noire. Je me décidai à entrer sous le regard toujours désagréable de la concierge qui me gratifia d'un théatral "le paillasson". Arrivé au  quatrième, je sonnai à la porte, un noeud au ventre comprimait mon estomac, avais-je vraiment envie de dire à Andreï que je voulais tout arrêter ? Avais-je vraiment envie de tout arrêter ?  Le claquement sec du verrou interrompit mes réflexions.
-    Gabriel ?
-    Euh... Je suis venu pour terminer mon papier, désolé, m'excusai-je. Et aussi pour vous parler.
-    Je n'ai pas le temps, dit-il d'un ton abrupt.
-    C'est le dernier soir. Enfin, la dernière fois que je viens, alors, juste cinq minutes. Histoire de me donner un os à ronger pour écrire n'importe quoi dans mon article.
  Il posa sur moi un regard agacé et ouvrit la porte en grand.
-    Cinq minutes.
-    Mais je préfère vous parler d'abord.
-    Me parler ?
  Il haussa le sourcil gauche avant de soupirer. Nous nous installâmes dans son salon et il reprit sa place dans le fauteuil en cuir avant d'allumer une cigarette. D'un mouvement de la main, il m'invita à parler, sa cigarette tournoya dans l'air, abandonnant derrière elle un filet de fumée bleuté.
-    Je veux qu'on arrête, commençai-je.
-    Quoi donc ?
-    Cette relation.
-    Quelle relation ?
  La question me décontenança, je levai rapidement les yeux vers lui. Son regard glacé pénétra jusqu'au plus profond de mon être et je sentis mon coeur se serrer. Il ne cilla pas et sa bouche s'ouvrit sur un sourire ironique. Je me sentis soudain gêné de détailler mes pensées.
-    Vous savez, notre relation...
-    J'ai beau réfléchir, je n'arrive pas à trouver ce qui pourrait te faire croire que nous avons une relation.
  Je voulus soudain arracher ce sourire moqueur de son visage et m'enfuir à toutes jambes.
-    Mais vous m'avez embrassé !
-    Tu n'es pas le premier, tu ne seras pas le dernier, qu'est-ce qui te fait croire que tu vaux mieux que les autres ?
-    Je vous ai fait confiance !
-    Moi aussi.
-    Quoi ?
-    Je pensais que tu serais moins difficile que ça. Enfin, je veux dire, je n'ai pas choisi de me faire interviewer par toi juste pour tes talents journalistiques inexistants. Tu n'es qu'un gratte-papier.
-    Pourquoi alors ?
-    Pourquoi choisit-on tel tableau plutôt qu'un autre ?
-    Le goût ?
-    L'esthétique, la décoration.
-    Je suis là pour... Décorer ?
-    Tout à fait. Mais si ça peut te rassurer, je trouve que la photographie qui est sur le site de Littera ne te rend pas justice.
  Un objet de décoration, il m'avait fait subir tout ça pour finalement me dire que je n'étais qu'un objet de décoration. Il m'avait choisi sur catalogue ! Etonnament, plus il devenait dédaigneux, plus je sentais l'excitation monter en moi. Une vague de désir me submergea et je me levai pour me cambrer face à lui et prendre son cou entre mon pouce et mon index. Je collai mes lèvres aux siennes et il ne frémit même pas, me laissant seul face à la barrière infranchissable de sa bouche délicate. Je finis par me reculer, sans même le regarder.
-    Tu as bien dit que ce que tu croyais être une relation était fini, non ?
-    Je...
-    Tu peux t'en aller.
-    Ou... Oui.
  Je ne pris guère de temps pour rassembler mes affaires et sortir dans la rue. Lorsque je sentis à nouveau la pluie sur mon visage, je ne sus plus faire la différence entre mes larmes et les énormes gouttes qui s'écrasaient sur mes joues. Pourquoi pleurais-je ? J'étais sans aucun doute étouffé par la honte honte, j'étais passé pour un parfait imbécile. Mais en quoi cela pouvait-il me toucher ? Je ne reverrais plus jamais cet homme ignoble. En levant les yeux, je vis apparaître Andreï en ombre chinoise à la fenêtre de son bureau. Me regardait-il partir ? Il était impossible de le déterminer, je l'espérais pourtant.

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