Chapitre XCV.  posté le jeudi 17 juillet 2008 21:07

-    Est-ce qu'on va pouvoir parler, maintenant ? demandai-je, encore essoufflé.
Les yeux de mon amant se fermèrent dans un soupir. Il tourna ensuite la tête vers moi, battit des cils avec lenteur et prit une inspiration :
-    Ecoute, je crois qu'il n'y a rien à dire. On ne pourra pas se changer mutuellement. Je suis conscient que je ne suis pas facile à vivre, et que, même si l'idée d'avoir une vraie relation me dépasse et m'inquiête même, je veux que tu restes. Je n'ai rien d'autre à dire, tu peux prendre la décision que tu jugeras la meilleure.
Je me lovai dans ses bras avant de sourire et de murmurer :
-    Pourquoi est-ce que c'est toujours juste après qu'on ait fait l'amour que tu me dis ces choses-là ?
-    Ca doit être parce que je ne me rends pas vraiment compte de ce que je dis.
-    Tu es un amant extraordinaire, soupirai-je.
Il leva un sourcil interrogateur, semblant ne pas comprendre où je désirais en venir. En réalité, je n'avais aucun but, cette phrase m'avait échappé alors que j'étais encore sous le coup de l'émotion qu'avait provoquée chez moi cette volupté soudaine.
-    Je sais, sourit-il.
-    Tu es vraiment...
-    Egocentrique et prétentieux ?
-    C'est ça, murmurai-je en tournant légèrement la tête pour déposer un baiser sur ses lèvres.  Je n'aime pas quand on s'engueule, mais j'aime bien ces réconciliations sur l'oreiller.
-    Un vrai petit couple, railla mon amant.
-    Oui. Et moi, ça me va.
Le lendemain matin, je fus réveillé par la lumière du jour, je me retournai alors, espérant que mon amant serait toujours assoupi et me laisserait ainsi le loisir de détailler ses traits fins et détendus par le sommeil. Mais il n'en était rien et le coussin voisin du mien était déserté par son propriétaire. Je me relevai sur mon séant alors que des images de la nuit me revenaient en mémoire. Cette nuit de pure volupté avait scellé un pacte entre nous, il reconnaissait l'existence officielle d'un couple réel tandis que pour ma part, je m'engageais à accepter toutes ses conditions. Jusqu'où étais-je prêt à aller pour le garder à mes côtés ? Je n'en avais aucune idée, mais la seule certitude que j'avais à l'esprit était la suivante : je l'aimais. Je l'aimais d'un amour fou et complètement inconsidéré. Je l'aimais sans réserve et sans condition. Je l'aimais comme je n'avais jamais aimé. Je l'aimais plus que tout au monde. Je l'aimais comme le dernier des fous. Je l'aimais tout simplement.
Il m'était devenu impossible de comprendre comment j'avais pu le haïr un jour, j'avais pardonné toutes ses erreurs, tous ses écarts, ces mois de détresse que j'avais endurés par sa faute. Je lui devais tellement que toutes mes rancoeurs envers lui n'avaient plus court.
Malgré tout, c'est à ce moment où l'amour aurait du faire de moi le plus aveugle des hommes que j'étais le plus lucide. Je ne passerais pas ma vie à ses côtés, malgré tous mes espoirs, un jour viendrait où il partirait, où il me laisserait derrière lui, parce qu'il ne pourrait pas faire autrement, parce que s'il ne le faisait pas, il ne serait pas lui. Ce jour-là, je devrais me résigner à comprendre que, grâce à lui, j'aurais vécu les plus beaux instants de ma vie. Je ne voulais plus de disputes, plus de brouilles, je désirais uniquement profiter du temps qui m'était accordé à ses côtés avant qu'il ne s'envole vers d'autres horizons.
C'est donc un sourire triste aux lèvres que je franchis la porte de la cuisine pour y trouver l'écrivain, négligemment appuyé contre l'évier, une tasse de café fumant à la main. Le regard plongé dans le vague, il ne remarqua pas mon apparition et haussa un sourcil alors que je demandais :
-    Il reste du café pour moi ?
-    Je n'en ai fait que pour une seule personne, répondit-il, la voix enrouée.
-    Evidemment, soupirai-je. Tu viens de te réveiller ?
-    Oui.
Il était visiblement de mauvaise humeur ce qui ne m'empêcha pas de le suivre alors qu'il sortait de la pièce. Arrivé dans la chambre, il commença à passer une chemise. Je contemplai son corps impeccablement dessiné, de sa chute de rein cambrée et délicieuse à son torse fin mais puissant, de ses épaules étroites mais carrées à son visage aux traits durs mais fins, de ses brulants yeux gris au désordre de sa chevelure.
-    Andreï ?
-    Quoi ?
-    Je t'aime.
Il leva vers moi un regard surpris et haussa un sourcil. Quelques secondes plus tard, son visage visage se détendit en un sourire alors qu'il levait les yeux au ciel en soupirant.
Andreï Sidorov, un jour tu partiras, mais, je t'en prie, accorde moi encore un peu de temps...

 

 

FIN

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