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Chapitre IX.  posté le mardi 09 octobre 2007 14:40



-    Tu vas bien ?
-    Super, merci.
  Une fois de retour chez moi, j'avais retrouvé Daphné et je m'étais remémoré la phrase de Samuel : "Essaie de penser à Daphné dans cette histoire, OK ?". La personne qui risquait de souffrir le plus dans cette situation était évidemment la femme qui se trouvait assise en tailleur sur le canapé, à regarder une émission de divertissement.
-    Pas trop dure la journée ?
-    Non, ça va.
-    Tu fais la gueule ?
-    Non, non, répondis-je, je suis juste exténué.
-    Tu viendras manger chez mes parents dimanche ?
-    Je ne sais pas.
-    S'il te plaît, fais un effort !
-    Mais le boulot...
-    Patrick a appelé ici, et visiblement le boulot ne t'étouffe pas trop vu que tu n'as qu'un papier à faire !
-    Pourquoi est-ce qu'il t'a dit ça ?
-    Il a laissé un message sur le répondeur en vociférant parce que tu étais en retard et qu'il n'arrivait pas à te joindre sur ton portable, dit-elle sans quitter l'écran des yeux.
  Nous restâmes silencieux pendant quelques minutes.
-    Je vais me coucher, finis-je par dire.
-    A demain, marmonna-t-elle.
-    Bonne nuit, alors.
-    Idem.

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Chapitre X.  posté le mardi 09 octobre 2007 14:45

C'est ici que l'on commence à entrer dans le vif du sujet, vous pouvez encore fermer la fenêtre, mais après, c'est trop tard ^^

 

  La journée au travail fut morose au possible et je restai figé devant mon écran à écrire une introduction à mon article, puis à l'effacer. Qu'écrire ? Qu'Andreï Sidorov était un salaud ?
-    Gabriel ? Il y a quelqu'un pour toi sur la deux !
-    Merci, je prends ! Allô ?
-    Tu as oublié ton écharpe chez moi, prononça une voix rauque qui me fit frémir.
-    Euh, oui, je sais, dis-je en prenant la voix la plus dégagée que je pouvais m'inventer.
-    Tu comptes passer la reprendre ou je la jette ?
-    Je ne sais pas.
-    Il faudrait te décider, dit-il d'un ton agacé.
-    Je passe ce soir vers vingt heures, d'accord ?
-    Comme tu voudras.
  Il raccrocha et le soir, j'étais à vingt heures trente précises devant sa porte. Il sortait visiblement de la douche puisqu'il était encore torse-nu, je le détaillai en commençant par ses abdominaux remarquablement bien dessinés vu sa finesse, deux creux s'étiraient de part et d'autres de son ventre et formaient une aisne presque prometteuse. Ses pectoraux étaient aussi impressionants que ses abdominaux, parfaitements dessinés sans être outranciers. Les muscles saillants de ses épaules lui conféraient une impression de puissance et soudain une pensée furtive me traversa l'esprit, j'enviai un instant ceux qui avaient eu l'occasion de coller leur corps contre celui qui se trouvait face à moi. Il enfila la chemise qu'il tenait à la main et commença à la boutonner.
-    Tu as fini ?
  Je relevai soudainement la tête, il me regardait avec dédain. Je rougis instantanément.
-    Fini quoi ?
-    De me regarder comme ça.
-    Euh... Oui, désolé.
-    Ton écharpe est dans le salon.
-    Merci.
  Une fois que je fus entré, il referma brutalement la porte et marcha vers moi, j'étais comme tétanisé. Il mit son index sous mon menton.
-    Ce que tu vois te plaît ?
-    Je ne vois pas de quoi vous parlez.
  Il vint se placer derrière moi et introduisit sa main droite dans le col de ma chemise avant de me caresser le torse. Ses dents s'enfonçaient dans ma nuque dans des baisers rageurs. Puis, doucement, il souleva un pan de la chemise qu'il avait à moitié entrouverte et glissa sa main contre mon ventre avant de l'insinuer entre ce dernier et ma ceinture et de caresser mon sexe. Il rejeta alors sa tête en arrière avant de murmurer à mon oreille :
-    Je crois que tu vois très bien de quoi je parle.
  Je saisis ses mains avant de m'avancer brutalement et de me retourner.
-    Qu'est-ce que vous faites ?
-    Ca me paraît évident, tu es plutôt lent ce soir.
-    Vous ne pouvez pas faire ça !
-    Et pourquoi donc ?
-    Vous m'avez dit que j'étais purement décoratif !
-    Est-ce que cela doit forcément m'empêcher d'avoir envie de toi ?
-    Vous vous foutez de ce que je ressens !
  Il s'approcha à nouveau de moi et planta son regard dans le mien, ses yeux gris étaient impénétrables. Je reculai jusqu'à ce que je bute contre le mur. Il eut alors un sourire mauvais.
-    Tu n'as pas envie de moi ?
-    Non !
-    Tu crois que je ne t'ai pas vu quand j'ai ouvert la porte ? Tu crois que je n'ai pas vu que tu crevais d'envie de coucher avec moi ?
-    Vous vous êtes trompé.
-    Non.
  Ce dernier mot avait été prononcé froidement.
-    J'ai envie de toi, je vais coucher avec toi.
-    Je ne suis pas d'accord.
-    Bien sûr que si !
  Il commença à déboutonner ma chemise et lorsque celle-ci fut totalement ouverte, il attira mon corps contre le sien, cherchant ma bouche que je tentais de dérober. N'y tenant plus, ivre de désir, je lui abandonnai mes lèvres et déchirai presque sa chemise en voulant l'ouvrir avec trop de précipitation. Il attrapa ma mâchoire avec son pouce et son index et me força à l'ouvrir pour y plonger sa langue. Puis il renvoya brusquement mon visage en arrière et se recommença à mordre la chair de mon cou, chacune de ces petites douleurs ne faisaient que renforcer mon désir et je crus devenir fou. D'un coup sec, il détacha la boucle de ma ceinture mon pantalon tomba sur mes genoux. Il saisit alors mon sexe dans sa main droite et commença à me masturber tout en m'embrassant. "Essaie de penser à Daphné dans cette histoire, OK ?"
-    Non !
  Il se recula soudainement.
-    Pardon ?
-    Je ne peux pas.
-    Tu ne peux pas ?
-    Je vis avec quelqu'un.
-    Et qu'est-ce que ça peut me faire ?
-    A vous rien, mais je ne peux pas...
-    Prend ton écharpe.
-    Hein ?
-    Quand tu t'en vas, prend ton écharpe.
-    Ah...
  Il reboutonna sa chemise et passa sa main dans ses cheveux les ébouriffant plus qu'ils ne l'étaient déjà. Le tableau était parfait, ce visage carré mais délicat, ces yeux gris et intenses, ces cheveux chatains fins et légers qui lui composaient une auréôle. Je compris alors pourquoi seul Sidorov avait sur me détourner de la voie de mon hétérosexualité : il était l'homme le plus magnifique qu'il m'avait été donné de rencontrer.

Je serais très intéressée par vos avis sur cette histoire, alors si cela ne vous dérange pas, j'aimerais que vous me fassiez part de vos remarques. Merci !

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Chapitre XI.  posté le jeudi 11 octobre 2007 22:19

 Petite réponse à vos commentaires :

Alors déjà, merci pour tous vos compliments et encouragements,  il n'y a pas à dire, ça me motive pour continuer !

Ensuite,  Anne-Charlotte, tu me fais part de ton impression que l'histoire piétine. En fait, je pense qu'en effet, par rapport à PS, c'est plutôt différent, il y a largement moins de rebondissements, evidemment, mais je n'aborde pas "Le charme discret de la provocation" (simple comme titre) comme une énième histoire à rallonge, mais plus comme un roman. J'en connais d'ailleurs déjà la fin et je sais exactement quand elle va survenir. C'est pourquoi je préfère prendre mon temps, il y aura nécessairement des chapitres (plus ou moins) inutiles, il va falloir vous y faire ! =)

Laure, je dois avouer que ton commentaire m'étonne. En effet, j'avais vraiment l'impression d'aller au fond des choses et de m'apesantir -parfois trop- sur certains détails... Donc si tu pouvais préciser ta pensée, ça m'intéresserait de savoir pourquoi est-ce que tu as cette impression !

 Quant à ceux qui attendent avec impatience qu'Andreï et Gabriel abordent les choses sérieuses, il va falloir prendre votre mal en patience, ce n'est pas pour tout de suite, mais je n'en dis pas plus.

Je suis navrée pour les publication irrégulières, mais il faut que je relise avec attention chaque chapitre avant de le poster, je fais en sorte que tout soit nickel... Et comme j'ai la flemme de relire mes soixante chapitres et que je préfère en écrire de nouveau...

 
-    Ne me prend pas pour une conne, tu as une maîtresse !
-    Tu es complètement paranoïaque, je n'ai pas de maîtresse ! Tu deviens folle !
-    Tu pues le sexe !
-    Mais c'est quoi ces réflexions à la con ? Parce que maintenant le sexe a une odeur ?
-    Et la trace de morsure dans ton cou ?
  Machinalement, je posai la main à l'endroit où une heure plus tôt, je sentai encore les baisers enfièvrés d'Andreï, à cette seule pensée, un sourire s'imprima sur mon visage, j'allais rapidement le regretter.
-    Et tu souris en plus, espèce de connard ?
-    Je suis tombé sur une dingue dans le métro...
-    Une dingue qui t'a mordu dans le cou et aussi, dit-elle en tirant sur le col de ma chemise, sur l'épaule ! Sacrée dingue en effet !
-    Daphné, tu serais mignonne d'arrêter de hurler !
-    Tu baises une salope et tu me demandes d'arrêter de hurler ? Tu voudrais pas que je fasse comme si de rien n'était, non plus ?
-    Ce n'est pas une salope c'est...
  "Un homme" allais-je ajouter, mais je préférai me retenir.
-    Et tu la défends ? Mais qu'est-ce que tu attends de moi ? Tu veux me quitter ?
-    Non !
  L'exclamation avait jaillie de ma bouche plus que je ne l'avais prononcée.
-    Non, je ne veux pas, ajoutai-je.
-    Alors qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle la voix brisée et secouée de sanglots.
-    Je ne sais pas trop où j'en suis, je vais aller habiter chez Samuel pendant un temps, OK ? Je te laisse l'appart'.
-    Tu n'es qu'un putain de salopard ! Un égoïste de première ! Fils de pute, va !
  Elle attrapa un cadre qui affichait une photographie de nous lors de notre voyage en Tunisie trois ans auparavant et l'explosa sur son genou.
-    Un sale enfoiré, reprit-elle en murmurant, un merdeux...
-    J'y vais, je... On s'appelle.
-    Mais va te faire foutre, sale porc !
  Un flot d'injures suivit, mais j'avais déjà claqué la porte. "Essaie de penser à Daphné dans cette histoire, OK ?". Tu parles.


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Chapitre XII.  posté le jeudi 11 octobre 2007 22:37

-    Qu'est-ce que tu fous là ?
-    C'est Daphné...
-    Tu lui as dit pour...
-    Elle s'en est rendue compte toute seule.
  Samuel soupira et ouvrit sa porte en grand, me faisant signe d'entrer. Nous allâmes ensuite nous installer dans la cuisine.
-    Tu veux en parler ?
-    Je ne sais pas trop...
-    Tu crois que Daphné va revenir ?
-    Je ne sais pas, je l'espère, dis-je sincèrement.
-    Qu'est-ce qui s'est passé au juste ?
  Je tirai sur le col de ma chemise pour lui montrer les traces de morsure d'Andreï. Il siffla entre ses dents.
-    Bah dis-donc... Rien que ça...
-    Elle pense que j'ai une maîtresse.
-    Tu l'as contredit ? Tu lui as dit que ce n'était pas une maîtresse, mais...
-    Non, je ne voulais pas la faire souffrir encore plus.
-    Tu sais, au point où elle en est, un peu de franchise n'aurait pas été superflu, soupira-t-il.
-    Je ne veux pas la faire douter plus qu'elle ne le fait déjà. Elle va forcément se remettre en question et se demander si c'est de sa faute, je ne voudrais pas qu'elle se dise que, fatalement, elle ne peut pas se substituer à un homme.
-    Tu t'es mis dans une panade... Et comme un grand en plus.
-    Je sais.
-    Qu'est-ce que tu comptes faire avec Sidorov ?
-    Lui dire que c'est fini, nous sommes allés trop loin.
  Samuel jeta un rapide coup d'oeil à la trace de morsure qui dessinait deux arcs rouges sur la chair blanche et hocha la tête, comme pour lui-même. Je me réalisai soudain que je ne parvenais à me souvenir du nombre de fois où j'avais prononcé ces mots : "c'est fini".
-    Vous avez...
-    Non, on n'a pas... Couché ensemble. J'ai préféré arrêter avant.
-    Ce sera tout pour ce soir, j'ai un article à finir, dit-il, soudainement gêné.
  Il se leva pour aller chercher un duvet qu'il étendit sur le canapé.
-    Je te réveille demain ?
-    Réveille-moi quand tu te lèves, ce sera suffisant, merci.
-    Ca marche, bonne nuit, alors.
-    Bonne nuit, merci pour tout.
-    Je t'en prie, c'est normal.
  Même une fois mis au lit, je ne parvins pas à m'endormir. Je regardai par la fenêtre et tentai d'imaginer ce qu'il faisait. Il devait certainement être en train d'écrire. Je ne l'avais jamais vu faire, mais je pouvais l'imaginer, assis devant l'ordinateur portable qui trônait sur l'étagère du salon. Il devait sourire, imaginant toutes les midinettes, comme il les appelait, toutes les midinettes le coeur serré, qui seraient presque à se sacrifier juste pour le rencontrer une et une seule fois. Toutes ces gamines qui pensaient à lui le soir dans leur lit avant de se laisser aller à effleurer leur bas-ventre. Toutes ces salopes. Mes yeux mis-clos s'ouvrirent soudainement : j'étais jaloux. Jaloux de tous ceux qui pourraient, de près ou de loin avoir, envie de posséder celui que je voulais... Posséder. J'étais également une midinette, sans pour autant avoir lu aucun de ses livres. Je compris alors qu'il fallait absolument que je coupe les ponts avec lui sans rien lui en dire, que je le laisse sans nouvelles. Car sa présence m'excitait tellement que je ne pouvais pas me permettre de le voir de nouveau en face à face. Ma réticence nourrissait son désir et dès lors qu'il me désirait, je ne pouvais plus me refuser à lui. Il était évident qu'il ne viendrait pas me chercher, que ma soudaine disparition ne l'inquiéterait pas outre mesure, il aurait probablement l'impression d'avoir perdu un quelconque jouet, rien de plus. Et cet état de fait m'attrista profondément. Je voulus trouver un moyen d'exorciser cette douleur croissant de seconde en seconde. J'attrapai un bloc-notes et un stylo, le meilleur exutoire que j'aie jamais trouvé étant l'écriture, je commençai à écrire sur lui, sans évoquer mes sentiments, juste une description subjective de lui, de notre rencontre, de mes premières impressions, de mon regard extérieur sur son travail et l'effet qu'il pouvait avoir sur son entourage.

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Chapitre XIII.  posté le dimanche 14 octobre 2007 16:22

-    Est-ce que tu as ton article ?
-    Plus ou moins...
-    Plus ou moins ?
-    C'est pas vraiment conventionnel en fait...
-    Pas vraiment conventionnel, répéta Patrick, agacé.
   Je lui tendis les feuilles que j'avais arrachées du bloc-notes de Samuel, j'y avais raturé les expressions trop personnelles.
-    C'est un peu ma vision de Sidorov, continuai-je.
-    Et l'objectivité journalistique, grogna-t-il, je suppose que je peux mettre mon mouchoir dessus ?
-    Tu vas voir, lis-le et si je dois tout recommencer, je le ferai.
  J'attendis presque une heure, pianotant sur le dessus de table. La réponse de mon chef allait être déterminante puisque je ne me sentais pas capable de rédiger un article autre que celui qu'il avait entre les main. J'étais entré dans l'intimité d'Andreï et il s'était introduit dans la mienne, jamais un article à son sujet ne pourrait alors être objectif. Finalement, Patrick sortit de son bureau et se dirigea vers moi d'un pas vif.
-    C'est génial !
-    Vraiment ?
-    Tu as vu ce type avec un regard... Je dirais presque amoureux, si je ne te connaissais pas, dit-il avec emphase.
-    Oui, je voulais quelque chose d'original...
-    Ce sera parfait pour le numéro de Décembre, je le veux en couverture !
-    A ce point-là ?
-    Et je veux te voir ce midi, je veux te parler d'un projet, ça va être génial !
  Son excitation contrastait avec mon impassibilité. Andreï n'allait pas manquer de voir cet article, et là, il ne pourrait plus ignorer ce que je ressentais pour lui. Il était le seul, avec Samuel, à détenir la clé qui lui permettrait de comprendre la véritable signification de mon papier. Patrick claqua des doigts devant mes yeux.
-    Gabriel ? Je te parle.
-    Oui, désolé, je pensais à autre chose.
-    En attendant, tu as fini ton article sur la cuisine espagnole et son rayonnement littéraire ?
-    Presque.
-    Je le veux pour demain, évidemment.
  La cuisine espagnole et son rayonnement littéraire, c'était certainement le sujet le plus inintéressant que j'aie jamais eu à traiter, mais je n'avais pas le coeur à m'insurger. Je passai toute la journée à paufiner l'article en question mais tout me paraissait vide et sans aucun sens. Je voulais le revoir, lui expliquer que ce qui allait paraître avec le numéro de Décembre ne reflétait en rien ce que je pensais, ou alors lui avouer ce qui me trottait réellement dans la tête. Daphné. J'en avais presque oublié Daphné, quel comportement devais-je avoir à son égard, qu'attendait-elle de moi ? Pourrions-nous un jour retrouver la relation que nous avions depuis plusieurs années ? Elle ne serait jamais à même de me faire confiance et comment pourrais-je lui en vouloir ? Malgré mon attirance pour Andreï, elle était le point d'ancrage dont j'avais besoin, la stabilité et l'équilibre qui me faisaient naturellement défaut. Mes dernières réflexions posaient une question à laquelle je n'étais pas capable de répondre : voulais-je réellement continuer à vivre avec Daphné ou avais-je peur de l'inconnu, peur de m'écarter d'une relation codifiée par le temps ?
   Patrick m'avait proposé une rubrique dans laquelle je raconterais de cette même façon subjective ma rencontre avec les auteurs, il lui avait même trouvé un nom : "L'auteur et moi". J'avais prudemment accepté, même si j'avais la conviction qu'il me serait impossible de rendre compte avec la même émotion d'une rencontre avec une autre personne qu'Andreï.
  En rentrant chez Samuel, je ne pus m'empêcher de penser que la veille, au même instant, j'étais dans les bras d'Andreï et que j'avais refusé son contact, le blessant sûrement dans ce qu'il avait de plus cher, son amour propre.
-    Tu as passé une bonne journée ?
-    Arrête, on dirait Daphné, maugréai-je. La reine des banalités.
-    J'ai l'impression que ton avis sur elle a changé depuis hier.
-    Sa réaction m'a...
-    Arrête, c'est toi qui a tort dans cette histoire, sa réaction est on ne peut plus normale, imagine une seule seconde qu'elle te trompe, je préfère ne pas imaginer l'état dans lequel tu serais.
-    Elle fait ce qu'elle veut, commençai-je avant d'être interrompu par Samuel.
-    Tu dis ça maintenant, parce que c'est toi qui t'es planté, mais reviens deux mois en arrière et tu comprendras que tu ne te serais pas contenté de l'insulter, tu aurais démoli toute la baraque. Elle t'aime profondément, alors ne la laisse pas comme ça, dis-lui franchement si oui ou non tu imagines un avenir avec elle plutôt que de lui laisser le moindre doute. Elle va avoir du mal à le supporter dans un premier temps, mais ça ne peut qu'être bénéfique.
-    Tu as peut-être raison...
-    J'ai raison. Va la voir, ce soir.
-    Pas ce soir, j'y irai demain.
-    T'es vraiment qu'un lâche.
-    Ouais.
  Nous restâmes silencieux plusieurs minutes avant que je me décide à lui poser la question qui me brulait les lèvres :
-    Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?
-    Je ne coucherais pas avec un homme, ce n'est pas ma tasse de thé, dit-il alors que son visage se tordait en une grimace exagérée.
-    Sérieusement...
-    Je lui avouerais tout.
-    Même pour Andreï ?
-    Là, je ne sais pas... Ca risque de lui faire un choc.
-    En effet, approuvai-je.
-    Tu veux la quitter ?
-    Non !
   Il se leva et haussa les épaules.
-    Je ne peux rien pour toi, tu es grand et tu t'es mis là-dedans tout seul.
-    En somme, je me débrouille tout seul.
-    Voilà, désolé, s'excusa-t-il. Par contre, tu peux profiter de mon canapé tant que tu veux.
-    Merci.
-    Je sors ce soir, j'ai rendez-vous avec une collègue et...
-    Mignonne ?
-    Un canon.
-    Tu préfères que j'aille dormir ailleurs ?
-    T'inquiètes pas, tant que tu dors pas dans ma chambre, c'est bon, dit-il en me faisant un clin d'oeil.
-    Je vais rester sur ton canapé à regarder la télé.
-    Parfait !

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