- Qu'est-ce que tu
fous là ?
- C'est Daphné...
- Tu lui as dit pour...
- Elle s'en est rendue compte toute seule.
Samuel soupira et ouvrit sa porte en grand, me faisant signe d'entrer. Nous allâmes ensuite nous installer dans la cuisine.
- Tu veux en parler ?
- Je ne sais pas trop...
- Tu crois que Daphné va revenir ?
- Je ne sais pas, je l'espère, dis-je sincèrement.
- Qu'est-ce qui s'est passé au juste ?
Je tirai sur le col de ma chemise pour lui montrer les traces de morsure d'Andreï. Il siffla entre ses dents.
- Bah dis-donc... Rien que ça...
- Elle pense que j'ai une maîtresse.
- Tu l'as contredit ? Tu lui as dit que ce n'était pas une maîtresse, mais...
- Non, je ne voulais pas la faire souffrir encore plus.
- Tu sais, au point où elle en est, un peu de franchise n'aurait pas été superflu, soupira-t-il.
- Je ne veux pas la faire douter plus qu'elle ne le fait déjà. Elle va forcément se remettre en question et se demander si c'est de sa faute, je ne voudrais pas qu'elle se dise que, fatalement, elle ne peut pas se substituer à un homme.
- Tu t'es mis dans une panade... Et comme un grand en plus.
- Je sais.
- Qu'est-ce que tu comptes faire avec Sidorov ?
- Lui dire que c'est fini, nous sommes allés trop loin.
Samuel jeta un rapide coup d'oeil à la trace de morsure qui dessinait deux arcs rouges sur la chair blanche et hocha la tête, comme pour lui-même. Je me réalisai soudain que je ne parvenais à me souvenir du nombre de fois où j'avais prononcé ces mots : "c'est fini".
- Vous avez...
- Non, on n'a pas... Couché ensemble. J'ai préféré arrêter avant.
- Ce sera tout pour ce soir, j'ai un article à finir, dit-il, soudainement gêné.
Il se leva pour aller chercher un duvet qu'il étendit sur le canapé.
- Je te réveille demain ?
- Réveille-moi quand tu te lèves, ce sera suffisant, merci.
- Ca marche, bonne nuit, alors.
- Bonne nuit, merci pour tout.
- Je t'en prie, c'est normal.
Même une fois mis au lit, je ne parvins pas à m'endormir. Je regardai par la fenêtre et tentai d'imaginer ce qu'il faisait. Il devait certainement être en train d'écrire. Je ne l'avais jamais vu faire, mais je pouvais l'imaginer, assis devant l'ordinateur portable qui trônait sur l'étagère du salon. Il devait sourire, imaginant toutes les midinettes, comme il les appelait, toutes les midinettes le coeur serré, qui seraient presque à se sacrifier juste pour le rencontrer une et une seule fois. Toutes ces gamines qui pensaient à lui le soir dans leur lit avant de se laisser aller à effleurer leur bas-ventre. Toutes ces salopes. Mes yeux mis-clos s'ouvrirent soudainement : j'étais jaloux. Jaloux de tous ceux qui pourraient, de près ou de loin avoir, envie de posséder celui que je voulais... Posséder. J'étais également une midinette, sans pour autant avoir lu aucun de ses livres. Je compris alors qu'il fallait absolument que je coupe les ponts avec lui sans rien lui en dire, que je le laisse sans nouvelles. Car sa présence m'excitait tellement que je ne pouvais pas me permettre de le voir de nouveau en face à face. Ma réticence nourrissait son désir et dès lors qu'il me désirait, je ne pouvais plus me refuser à lui. Il était évident qu'il ne viendrait pas me chercher, que ma soudaine disparition ne l'inquiéterait pas outre mesure, il aurait probablement l'impression d'avoir perdu un quelconque jouet, rien de plus. Et cet état de fait m'attrista profondément. Je voulus trouver un moyen d'exorciser cette douleur croissant de seconde en seconde. J'attrapai un bloc-notes et un stylo, le meilleur exutoire que j'aie jamais trouvé étant l'écriture, je commençai à écrire sur lui, sans évoquer mes sentiments, juste une description subjective de lui, de notre rencontre, de mes premières impressions, de mon regard extérieur sur son travail et l'effet qu'il pouvait avoir sur son entourage.
- C'est Daphné...
- Tu lui as dit pour...
- Elle s'en est rendue compte toute seule.
Samuel soupira et ouvrit sa porte en grand, me faisant signe d'entrer. Nous allâmes ensuite nous installer dans la cuisine.
- Tu veux en parler ?
- Je ne sais pas trop...
- Tu crois que Daphné va revenir ?
- Je ne sais pas, je l'espère, dis-je sincèrement.
- Qu'est-ce qui s'est passé au juste ?
Je tirai sur le col de ma chemise pour lui montrer les traces de morsure d'Andreï. Il siffla entre ses dents.
- Bah dis-donc... Rien que ça...
- Elle pense que j'ai une maîtresse.
- Tu l'as contredit ? Tu lui as dit que ce n'était pas une maîtresse, mais...
- Non, je ne voulais pas la faire souffrir encore plus.
- Tu sais, au point où elle en est, un peu de franchise n'aurait pas été superflu, soupira-t-il.
- Je ne veux pas la faire douter plus qu'elle ne le fait déjà. Elle va forcément se remettre en question et se demander si c'est de sa faute, je ne voudrais pas qu'elle se dise que, fatalement, elle ne peut pas se substituer à un homme.
- Tu t'es mis dans une panade... Et comme un grand en plus.
- Je sais.
- Qu'est-ce que tu comptes faire avec Sidorov ?
- Lui dire que c'est fini, nous sommes allés trop loin.
Samuel jeta un rapide coup d'oeil à la trace de morsure qui dessinait deux arcs rouges sur la chair blanche et hocha la tête, comme pour lui-même. Je me réalisai soudain que je ne parvenais à me souvenir du nombre de fois où j'avais prononcé ces mots : "c'est fini".
- Vous avez...
- Non, on n'a pas... Couché ensemble. J'ai préféré arrêter avant.
- Ce sera tout pour ce soir, j'ai un article à finir, dit-il, soudainement gêné.
Il se leva pour aller chercher un duvet qu'il étendit sur le canapé.
- Je te réveille demain ?
- Réveille-moi quand tu te lèves, ce sera suffisant, merci.
- Ca marche, bonne nuit, alors.
- Bonne nuit, merci pour tout.
- Je t'en prie, c'est normal.
Même une fois mis au lit, je ne parvins pas à m'endormir. Je regardai par la fenêtre et tentai d'imaginer ce qu'il faisait. Il devait certainement être en train d'écrire. Je ne l'avais jamais vu faire, mais je pouvais l'imaginer, assis devant l'ordinateur portable qui trônait sur l'étagère du salon. Il devait sourire, imaginant toutes les midinettes, comme il les appelait, toutes les midinettes le coeur serré, qui seraient presque à se sacrifier juste pour le rencontrer une et une seule fois. Toutes ces gamines qui pensaient à lui le soir dans leur lit avant de se laisser aller à effleurer leur bas-ventre. Toutes ces salopes. Mes yeux mis-clos s'ouvrirent soudainement : j'étais jaloux. Jaloux de tous ceux qui pourraient, de près ou de loin avoir, envie de posséder celui que je voulais... Posséder. J'étais également une midinette, sans pour autant avoir lu aucun de ses livres. Je compris alors qu'il fallait absolument que je coupe les ponts avec lui sans rien lui en dire, que je le laisse sans nouvelles. Car sa présence m'excitait tellement que je ne pouvais pas me permettre de le voir de nouveau en face à face. Ma réticence nourrissait son désir et dès lors qu'il me désirait, je ne pouvais plus me refuser à lui. Il était évident qu'il ne viendrait pas me chercher, que ma soudaine disparition ne l'inquiéterait pas outre mesure, il aurait probablement l'impression d'avoir perdu un quelconque jouet, rien de plus. Et cet état de fait m'attrista profondément. Je voulus trouver un moyen d'exorciser cette douleur croissant de seconde en seconde. J'attrapai un bloc-notes et un stylo, le meilleur exutoire que j'aie jamais trouvé étant l'écriture, je commençai à écrire sur lui, sans évoquer mes sentiments, juste une description subjective de lui, de notre rencontre, de mes premières impressions, de mon regard extérieur sur son travail et l'effet qu'il pouvait avoir sur son entourage.
Cracotte
sam 12 jan 2008 19:24