C omme certains d'entre vous me l'ont fait remarquer, Andreï ressemble à Raffael de façon très prononcée. En effet. Mais j'ai essayé dans cette nouvelle histoire de nuancer le personnage plus que je l'ai fait avec son "brouillon". En espérant que vous ne pensiez pas vous trouver face à une copie conforme.
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La pluie battante qui couvrait les rues
trempées d'une fine pellicule ondulante n'épargnait
pas les passants et je faisais partie de ceux qui n'avaient pas eu
la prévoyance de se munir d'un parapluie. La veille, je
n'avais pas jugé nécessaire de faire part à
Daphné de mes impression sur Sidorov, inutile de lui
rapporter des paroles qu'elle refuserait inconsciemment de croire.
Elle m'avait abruti de questions presque toutes laissées
sans réponse.
En arrivant au journal, Patrick me convoqua
immédiatement dans son bureau.
- Mais tu es dingue de ne pas m'avoir appelé hier !
- Désolé, je pensais à autre chose,
m'excusai-je.
- J'ai essayé de t'appeler une trentaine de fois sur ton
portable, qu'est-ce que tu faisais ?
- Je dormais, désolé.
- Bon, alors ?
- Alors c'est un connard, répondis-je.
- Mais ton interview ?
- Il l'a reportée, il m'avait oublié,
sifflai-je.
- Ah. Quand ?
- Ce soir.
- Tu m'appelles. Vraiment cette fois-ci.
- Oui, oui.
J'avais tenté de dire à Patrick que je ne
voulais plus assumer ce rôle d'interviewer, mais il avait
menacé de me licencier et je n'avais pas d'autre choix que
de me retrouver à nouveau en tête à tête
avec l'exécrable Sidorov. La journée passa rapidement
et j'avais renoncé à trouver des questions à
lui poser, s'il voulait parler de quelque chose, il y viendrait
lui-même, puisque de toute façon, il ne ferait que ce
dont il avait envie. A dix-neuf heures, je quittai l'immeuble,
pestant encore contre la pluie qui détrempait mon
manteau.
Cette fois-ci, je m'arrangeai pour arriver en retard, ayant
compris que l'empressement n'était pas exactement la
tactique à employer. La concierge me regarda à
nouveau d'un oeil accusateur tandis que je lui lançais un
vague "bonsoir". La porte du quatrème étage droite
s'ouvrit dans les cinq minutes qui suivirent mon coup de sonnette.
Sidorov jeta sur moi un regard moins dédaigneux que la
première fois et me fit signe de m'installer dans le
salon.
- Vous êtes revenu ?
- Je fais mon travail, je me fous de ce que vous pouvez penser de
moi, répondis-je.
- Je me disais bien que vous n'étiez pas aussi niais que
vous en avez l'air, dit-il en allumant une cigarette.
- Je n'ai pas de questions, je me suis dit que vous adoreriez
parler de vous, je me suis trompé ?
Il leva les yeux vers moi et je crus voir comme une lueur de
mécontement passer dans son regard.
- Oui.
- Là, vous m'étonnez.
- Comme quoi, dit-il, parlez-moi de vous.
- De moi ?
- De vous, prononça-t-il.
J'étais pris complètement au dépourvu.
Son regard me désarmait complètement et
m'empêchait de réfléchir à une
réponse convenable.
- J'ai fait ma formation de journaliste sur le...
- Ca ne m'intéresse pas, m'interrompit-il. Je veux que vous
me parliez de ce que vous n'aimeriez pas que je sache.
- C'est paradoxal, dis-je sans vraiment comprendre.
- N'est-ce pas ?
Un silence s'installa entre nous, uniquement interrompu par
le crépitement régulier de sa cigarette.
- Vous aimez votre métier, Gabriel ?
- Oui, bien sûr, répondis-je
immédiatement.
- Vous en avez de la chance, dit-il distraitement.
- Vous n'aimez pas le votre ?
- On a déjà vu mieux que d'écrire des romans
pour midinettes, non ?
- Une amie à moi dit que ce ne sont pas des romans pour
midinettes, justement.
- Votre petite amie, n'est-ce pas ?
- Oui, avouai-je.
Il leva un sourcil avant d'écraser sa cigarette
à moitié consumée dans le cendrier et de se
lever pour s'approcher de moi.
- Je vous le dis, ce sont des romans pour midinettes.
- Vous n'avez pas peur que je mette ça dans le journal
?
- Vous n'allez pas le faire, murmura-t-il.
- Et pourquoi pas ? Vous perdriez toutes vos lectrices. Moi, je
m'en fous, mais vous...
Je m'interrompis, soudain conscient du ridicule de mes
paroles dignes d'un truand de seconde zone. Il se leva et vint se
placer derrière mon fauteuil.
- Vous n'allez pas le faire.
Il vint chuchoter à mon oreille :
- Tu ne vas pas le faire parce que tu veux en savoir plus, hum
?
J'eus du mal à cacher mon trouble, et mon
érection.




Ai-Vân
dim 06 jan 2008 11:29