Avertissement de rigueur : première scène réellement sexuelle.
Lorsque Samuel rentra de
son rendez-vous, je les gratifiai, sa collègue et lui d'un
vague salut, mais ils n'avaient pas la tête à
ça et s'enfermèrent rapidement dans la chambre. Le
bruit étouffé de leurs gémissements me
parvenait à travers le mur et j'enfouis ma tête sous
les coussins en pressant l'étoffe de toute mes forces sur
mes oreilles.
Vers trois heures du matin, constatant que mes voisins de
chambrée ne semblaient pas vouloir arrêter leur
raffut, je pris mon manteau et sortis dans la rue. Ces derniers
jours avaient été éprouvants et je ne
comprenais pas comment l'arrivée d'une seule et unique
personne avait pu chambouler la vie que j'estimais être des
plus inaltérables.
J'essayais de penser au comportement que je pourrais avoir
face à Daphné qui ne semblait pas
décidée à me pardonner, en étais-je
bouleversé ? J'avais beau chercher en moi la moindre
parcelle de tristesse ou même de dépit, je n'en
trouvais aucune. Comme l'avait dit Andreï, les sentiments
étaient complexes, trop complexes peut-être. J'avais
aimé une femme à la folie et tout à coup...
Ressentais-je encore de l'amour pour elle ? Cela n'était-il
que de l'affection, comme une homme et une femme se connaissant
trop peuvent encore en avoir l'un pour l'autre ? Mon jeune couple
était-il passé dans la catégorie des couples
consommés, et si consommés qu'il ne subsiste que
l'affection que peuvent se porter deux personnes âgées
mariées depuis une cinquantaine d'années ?
Andreï avait-il raison ? Etais-je tombé dans une
routine ?
Soudain, une ébauche de ce qu'il avait voulu
m'expliquer prit forme. J'y avais moi-même pensé
auparavant mais avais refusé de reconnaître la
véracité des faits pour lui prouver qu'il avait tort.
Il était arrivé à un point de ma vie où
je n'avais qu'une envie : changer d'air. Il avait été
l'originalité dont j'avais
désespérément besoin, et dont j'avais toujours
besoin à présent. Le métro étant
fermé, je me mis à marcher rapidement dans les rues
jusqu'à ce que je sois en vue de l'avenue Foch. Je devais
lui dire, lui dire que je n'étais pas si naïf, lui dire
qu'il avait eu raison mais que ma rapidité à le
comprendre démontrait ma maturité. Je sonnai à
la porte et lorsqu'elle s'ouvrit, je me trouvai face à une
gardienne ébouriffée et franchement agacée
d'être réveillée à une heure
pareille.
- Je viens voir Monsieur Sidorov !
- Je sais, grogna-t-elle.
Je montai les escaliers quatre à quatre jusqu'au
quatrième étage et cognai à la porte. Elle
s'ouvrit sur Andreï, torse-nu, une cigarette
emprisonnée entre l'index et le majeur de sa main gauche qui
tenait une tasse.
- Gabriel ?
- Euh... Bonsoir.
- Bonsoir. Je peux savoir ce que tu fais
là ? Je crois entendre comme la fatuité de ta vie qui
t'appelle, sourit-il.
- J'ai compris que ça ne
m'intéressait pas. Je vais quitter Daphné.
Je n'étais pas résolu à quitter
Daphné avant de le voir mais ma dernière phrase avait
franchi mes lèvres sans que j'y fasse réellement
attention. Il haussa légèrement son sourcil gauche
avant de lâcher :
- Et ? En quoi est-ce que ça me concerne
?
- Est-ce que vous voudriez bien me laisser
habiter chez vous quelques temps ? En attendant que je trouve un
nouvel appartement.
Il avala de travers la gorgée de café qu'il
venait d'ingurgiter et se mit à tousser avant de prononcer
d'une voix un peu trop forte :
- Quoi ?
- Vous avez très bien compris.
- Tu veux venir habiter chez moi ?
- Quelques jours.
- Tu as pris mon appartement pour un hospice
?
- Si je la quitte, c'est un peu de votre
faute.
- Tu assumes tes bétises comme un grand,
siffla-t-il.
- S'il vous plaît...
- Et arrête de larmoyer, tu es d'un
pénible... Tu n'imagines même pas.
Il regarda dans le vague quelques secondes, l'air
hésitant, finalement il haussa les épaules.
- Tu peux rester cette nuit, pas plus. Mais
à une seule condition.
- Laquelle ?
- Que tu ne me regardes pas avec cet air de
gratitude profondément idiot.
- D'accord !
Je me sentais comme un môme. Il haussa encore un
sourcil et se décala pour me laisser le passage.
- Vous ne dormez jamais ?
- Rarement, murmura-t-il.
- Pourquoi ?
- Pourquoi dormir alors que tout se passe
maintenant ? J'aurai tout le temps de dormir plus tard.
- Comment ça ?
- Je suis dans la trentaine et je vis les plus
beaux moments de ma vie. Je sais que dans vingt ans, je les
regretterai, je regretterai de ne plus avoir cette liberté
de mouvement, de ne plus pouvoir faire ce dont j'ai envie. Dans
trente ans, je regretterai mon corps, alors que celui dans lequel
je serai enfermé lâchera prise au fil des ans pour
finalement m'abandonner, je regretterai ce que j'étais, je
regretterai de ne plus pouvoir me baisser sans gémir. Et ce
jour-là, je serai prêt à tout donner pour
revivre quelques minutes dans la peau de celui que je suis
actuellement. Alors non, je ne dors presque pas, parce que je ne
veux pas voir ma vie m'échapper et me réveiller un
jour en me rendant compte que je suis vieux.
Sa tirade m'avait fait froid dans le dos. Il posa sa tasse sur un
guéridon et laissa tomber sa cigarette dedans dans un
crépitement avant de s'avancer vers moi pour m'acculer
contre le mur de l'entrée, sans possibilité
d'échapper à une emprise que je désirais et
craignais à la fois.
- Je veux profiter de chaque instant, tu
comprends ?
- Je...
- Tais-toi.
Il plaça un doigt sur ma bouche qu'il retira pour
laisser place à un baiser. Il força sans effort la
barrière fragile de mes lèvres et laissa sa langue
chatouiller délicatement la mienne. Soudain, son
étreinte se fit plus rude, et je sentis son corps se coller
contre le mien, son sexe en érection se frottait contre mon
bas-ventre et je fus submergé par une vague d'excitation. Je
commençai à enfoncer mes ongles dans son dos alors
qu'il arrachait brutalement ma chemise sans se préoccuper
des boutons.
Le désir prit le pas sur mes appréhensions et
je me laissai glisser contre le mur dans un gémissement. Il
s'accroupit face à moi et d'un geste brusque, m'obligea
à m'allonger. Il se plaça à califourchon sur
moi et la sensation de son corps contre mon sexe ne fit que
renforcer mon excitation. Je sentis son souffle rauque dans mon
oreille tandis que sa langue s'insinuait dans tous les creux de mon
cou. Ses caresses humides se firent plus précises et je le
sentis descendre le long de mon torse, lêchant mes pectoraux,
mon ventre, mon bas-ventre. Ses mains défirent d'un geste la
boucle de ma ceinture. Il arracha presque mon pantalon et descendit
d'une main mon caleçon tandis que l'autre prenait mon sexe
pour le mettre dans sa bouche. Je laissai échapper un
gémissement qui s'amplifia au fur et à mesure que sa
langue imprimait des mouvements de va-et-vient sur ma verge. Mes
gémissements se transformèrent en cris rauques,
rythmés par le passage de sa bouche sur mon gland. Un long
hurlement proche du sanglot me déchira et Andreï eut un
mouvement de recul, un dixième de seconde plus tard,
j'éjaculai. Il remonta doucement, se tenant toujours au
dessus de moi et déposa un baiser sur mes lèvres, ses
mains étaient posées de part et d'autre de mes
épaules. Il finit par tomber sur le côté contre
le parquet dur de l'entrée. J'en profitai pour me lover dans
le creux de son cou et nous restâmes ainsi de longues
minutes, enlacés et à moitié nus. Il
écarta doucement une mêche de cheveux qui retombait
sur mes yeux et embrassa mon front.
A cet instant, je fus envahi d'une gigantesque
plénitude que je n'avais jamais ressentie auparavant, je me
sentais en sécurité, protégé, et tout
ce qui pouvait se passer à l'extérieur n'avait plus
aucune emprise sur moi. Je m'étais réfugié
dans une citadelle imprenable, le corps d'Andreï.



Lazy-Chan
mar 11 aoû 2009 20:02