- Est-ce que tu as
ton article ?
- Plus ou moins...
- Plus ou moins ?
- C'est pas vraiment conventionnel en fait...
- Pas vraiment conventionnel, répéta Patrick, agacé.
Je lui tendis les feuilles que j'avais arrachées du bloc-notes de Samuel, j'y avais raturé les expressions trop personnelles.
- C'est un peu ma vision de Sidorov, continuai-je.
- Et l'objectivité journalistique, grogna-t-il, je suppose que je peux mettre mon mouchoir dessus ?
- Tu vas voir, lis-le et si je dois tout recommencer, je le ferai.
J'attendis presque une heure, pianotant sur le dessus de table. La réponse de mon chef allait être déterminante puisque je ne me sentais pas capable de rédiger un article autre que celui qu'il avait entre les main. J'étais entré dans l'intimité d'Andreï et il s'était introduit dans la mienne, jamais un article à son sujet ne pourrait alors être objectif. Finalement, Patrick sortit de son bureau et se dirigea vers moi d'un pas vif.
- C'est génial !
- Vraiment ?
- Tu as vu ce type avec un regard... Je dirais presque amoureux, si je ne te connaissais pas, dit-il avec emphase.
- Oui, je voulais quelque chose d'original...
- Ce sera parfait pour le numéro de Décembre, je le veux en couverture !
- A ce point-là ?
- Et je veux te voir ce midi, je veux te parler d'un projet, ça va être génial !
Son excitation contrastait avec mon impassibilité. Andreï n'allait pas manquer de voir cet article, et là, il ne pourrait plus ignorer ce que je ressentais pour lui. Il était le seul, avec Samuel, à détenir la clé qui lui permettrait de comprendre la véritable signification de mon papier. Patrick claqua des doigts devant mes yeux.
- Gabriel ? Je te parle.
- Oui, désolé, je pensais à autre chose.
- En attendant, tu as fini ton article sur la cuisine espagnole et son rayonnement littéraire ?
- Presque.
- Je le veux pour demain, évidemment.
La cuisine espagnole et son rayonnement littéraire, c'était certainement le sujet le plus inintéressant que j'aie jamais eu à traiter, mais je n'avais pas le coeur à m'insurger. Je passai toute la journée à paufiner l'article en question mais tout me paraissait vide et sans aucun sens. Je voulais le revoir, lui expliquer que ce qui allait paraître avec le numéro de Décembre ne reflétait en rien ce que je pensais, ou alors lui avouer ce qui me trottait réellement dans la tête. Daphné. J'en avais presque oublié Daphné, quel comportement devais-je avoir à son égard, qu'attendait-elle de moi ? Pourrions-nous un jour retrouver la relation que nous avions depuis plusieurs années ? Elle ne serait jamais à même de me faire confiance et comment pourrais-je lui en vouloir ? Malgré mon attirance pour Andreï, elle était le point d'ancrage dont j'avais besoin, la stabilité et l'équilibre qui me faisaient naturellement défaut. Mes dernières réflexions posaient une question à laquelle je n'étais pas capable de répondre : voulais-je réellement continuer à vivre avec Daphné ou avais-je peur de l'inconnu, peur de m'écarter d'une relation codifiée par le temps ?
Patrick m'avait proposé une rubrique dans laquelle je raconterais de cette même façon subjective ma rencontre avec les auteurs, il lui avait même trouvé un nom : "L'auteur et moi". J'avais prudemment accepté, même si j'avais la conviction qu'il me serait impossible de rendre compte avec la même émotion d'une rencontre avec une autre personne qu'Andreï.
En rentrant chez Samuel, je ne pus m'empêcher de penser que la veille, au même instant, j'étais dans les bras d'Andreï et que j'avais refusé son contact, le blessant sûrement dans ce qu'il avait de plus cher, son amour propre.
- Tu as passé une bonne journée ?
- Arrête, on dirait Daphné, maugréai-je. La reine des banalités.
- J'ai l'impression que ton avis sur elle a changé depuis hier.
- Sa réaction m'a...
- Arrête, c'est toi qui a tort dans cette histoire, sa réaction est on ne peut plus normale, imagine une seule seconde qu'elle te trompe, je préfère ne pas imaginer l'état dans lequel tu serais.
- Elle fait ce qu'elle veut, commençai-je avant d'être interrompu par Samuel.
- Tu dis ça maintenant, parce que c'est toi qui t'es planté, mais reviens deux mois en arrière et tu comprendras que tu ne te serais pas contenté de l'insulter, tu aurais démoli toute la baraque. Elle t'aime profondément, alors ne la laisse pas comme ça, dis-lui franchement si oui ou non tu imagines un avenir avec elle plutôt que de lui laisser le moindre doute. Elle va avoir du mal à le supporter dans un premier temps, mais ça ne peut qu'être bénéfique.
- Tu as peut-être raison...
- J'ai raison. Va la voir, ce soir.
- Pas ce soir, j'y irai demain.
- T'es vraiment qu'un lâche.
- Ouais.
Nous restâmes silencieux plusieurs minutes avant que je me décide à lui poser la question qui me brulait les lèvres :
- Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?
- Je ne coucherais pas avec un homme, ce n'est pas ma tasse de thé, dit-il alors que son visage se tordait en une grimace exagérée.
- Sérieusement...
- Je lui avouerais tout.
- Même pour Andreï ?
- Là, je ne sais pas... Ca risque de lui faire un choc.
- En effet, approuvai-je.
- Tu veux la quitter ?
- Non !
Il se leva et haussa les épaules.
- Je ne peux rien pour toi, tu es grand et tu t'es mis là-dedans tout seul.
- En somme, je me débrouille tout seul.
- Voilà, désolé, s'excusa-t-il. Par contre, tu peux profiter de mon canapé tant que tu veux.
- Merci.
- Je sors ce soir, j'ai rendez-vous avec une collègue et...
- Mignonne ?
- Un canon.
- Tu préfères que j'aille dormir ailleurs ?
- T'inquiètes pas, tant que tu dors pas dans ma chambre, c'est bon, dit-il en me faisant un clin d'oeil.
- Je vais rester sur ton canapé à regarder la télé.
- Parfait !
- Plus ou moins...
- Plus ou moins ?
- C'est pas vraiment conventionnel en fait...
- Pas vraiment conventionnel, répéta Patrick, agacé.
Je lui tendis les feuilles que j'avais arrachées du bloc-notes de Samuel, j'y avais raturé les expressions trop personnelles.
- C'est un peu ma vision de Sidorov, continuai-je.
- Et l'objectivité journalistique, grogna-t-il, je suppose que je peux mettre mon mouchoir dessus ?
- Tu vas voir, lis-le et si je dois tout recommencer, je le ferai.
J'attendis presque une heure, pianotant sur le dessus de table. La réponse de mon chef allait être déterminante puisque je ne me sentais pas capable de rédiger un article autre que celui qu'il avait entre les main. J'étais entré dans l'intimité d'Andreï et il s'était introduit dans la mienne, jamais un article à son sujet ne pourrait alors être objectif. Finalement, Patrick sortit de son bureau et se dirigea vers moi d'un pas vif.
- C'est génial !
- Vraiment ?
- Tu as vu ce type avec un regard... Je dirais presque amoureux, si je ne te connaissais pas, dit-il avec emphase.
- Oui, je voulais quelque chose d'original...
- Ce sera parfait pour le numéro de Décembre, je le veux en couverture !
- A ce point-là ?
- Et je veux te voir ce midi, je veux te parler d'un projet, ça va être génial !
Son excitation contrastait avec mon impassibilité. Andreï n'allait pas manquer de voir cet article, et là, il ne pourrait plus ignorer ce que je ressentais pour lui. Il était le seul, avec Samuel, à détenir la clé qui lui permettrait de comprendre la véritable signification de mon papier. Patrick claqua des doigts devant mes yeux.
- Gabriel ? Je te parle.
- Oui, désolé, je pensais à autre chose.
- En attendant, tu as fini ton article sur la cuisine espagnole et son rayonnement littéraire ?
- Presque.
- Je le veux pour demain, évidemment.
La cuisine espagnole et son rayonnement littéraire, c'était certainement le sujet le plus inintéressant que j'aie jamais eu à traiter, mais je n'avais pas le coeur à m'insurger. Je passai toute la journée à paufiner l'article en question mais tout me paraissait vide et sans aucun sens. Je voulais le revoir, lui expliquer que ce qui allait paraître avec le numéro de Décembre ne reflétait en rien ce que je pensais, ou alors lui avouer ce qui me trottait réellement dans la tête. Daphné. J'en avais presque oublié Daphné, quel comportement devais-je avoir à son égard, qu'attendait-elle de moi ? Pourrions-nous un jour retrouver la relation que nous avions depuis plusieurs années ? Elle ne serait jamais à même de me faire confiance et comment pourrais-je lui en vouloir ? Malgré mon attirance pour Andreï, elle était le point d'ancrage dont j'avais besoin, la stabilité et l'équilibre qui me faisaient naturellement défaut. Mes dernières réflexions posaient une question à laquelle je n'étais pas capable de répondre : voulais-je réellement continuer à vivre avec Daphné ou avais-je peur de l'inconnu, peur de m'écarter d'une relation codifiée par le temps ?
Patrick m'avait proposé une rubrique dans laquelle je raconterais de cette même façon subjective ma rencontre avec les auteurs, il lui avait même trouvé un nom : "L'auteur et moi". J'avais prudemment accepté, même si j'avais la conviction qu'il me serait impossible de rendre compte avec la même émotion d'une rencontre avec une autre personne qu'Andreï.
En rentrant chez Samuel, je ne pus m'empêcher de penser que la veille, au même instant, j'étais dans les bras d'Andreï et que j'avais refusé son contact, le blessant sûrement dans ce qu'il avait de plus cher, son amour propre.
- Tu as passé une bonne journée ?
- Arrête, on dirait Daphné, maugréai-je. La reine des banalités.
- J'ai l'impression que ton avis sur elle a changé depuis hier.
- Sa réaction m'a...
- Arrête, c'est toi qui a tort dans cette histoire, sa réaction est on ne peut plus normale, imagine une seule seconde qu'elle te trompe, je préfère ne pas imaginer l'état dans lequel tu serais.
- Elle fait ce qu'elle veut, commençai-je avant d'être interrompu par Samuel.
- Tu dis ça maintenant, parce que c'est toi qui t'es planté, mais reviens deux mois en arrière et tu comprendras que tu ne te serais pas contenté de l'insulter, tu aurais démoli toute la baraque. Elle t'aime profondément, alors ne la laisse pas comme ça, dis-lui franchement si oui ou non tu imagines un avenir avec elle plutôt que de lui laisser le moindre doute. Elle va avoir du mal à le supporter dans un premier temps, mais ça ne peut qu'être bénéfique.
- Tu as peut-être raison...
- J'ai raison. Va la voir, ce soir.
- Pas ce soir, j'y irai demain.
- T'es vraiment qu'un lâche.
- Ouais.
Nous restâmes silencieux plusieurs minutes avant que je me décide à lui poser la question qui me brulait les lèvres :
- Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?
- Je ne coucherais pas avec un homme, ce n'est pas ma tasse de thé, dit-il alors que son visage se tordait en une grimace exagérée.
- Sérieusement...
- Je lui avouerais tout.
- Même pour Andreï ?
- Là, je ne sais pas... Ca risque de lui faire un choc.
- En effet, approuvai-je.
- Tu veux la quitter ?
- Non !
Il se leva et haussa les épaules.
- Je ne peux rien pour toi, tu es grand et tu t'es mis là-dedans tout seul.
- En somme, je me débrouille tout seul.
- Voilà, désolé, s'excusa-t-il. Par contre, tu peux profiter de mon canapé tant que tu veux.
- Merci.
- Je sors ce soir, j'ai rendez-vous avec une collègue et...
- Mignonne ?
- Un canon.
- Tu préfères que j'aille dormir ailleurs ?
- T'inquiètes pas, tant que tu dors pas dans ma chambre, c'est bon, dit-il en me faisant un clin d'oeil.
- Je vais rester sur ton canapé à regarder la télé.
- Parfait !
Ucelai
dim 17 aoû 2008 23:38