Andreï s'était finalement levé et avait
disparu dans une pièce que je supposais être son
bureau. Après un quart d'heure passé sur le
canapé à me demander quel comportement je devais
tenir, je finis par me lever. La porte était
légèrement entr'ouverte et je pouvais entendre ses
doigts pianoter sur le clavier de l'ordinateur. Je me
décidai alors à pousser la porte. Le résultat
fut immédiat, il leva brusquement la tête et me jeta
un regard glacial.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je suis venu voir ce que tu faisais.
- C'est fait, non ?
- Tu écris ?
- Oui.
- Je peux voir ?
- Non.
- Excuse-moi.
Il referma l'écran de son ordinateur portable et se leva.
- Tu ne devrais pas dormir ?
- Je n'y arrive pas, je ne peux pas m'empêcher de penser à...
- Et tu te demandes ce que tu vas dire à Daphné, n'est-ce pas ?
- Oui, et...
- Tu es tellement prévisible, transparent, tu n'auras rien à lui dire, elle le comprendra toute seule.
- Mais...
- Laisse-moi maintenant, s'il te plaît.
- D'accord...
Je retournai dans le salon et m'allongeai sur le canapé et alors que je commençai à m'assoupir, je sursautai, réveillé par la soudaine crudité de la lumière qui venait de s'allumer. Andreï, un doigt sur l'interrupteur me regardait fixement. Soudain, il soupira et une lueur d'indécision traversa son regard gris qui reprit ensuite immédiatement sa dureté. Il vint s'assoir dans le fauteuil en face du canapé et alluma une cigarette avant de me regarder sans ciller et de s'enfoncer plus profondément dans le cuir.
- Tu n'es qu'un idiot, lâcha-t-il finalement.
Je restai sans voix et le seul bruit qui troublait le silence de la pièce était son souffle régulier qui projetait dans l'air des arabesques de fumée fantomatiques.
- Tu n'es qu'un idiot, répéta-t-il.
- Pourquoi est-ce que tu dis ça ?
- Tu es prêt à quitter ta compagne ?
- Bien sûr !
- C'est bien ce que je disais, tu es un idiot.
- Pourquoi ?
- Qu'est-ce que tu espères ?
Je ne sus répondre à la question. En effet, qu'espérais-je ? Une vie de couple bien rangée ? Je n'étais pas tombé sur le partenaire idéal. Je levai les yeux, à la recherche de la moindre lueur d'encouragement dans son regard mais je me heurtai à un mur de glace silencieux. Il tira une nouvelle bouffée de sa cigarette et tout ce que pus lire sur son visage était une expression de totale indifférence floutée par la fumée bleutée.
- Rien.
- Dans ce cas, c'est tant mieux. Tout est clair.
Il me jeta rapidement un regard avant de se lever et d'écraser sa cigarette dans le cendrier, elle crépita, puis plus rien. Je sentis soudainement les larmes me monter aux yeux. Son visage se déforma alors et, même embué, il restait superbe. Sa posture alanguie dans le fauteuil lui conférait un air de Dieu de l'Olympe sûr de lui et de sa puissance. Ses cheveux ébouriffés retombaient sur son front et ses yeux, son profil se découpait en ombre chinoise sur l'un des murs du salon.
- Je vais partir, d'accord ?
Il se leva et lâche :
- Comme tu veux, tu es assez grand pour décider de ce que tu veux faire, non ?
Sans le regarder, j'attrapai mon manteau et mon écharpe, me rappelant de son corps que je serrais si fort contre moi une heure auparavant. Au contact de sa peau contre la mienne, de son sexe contre le mien. Mais il avait décidé de ce qui se passerait ensuite, et je ne me sentais pas la force d'aller contre sa volonté car, malgré ce dont j'essayais de me convaincre, il avait sur moi une influence incalculable. Il était la première personne que je recontrais qui avait su m'imposer un état de fait sans prendre en compte mon vis, et cette soumission, loin de me déranger, m'enchantait au contraire. A mes yeux, il était mille fois plus plaisant d'être soumis à Andreï que d'être en position de domination dans un couple comme celui de Daphné et moi.
Mais cette situation était tolérable jusqu'à ce soir-là, ce soir où je commençai à ressentir au plus profond de moi d'infimes bribes de sentiments qui tournoyaient dans une valse ininterrompue de questions sans réponses. Toutes ces interrogations n'attendaient qu'une réponse simple qui m'était refusée puisque jamais je n'oserais les poser.
Je franchis le seuil de l'entrée sans me retourner, mais je pouvais l'imaginer, assis dans cette posture si particulière, presque allongé, les jambes croisées. Il me regardait peut-être partir, mais c'était peu probable, il avait déjà tourné la page, tandis qu'il me serait impossible de l'oublier. Je fis mon possible pour attraper au vol tous ces bouts de souvenirs qui semblaient s'effilocher et s'envoler dans les airs, me refusant le droit de les revivre encore et encore. Je ne pouvais plus sentir la chaleur de sa main sur ma joue et il en serait bientôt de même pour l'empreinte de sa langue sur mon ventre.
Arrivé à hauteur des quais de Seine, je me laissai aller à ma tristesse et je marchai le long de la berge sans regarder où le chemin me menait. Des larmes tranformèrent bientôt les lampadaires en centaines d'étoiles. Je savais pertinemment que la souffrance que je ressentais n'était pas justifiée, je ne connaissais Andreï que depuis moins d'une semaine et pourtant, il avait apposé sa marque sur mon corps, et mon coeur.
Je décidai finalement de rentrer chez moi, je ne savais ce que je voulais dire à Daphné mais j'étais certain qu'elle trouverait les mots pour m'apaiser. Il avait encore eu raison, pourquoi la quitter ? Je n'avais eu l'intention de l'abandonner que pour lui, et qu'était-il prêt à me donner en retour ? Je ne lui demandais ni projets, ni engagements, juste un petit peu d'affection, tout ce qu'il était incapable de ressentir.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je suis venu voir ce que tu faisais.
- C'est fait, non ?
- Tu écris ?
- Oui.
- Je peux voir ?
- Non.
- Excuse-moi.
Il referma l'écran de son ordinateur portable et se leva.
- Tu ne devrais pas dormir ?
- Je n'y arrive pas, je ne peux pas m'empêcher de penser à...
- Et tu te demandes ce que tu vas dire à Daphné, n'est-ce pas ?
- Oui, et...
- Tu es tellement prévisible, transparent, tu n'auras rien à lui dire, elle le comprendra toute seule.
- Mais...
- Laisse-moi maintenant, s'il te plaît.
- D'accord...
Je retournai dans le salon et m'allongeai sur le canapé et alors que je commençai à m'assoupir, je sursautai, réveillé par la soudaine crudité de la lumière qui venait de s'allumer. Andreï, un doigt sur l'interrupteur me regardait fixement. Soudain, il soupira et une lueur d'indécision traversa son regard gris qui reprit ensuite immédiatement sa dureté. Il vint s'assoir dans le fauteuil en face du canapé et alluma une cigarette avant de me regarder sans ciller et de s'enfoncer plus profondément dans le cuir.
- Tu n'es qu'un idiot, lâcha-t-il finalement.
Je restai sans voix et le seul bruit qui troublait le silence de la pièce était son souffle régulier qui projetait dans l'air des arabesques de fumée fantomatiques.
- Tu n'es qu'un idiot, répéta-t-il.
- Pourquoi est-ce que tu dis ça ?
- Tu es prêt à quitter ta compagne ?
- Bien sûr !
- C'est bien ce que je disais, tu es un idiot.
- Pourquoi ?
- Qu'est-ce que tu espères ?
Je ne sus répondre à la question. En effet, qu'espérais-je ? Une vie de couple bien rangée ? Je n'étais pas tombé sur le partenaire idéal. Je levai les yeux, à la recherche de la moindre lueur d'encouragement dans son regard mais je me heurtai à un mur de glace silencieux. Il tira une nouvelle bouffée de sa cigarette et tout ce que pus lire sur son visage était une expression de totale indifférence floutée par la fumée bleutée.
- Rien.
- Dans ce cas, c'est tant mieux. Tout est clair.
Il me jeta rapidement un regard avant de se lever et d'écraser sa cigarette dans le cendrier, elle crépita, puis plus rien. Je sentis soudainement les larmes me monter aux yeux. Son visage se déforma alors et, même embué, il restait superbe. Sa posture alanguie dans le fauteuil lui conférait un air de Dieu de l'Olympe sûr de lui et de sa puissance. Ses cheveux ébouriffés retombaient sur son front et ses yeux, son profil se découpait en ombre chinoise sur l'un des murs du salon.
- Je vais partir, d'accord ?
Il se leva et lâche :
- Comme tu veux, tu es assez grand pour décider de ce que tu veux faire, non ?
Sans le regarder, j'attrapai mon manteau et mon écharpe, me rappelant de son corps que je serrais si fort contre moi une heure auparavant. Au contact de sa peau contre la mienne, de son sexe contre le mien. Mais il avait décidé de ce qui se passerait ensuite, et je ne me sentais pas la force d'aller contre sa volonté car, malgré ce dont j'essayais de me convaincre, il avait sur moi une influence incalculable. Il était la première personne que je recontrais qui avait su m'imposer un état de fait sans prendre en compte mon vis, et cette soumission, loin de me déranger, m'enchantait au contraire. A mes yeux, il était mille fois plus plaisant d'être soumis à Andreï que d'être en position de domination dans un couple comme celui de Daphné et moi.
Mais cette situation était tolérable jusqu'à ce soir-là, ce soir où je commençai à ressentir au plus profond de moi d'infimes bribes de sentiments qui tournoyaient dans une valse ininterrompue de questions sans réponses. Toutes ces interrogations n'attendaient qu'une réponse simple qui m'était refusée puisque jamais je n'oserais les poser.
Je franchis le seuil de l'entrée sans me retourner, mais je pouvais l'imaginer, assis dans cette posture si particulière, presque allongé, les jambes croisées. Il me regardait peut-être partir, mais c'était peu probable, il avait déjà tourné la page, tandis qu'il me serait impossible de l'oublier. Je fis mon possible pour attraper au vol tous ces bouts de souvenirs qui semblaient s'effilocher et s'envoler dans les airs, me refusant le droit de les revivre encore et encore. Je ne pouvais plus sentir la chaleur de sa main sur ma joue et il en serait bientôt de même pour l'empreinte de sa langue sur mon ventre.
Arrivé à hauteur des quais de Seine, je me laissai aller à ma tristesse et je marchai le long de la berge sans regarder où le chemin me menait. Des larmes tranformèrent bientôt les lampadaires en centaines d'étoiles. Je savais pertinemment que la souffrance que je ressentais n'était pas justifiée, je ne connaissais Andreï que depuis moins d'une semaine et pourtant, il avait apposé sa marque sur mon corps, et mon coeur.
Je décidai finalement de rentrer chez moi, je ne savais ce que je voulais dire à Daphné mais j'étais certain qu'elle trouverait les mots pour m'apaiser. Il avait encore eu raison, pourquoi la quitter ? Je n'avais eu l'intention de l'abandonner que pour lui, et qu'était-il prêt à me donner en retour ? Je ne lui demandais ni projets, ni engagements, juste un petit peu d'affection, tout ce qu'il était incapable de ressentir.

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layla
ven 01 aoû 2008 15:20