Chapitre VII.  posté le vendredi 05 octobre 2007 15:15

  Je décidai de passer la nuit dans le canapé, par respect pour Daphné mais également pour ne pas me retrouver face à mon propre égoïsme. Le lendemain matin, j'entrai dans la chambre pour trouver une chemise propre, elle était là, ses cheveux blonds lui donnaient un air angélique et sa bouche entr'ouverte de laquelle s'échappait une respiration régulière me donna envie de l'embrasser. Je m'assis sur le rebord du lit et passai la main dans sa chevelure. J'étais en train de tout saborder, mais ce que je ne pouvais supporter, c'était de la faire souffrir. Lorsqu'elle était arrivée à Paris en 1999, elle avait un rêve, elle voulait devenir une femme bien, et là où nombre de personnes refusent la routine, elle s'y complaisait et ne cessait de répéter qu'elle ne serait heureuse qu'entourée d'enfants dans une maisonnette avec un jardinet. Je ne pouvais lui imposer ce que je lui faisais subir. Elle avait immédiatement remarqué un changement dans ma personnalité et cette clairvoyance avait tout pour m'inquiéter. Je n'imaginais pas continuer ce simulacre de relation avec Sidorov, quelle relation d'ailleurs ? Il avait été plutôt clair.
-    Qu'est-ce que tu fais ?
-    Je suis venu chercher une chemise, désolé de t'avoir réveillée, rendors-toi, murmurai-je.
-    Tu pars au boulot à cette heure-ci ?
-    Toujours cet article...
-    Je crois que je préférais encore quand tu étais une roue de secours, marmonna-t-elle.
-    Je sais, rendors-toi.
-    A ce soir, alors ?
-    Peut-être, je...
-    J'ai compris.
  Elle se retourna sur le ventre et mit son coussin sur sa tête. Excuse-moi.
  Je sortis et refermai la porte sans un bruit, exception faite du claquement du verrou. La rue était déserte et je n'étais même pas sûr de trouver le journal ouvert. Que pouvait faire Sidorov à ce moment ? Question idiote, en quoi cela me regardait-il ? Je croisai un couple qui s'embrassait sous un porche et à y regarder de plus près, le couple était composé de deux hommes. J'esquissai une brève grimace de dégoût, non, je n'étais pas comme ça, je n'étais pas comme eux. Je m'étais juste égaré. Cette passade avec Sidorov n'avait aucun sens, ni pour moi, ni pour lui, non, certainement pas pour lui, au vu de la manière dont il m'avait poliment éjecté de son appartement et de sa vie. A cette pensée, je sentis comme un sentiment de manque. Une drôle de sensation qui serra mon ventre et me laissa avec cette impression que j'avais besoin de quelque chose sans savoir exactement quoi.
  Fanny était déjà sur place et elle remarqua ma mine fatiguée.
-    Ca va ?
-    Oui, oui, t'inquiètes pas, répondis-je sans conviction.
-    Tu fais vraiment une drôle de tête.
-    Je suis pas trop dans mon assiette en ce moment, c'est tout.
-    C'est Sidorov ?
  Je me tournai vers elle, affolé. Mais son regard n'exprimait rien d'autre que de l'inquiétude. Je devenais paranoïaque, persuadé que mon désir pour l'écrivain pouvait se lire sur mon visage.
-    Oui, il est insupportable.
-    Ah bon ?
-    Imbu de lui-même, prétentieux, dédaigneux, un cocktail détonnant, soupirai-je.
-    Ouais, il paraît qu'il est pas facile.
-    Non, pas vraiment.
  Je pris la direction de mon bureau mais Fanny m'apostropha :
-    Gabriel ?
-    Oui ?
-    Il ne se passe rien de grave au moins ? Tu peux me le dire...
-    Ca va aller, je te jure.
-    Si tu veux en parler...
-    Il n'y a rien à dire, mais merci quand même.
  Elle haussa les épaules en faisant la moue alors que je lui adressais un pâle sourire. Je pris ensuite place dans le placard à balais qui me servait de bureau et la sonnerie de mon téléphone me tira des mes rêveries en m'informant qu'un nouveau message m'attendait sur mon répondeur. "Salut Gab', c'est Samuel, j'ai une interview à faire du côté de ton bureau, on se retrouve chez Paul à midi ?" Samuel et moi étions dans la même université lorsque nous étions en licence d'Information et Communication, lui avait réussi le concours du CELSA et travaillait à présent comme journaliste à plein temps dans un quotidien. Je l'avais raté et j'en étais là. Nous avions toujours été très proches et il était l'une des rares personnes auxquelles je pensais pouvoir tout dire.
  A midi, je pris un sandwich et un flan chez Paul et je m'installai en terrasse. Il arriva avec dix minutes de retard, flanqué de son éternelle besace en cuir.
-    Je suis désolé, pour le retard.
-    Aucun problème, répondis-je sincèrement.
-    Oh putain, t'en fais une tête !
-    Ouais, c'est pas la joie.
-    Je vais me prendre un truc à manger, j'arrive tout de suite. Tu me raconteras tout ça.
  Il revint cinq minutes plus tard, déposa son repas sur la table, s'assit et mordit à pleines dents dans son sandwich et d'un geste de la main, il m'encouragea à commencer mon récit.
-    Je dois faire un papier sur Andreï Sidorov, tu vois qui c'est ?
-    Evidemment. Et c'est ce qui te met dans cet état ?
-    Non, mais j'ai l'impression que je n'y arriverai pas, c'est vraiment compliqué, et il ne veut rien me dire, en bref, je dois faire du tout avec du rien, et je suis complètement dépassé.
-    Faire du tout avec du rien, c'est pourtant ta grande spécialité, dit-il en lançant un regard en coin à deux jeunes filles assises trois tables à notre gauche. J'adore ton quartier, sourit-il.
-    Je sais, mais là... C'est tellement peu conventionnel... Je suis sensé l'interviewer, et ça fait trois fois que je vais chez lui, sans résultat. En fait, je ne sais même pas si je dois l'interviewer ou juste écrire un truc...
-    Il y a plein de monde qui dit qu'il est homo, rapport à sa façon de décrire les sentiments et de percevoir la vie, enfin, je ne fais que répéter ce que j'ai entendu, j'ai jamais lu un de ses bouquins.
  Le premier membre de sa phrase me fit tressaillir et il remarqua le trouble que je tentai de cacher en sirotant mon jus d'orange d'un air dégagé. Il m'observa quelques secondes et ouvrit la bouche puis sembla se raviser. Puis, il prit un ton inquiêt pour me demander :
-    Mais t'es pas passé... De l'autre côté ?
-    De l'autre côté ?
-    Ouais, Sidorov et toi... C'est juste... Professionnel ?
-    Evidemment ! Tu me prends pour un pédé ou quoi ?
-    J'ai jamais dit ça, mais comprends que je commence à avoir des doutes...
  Je pris mon visage entre mes mains, si il y avait une seule personne à laquelle je pouvais me confier, c'était lui, mais j'avais tellement peur du jugement qu'il pourrait porter sur moi. Je me trouvais déjà passablement écoeurant, qu'en serait-il de lui ?
-    J'ai visé juste, hein ?
-    C'est pas tellement... Enfin, tu me connais, je suis pas pédé, dis-je d'un ton qui se voulait assuré. Et là... Je ne sais pas pourquoi...
-    Vous avez couché ensemble ?
-    Non, m'exclamai-je, non ! T'es dingue ou quoi ?
-    Ma question est justifiée.
-    Ouais, je sais. En fait, je ne vois pas pourquoi juste maintenant...
-    C'est la crise de la trentaine, dit-il d'un ton entendu.
-    C'est juste que quand je le vois, je peux pas me... Comme si je n'avais plus d'inhibitions. Quand j'y pense ensuite, ça me dégoute à un point que tu peux pas imaginer, mais quand je suis avec lui, ça me paraît tellement normal... En fait, je ne le vois pas comme un homme mais comme Andreï, et c'est complètement différent.
-    Heureusement que je ne bosse pas pour un de ces torchons, mon gars !
-    Pourquoi ?
-    Parce que ton vilain petit secret, je te le placarde partout !
-    Samuel...
-    Non, t'inquiètes pas, je serai muet comme une tombe. Et pour Daphné, ça se passe comment ?
-    Bah je crois qu'elle se doute de quelque chose, pas avec Sidorov, elle l'imagine même pas une seule seconde, mais elle me trouve bizarre en ce moment.
-    C'est toujours la femme qui l'apprend en dernier...
-    Elle n'aura rien à apprendre, je retourne chez Sidorov ce soir pour finir mon article et lui dire que plus rien ne se passera, plus jamais.
-    C'est plus sage.
  Oui, c'était plus sage. Mais de quoi avais-je vraiment envie ? Ce que j'avais vécu avec Andreï n'était-il pas le signe de l'ennui qui gagnait mon couple ? N'était-ce pas une volonté de se démarquer de la routine, voire de changer de peau ? La conversation glissa ensuite sur les projets professionnels de Samuel et nous nous quittâmes une heure plus tard. Cependant, avant de reprendre le métro, il me glissa :
-    Essaie de penser à Daphné dans cette histoire, OK ?
-    OK.

 Petite précision : lorsque j'édite un article, il se met automatiquement hors ligne, donc si vous voyez qu'il en manque un, attendez quelques minutes et rafraichissez la page !
Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.110) pour vous identifier.     

Tous les commentaires de l'article:
Chapitre VII.

  • layla

    ven 01 aoû 2008 14:47

    moi j'aimerais qu'il pense plus à lui qu'à daphnée mais en même temps ce ne serait plus le même personnage s'il était comme ça, hein ?

  • Ai-Vân

    dim 06 jan 2008 11:43

    Il reste au même stade. Toujours la même question. Je me demande s'il va quiter sa nana. Oui! c'est sûr! Il va la quitter un moment ou un autre pour le beau Andreï.

  • Dadoune

    jeu 01 nov 2007 22:00

    Je sens que ca va pas se passer comme il le prevoie ^^

  • pepeito

    lun 22 oct 2007 17:40

    Il est marrant Samuel et très perspicace, 'jadore xD

  • chloe

    mer 10 oct 2007 19:51

    t'as vraiment du talent d'écrire! et c'est vraiment gentil de nous en faire profiter!!! Merci beaucoup c'est ma petite lecture quotidienne!

  • jennifer

    sam 06 oct 2007 13:45

    je regrette pa du tout de tavoir demander ton adresse!! jaime bocou ton histoire!!! elle est très captivante!! jador!! g hate de lire la suite!!

  • piline

    sam 06 oct 2007 12:09

    vraiment contente de suivre ton histoire, car dès les 1ères lignes elle me captive déjà ^^!

    vivement la suite =)

  • Guénola

    ven 05 oct 2007 18:23

    Franchement je ne regrette pas du tout de t'avoir demandé l'adresse de ce blog! l'histoire me plait déjà énormément! a quand la suite?! lol!




 

Accueil | PC | PS3 | 360 | Wii | PS2 | DS | PSP | IPHONE | Web |
Jeux du moment : Bioshock 2 PC | Bioshock 2 PS3 | Call of Duty : Modern Warfare 2 360 | F1 2009 Wii | Assassin's Creed II : Discovery DS