Lorsque j'ouvris la porte, je
fus surpris par la résonnance du claquement du verrou.
- Daphné ?
En entrant dans le salon, je constatai qu'il avait été presqu'intégralement vidé, des moutons de poussière subsistaient encore à l'endroit où s'était trouvé le canapé. J'avais fourni l'appartement, elle les meubles, et elle était partie avec. Elle avait laissé derrière elle les cartons de photographies qui étaient auparavant cachés derrière la télévision, également disparue. Elle nous avait laissés derrière elle et était partie vivre sa vie, ailleurs. Je m'en voulus de l'avoir abandonnée seule à son sort, elle n'avait pas mérité ça, Daphné était une femme extraordinaire qui avait eu le tort de s'attacher au mauvais homme au mauvais moment.
Je m'assis en tailleur sur la moquette, qu'avavais-je fait de nous ? Un mot, une parole et notre histoire avait sombré dans une tourmente de laquelle elle ne savait se relever. Un ouragan de haine s'était abattu sur notre couple tandis qu'une tempête de culpabilité étendait son aura au-dessus de moi. D'une part Andreï m'avait fait comprendre que toute histoire entre lui et moi était vouée à l'échec, d'autre part le seul repère que j'aie jamais eu venait de me quitter, avec raison. Mais je n'imaginais plus une seule seconde vivre une relation avec l'un des deux. Une liaison avec Andreï était hautement improbable, je n'aurais jamais eu le cran d'assumer pleinement ma bisexualité de laquelle je doutais encore. Et sur un autre plan, une relation avec Daphné était à présent inimaginable, j'avais vécu tellement de moments forts ces derniers jours qu'il m'était impossible de retomber dans la routine inévitable d'une vie à ses côtés.
Je décrochai mon téléphone et cherchai un numéro dans mon répertoire.
- Allô ?
- Elle est partie.
- Je sais, elle me l'a dit, dit Samuel dont la voix trahissait sa culpabilité.
- Quand ?
- Hier, je suis désolé. Elle voulait que je puisse être disponible quand tu l'apprendrais.
- Alors, finalement, elle a pensé à moi, soupirai-je.
- On dirait que oui.
- Pourquoi est-ce que tu ne me l'as pas dit ?
- Elle m'a dit de ne pas le faire. Désolé. Tu veux que je vienne ?
- Non, ça va aller, merci.
- T'es sûr ?
- Ca va aller, merci, dis-je sincèrement, j'ai envie d'être un peu seul, enfin, je pense.
C'était ce qu'il fallait dire dans ces circonstances, puisqu'il n'attendait rien de plus de ma part. Je raccrochai et allai constater que Daphné m'avait tout de même laissé le lit. Mais en dépit de tous mes efforts, je ne parvins pas à fermer l'oeil de la nuit.
En arrivant au journal, je fus accueilli par une mauvaise nouvelle.
- Dis, Gabriel, je peux te voir dans mon bureau ?
- Bien sûr.
Patrick se cala au fond de son large fauteuil de bureau qui semblait lui donner plus d'importance qu'il n'en avait en réalité. Il me regarda d'un air ennuyé.
- Pour l'article, ça va pas être possible, finit-il par lâcher.
- Pourquoi ?
- L'éditeur a posé son véto.
- Son véto ?
- Je lui ai envoyé l'article, comme je le fais à chaque fois avec les auteurs qu'il faut prendre avec des pincettes, commença-t-il, et puis j'ai eu une réponse ce matin. Il trouve que la description ne met pas vraiment Sidorov en valeur. En fait, il a dit qu'il passait, je cite, pour un pédé.
J'étais scié, j'avais tellement misé sur cet article, il devait lancer ma carrière, me servir de tremplin et tout s'effondrait tout à coup, comme si la vie avait décidé de me jouer un mauvais tour, de me tester : "je t'enlève tout ce que tu as, et alors, qu'est-ce que ça donne ?"
- Et la liberté d'expression ?
- Je ne peux pas me mettre mal avec la maison d'édition de Sidorov...
- C'est de la censure déguisée, fulminai-je, soupçonnant Andreï d'être à l'origine du problème.
- Je sais, et je suis au moins aussi emmerdé que toi, mais tu vas devoir nous refaire un truc plus neutre, tu comprends, il faut un truc qui... Attends, le type me l'a dit, je l'ai noté. Ah voilà, il faut qu'il reste mystérieux et apparemment insensible, tu comprends ?
- Je ne peux pas faire ça, murmurai-je, profondément abattu.
- Pourquoi ?
- Je ne peux pas, c'est tout.
- Et ton objectivité journalistique ? C'est ton travail !
- Je sais, mais...
- T'as pas fait ça ?
- Quoi donc ?
- Ce que craignait l'éditeur... Toi et Sidorov, vous n'êtes pas...
- Arrête ! Tu me connais ! Je supporte ça chez les autres, mais alors qu'aucun d'eux ne s'avise de s'approcher !
Patrick esquissa un sourire, visiblement satisfait.
- Ouais, c'est aussi ce que je pensais...
- Daphné ?
En entrant dans le salon, je constatai qu'il avait été presqu'intégralement vidé, des moutons de poussière subsistaient encore à l'endroit où s'était trouvé le canapé. J'avais fourni l'appartement, elle les meubles, et elle était partie avec. Elle avait laissé derrière elle les cartons de photographies qui étaient auparavant cachés derrière la télévision, également disparue. Elle nous avait laissés derrière elle et était partie vivre sa vie, ailleurs. Je m'en voulus de l'avoir abandonnée seule à son sort, elle n'avait pas mérité ça, Daphné était une femme extraordinaire qui avait eu le tort de s'attacher au mauvais homme au mauvais moment.
Je m'assis en tailleur sur la moquette, qu'avavais-je fait de nous ? Un mot, une parole et notre histoire avait sombré dans une tourmente de laquelle elle ne savait se relever. Un ouragan de haine s'était abattu sur notre couple tandis qu'une tempête de culpabilité étendait son aura au-dessus de moi. D'une part Andreï m'avait fait comprendre que toute histoire entre lui et moi était vouée à l'échec, d'autre part le seul repère que j'aie jamais eu venait de me quitter, avec raison. Mais je n'imaginais plus une seule seconde vivre une relation avec l'un des deux. Une liaison avec Andreï était hautement improbable, je n'aurais jamais eu le cran d'assumer pleinement ma bisexualité de laquelle je doutais encore. Et sur un autre plan, une relation avec Daphné était à présent inimaginable, j'avais vécu tellement de moments forts ces derniers jours qu'il m'était impossible de retomber dans la routine inévitable d'une vie à ses côtés.
Je décrochai mon téléphone et cherchai un numéro dans mon répertoire.
- Allô ?
- Elle est partie.
- Je sais, elle me l'a dit, dit Samuel dont la voix trahissait sa culpabilité.
- Quand ?
- Hier, je suis désolé. Elle voulait que je puisse être disponible quand tu l'apprendrais.
- Alors, finalement, elle a pensé à moi, soupirai-je.
- On dirait que oui.
- Pourquoi est-ce que tu ne me l'as pas dit ?
- Elle m'a dit de ne pas le faire. Désolé. Tu veux que je vienne ?
- Non, ça va aller, merci.
- T'es sûr ?
- Ca va aller, merci, dis-je sincèrement, j'ai envie d'être un peu seul, enfin, je pense.
C'était ce qu'il fallait dire dans ces circonstances, puisqu'il n'attendait rien de plus de ma part. Je raccrochai et allai constater que Daphné m'avait tout de même laissé le lit. Mais en dépit de tous mes efforts, je ne parvins pas à fermer l'oeil de la nuit.
En arrivant au journal, je fus accueilli par une mauvaise nouvelle.
- Dis, Gabriel, je peux te voir dans mon bureau ?
- Bien sûr.
Patrick se cala au fond de son large fauteuil de bureau qui semblait lui donner plus d'importance qu'il n'en avait en réalité. Il me regarda d'un air ennuyé.
- Pour l'article, ça va pas être possible, finit-il par lâcher.
- Pourquoi ?
- L'éditeur a posé son véto.
- Son véto ?
- Je lui ai envoyé l'article, comme je le fais à chaque fois avec les auteurs qu'il faut prendre avec des pincettes, commença-t-il, et puis j'ai eu une réponse ce matin. Il trouve que la description ne met pas vraiment Sidorov en valeur. En fait, il a dit qu'il passait, je cite, pour un pédé.
J'étais scié, j'avais tellement misé sur cet article, il devait lancer ma carrière, me servir de tremplin et tout s'effondrait tout à coup, comme si la vie avait décidé de me jouer un mauvais tour, de me tester : "je t'enlève tout ce que tu as, et alors, qu'est-ce que ça donne ?"
- Et la liberté d'expression ?
- Je ne peux pas me mettre mal avec la maison d'édition de Sidorov...
- C'est de la censure déguisée, fulminai-je, soupçonnant Andreï d'être à l'origine du problème.
- Je sais, et je suis au moins aussi emmerdé que toi, mais tu vas devoir nous refaire un truc plus neutre, tu comprends, il faut un truc qui... Attends, le type me l'a dit, je l'ai noté. Ah voilà, il faut qu'il reste mystérieux et apparemment insensible, tu comprends ?
- Je ne peux pas faire ça, murmurai-je, profondément abattu.
- Pourquoi ?
- Je ne peux pas, c'est tout.
- Et ton objectivité journalistique ? C'est ton travail !
- Je sais, mais...
- T'as pas fait ça ?
- Quoi donc ?
- Ce que craignait l'éditeur... Toi et Sidorov, vous n'êtes pas...
- Arrête ! Tu me connais ! Je supporte ça chez les autres, mais alors qu'aucun d'eux ne s'avise de s'approcher !
Patrick esquissa un sourire, visiblement satisfait.
- Ouais, c'est aussi ce que je pensais...


layla
ven 01 aoû 2008 15:24