- Je suis
navré, je dois rentrer, m'excusai-je précipitamment,
en arrachant mon visage à la délicatesse de ses
lèvres, m'enfonçant plus profondément dans le
canapé.
- Hum, je comprends, Bobonne t'attend à la maison, s'amusa-t-il.
- Daphné est une fille géniale.
Il sourit franchement, mais sans joie. Evidemment, ce que je disais était ridicule, surtout dans la situation présente. Il retourna s'asseoir dans son fauteuil et attrapa un livre qui tenait compagnie à la poterie sous la table basse.
- Bon, bah, bonne soirée, alors...
- Hum, hum, répondit-il absorbé dans sa lecture.
- Tu ne...
- Tu connais le chemin, non ?
- Ou... Oui, bégayai-je, abasourdi par tant d'indifférence.
- Alors inutile que je te raccompagne, soupira-t-il en tournant une page.
- Non, inutile.
Je repris la route de Saint-Paul, le dos courbé sous la pluie et le vent. Voilà, tout était dit et j'avais mis mon couple en danger pour satisfaire les désirs d'un homme qui ne savait pas ce qu'il voulait réellement. Et qu'allait en penser Daphné ? Il était évidemment hors de question que je le lui avoue un jour, mais s'en rendrait-elle compte ? Je ne pouvais l'envisager, j'avais créé une vie idéale à deux, j'avais mis des années à enfin faire confiance à une femme, je refusais de voir tous mes efforts anéantis par un homme, un homme ! C'est là que tout m'apparut, je venais d'embrasser un homme, je n'y avais pensé qu'en tant qu'artiste, en tant qu'Andreï Sidorov, mais jamais en être sexuel, en homme. J'avais embrassé un homme, j'avais ressenti du désir pour un homme, un homme. Cette idée faillit me provoquer un haut-le-coeur. Pourquoi tout semblait différent si c'était lui ? Lorsqu'il avait tenté de m'embrasser, je n'y avais pas vu une relation d'homme à homme mais plutôt un moyen de satisfaire un désir qui devenait tellement présent qu'il n'avait pas d'autre choix que de s'exprimer.
"Saint-Paul" annonça la voix aimable et robotisée du métro. Je descendis et lorsque j'arrivais devant ma porte, j'hésitai à entrer, mon coeur battant à tout rompre, c'était tout bonnement incompréhensible, Daphné ne pourrait jamais deviner sur mon visage ce qui était arrivé ce soir-là. Je jetai un coup d'oeil à ma montre avant d'enfoncer la clé dans la serrure. Minuit et demi, elle devait déjà dormir. Mais lorsque j'entrai dans le salon, elle était là, à lire dans le canapé. Lorsqu'elle me vit entrer, elle se leva, un air de profond dépit se peignit sur ses traits, elle sanglota :
- Où est-ce que tu étais ?
- Désolé, je suis allé me balader.
- Tu es en train de t'éloigner de moi, tu...
- Pourquoi tu dis ça, enfin ?
- Tout à l'heure... Tu... Tu me fais l'amour et tu te tires ! Comme si... Comme si j'étais une... Une pute !
- Mais non, chérie...
- Ne m'appelle pas "chérie" ! Tu t'en vas, je t'appelle sur ton portable et tu ne réponds pas, moi, je suis morte d'inquiétude et tu reviens et tu m'appelles "chérie" ? Ca ne marche pas comme ça !
- Daphné, calme-toi, ok ? Je suis allé chez Sidorov, murmurai-je d'une voix qui se voulait apaisante.
- Et qu'est-ce que tu es allé foutre là-bas ?
- Des trucs pour mon article. J'aurais du te prévenir, je suis sincèrement navré...
- J'ai l'impression que tu m'oublies...
- Mais non, mon coeur, je ne t'oublie pas.
Toi non plus, Andreï, je ne t'oublie pas, malheureusement. Si seulement je pouvais t'oublier, t'effacer de ma mémoire, comme un mouchoir efface la craie sur le tableau noir. Si seulement tu n'étais pas là, à mettre en danger mon couple, à m'obséder, à prendre le pas sur toutes mes pensées, à guider toutes mes réactions. Si seulement tu n'étais pas toi. Je n'étais pas à proprement parler amoureux d'Andreï, mais sa nature complexe me fascinait à tel point que je lui étais complètement soumis.
- Hum, je comprends, Bobonne t'attend à la maison, s'amusa-t-il.
- Daphné est une fille géniale.
Il sourit franchement, mais sans joie. Evidemment, ce que je disais était ridicule, surtout dans la situation présente. Il retourna s'asseoir dans son fauteuil et attrapa un livre qui tenait compagnie à la poterie sous la table basse.
- Bon, bah, bonne soirée, alors...
- Hum, hum, répondit-il absorbé dans sa lecture.
- Tu ne...
- Tu connais le chemin, non ?
- Ou... Oui, bégayai-je, abasourdi par tant d'indifférence.
- Alors inutile que je te raccompagne, soupira-t-il en tournant une page.
- Non, inutile.
Je repris la route de Saint-Paul, le dos courbé sous la pluie et le vent. Voilà, tout était dit et j'avais mis mon couple en danger pour satisfaire les désirs d'un homme qui ne savait pas ce qu'il voulait réellement. Et qu'allait en penser Daphné ? Il était évidemment hors de question que je le lui avoue un jour, mais s'en rendrait-elle compte ? Je ne pouvais l'envisager, j'avais créé une vie idéale à deux, j'avais mis des années à enfin faire confiance à une femme, je refusais de voir tous mes efforts anéantis par un homme, un homme ! C'est là que tout m'apparut, je venais d'embrasser un homme, je n'y avais pensé qu'en tant qu'artiste, en tant qu'Andreï Sidorov, mais jamais en être sexuel, en homme. J'avais embrassé un homme, j'avais ressenti du désir pour un homme, un homme. Cette idée faillit me provoquer un haut-le-coeur. Pourquoi tout semblait différent si c'était lui ? Lorsqu'il avait tenté de m'embrasser, je n'y avais pas vu une relation d'homme à homme mais plutôt un moyen de satisfaire un désir qui devenait tellement présent qu'il n'avait pas d'autre choix que de s'exprimer.
"Saint-Paul" annonça la voix aimable et robotisée du métro. Je descendis et lorsque j'arrivais devant ma porte, j'hésitai à entrer, mon coeur battant à tout rompre, c'était tout bonnement incompréhensible, Daphné ne pourrait jamais deviner sur mon visage ce qui était arrivé ce soir-là. Je jetai un coup d'oeil à ma montre avant d'enfoncer la clé dans la serrure. Minuit et demi, elle devait déjà dormir. Mais lorsque j'entrai dans le salon, elle était là, à lire dans le canapé. Lorsqu'elle me vit entrer, elle se leva, un air de profond dépit se peignit sur ses traits, elle sanglota :
- Où est-ce que tu étais ?
- Désolé, je suis allé me balader.
- Tu es en train de t'éloigner de moi, tu...
- Pourquoi tu dis ça, enfin ?
- Tout à l'heure... Tu... Tu me fais l'amour et tu te tires ! Comme si... Comme si j'étais une... Une pute !
- Mais non, chérie...
- Ne m'appelle pas "chérie" ! Tu t'en vas, je t'appelle sur ton portable et tu ne réponds pas, moi, je suis morte d'inquiétude et tu reviens et tu m'appelles "chérie" ? Ca ne marche pas comme ça !
- Daphné, calme-toi, ok ? Je suis allé chez Sidorov, murmurai-je d'une voix qui se voulait apaisante.
- Et qu'est-ce que tu es allé foutre là-bas ?
- Des trucs pour mon article. J'aurais du te prévenir, je suis sincèrement navré...
- J'ai l'impression que tu m'oublies...
- Mais non, mon coeur, je ne t'oublie pas.
Toi non plus, Andreï, je ne t'oublie pas, malheureusement. Si seulement je pouvais t'oublier, t'effacer de ma mémoire, comme un mouchoir efface la craie sur le tableau noir. Si seulement tu n'étais pas là, à mettre en danger mon couple, à m'obséder, à prendre le pas sur toutes mes pensées, à guider toutes mes réactions. Si seulement tu n'étais pas toi. Je n'étais pas à proprement parler amoureux d'Andreï, mais sa nature complexe me fascinait à tel point que je lui étais complètement soumis.

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lun 22 déc 2008 08:05