La journée fut longue
et morne, j'accomplis quelques tâches administratives,
pensant à mon avenir soudainement avorté pour une
question d'image. Cet article représentait un tremplin
formidable, je l'avais relu en long et en large et j'étais
obligé de reconnaître que, cette fois-ci, j'avais
vraiment fourni un travail à la hauteur de ce que l'on
attendait de moi. Dans un mouvement de colère, je projetai
mon pot à crayons sur le sol. Je savais qu'Andreï
était le seul responsable de ce véto, parce que
même sans le connaître vraiment, je reconnaissais
là sa touche personnelle. Cette méchanceté
gratuite et insupportable.
Je me baissai pour ramasser ce que ma rage avait éparpillé par terre et je remis avec fureur les crayons dans cette affreuse tasse que Daphné avait "costumisée", selon ses propres termes.
- Je te dérange ?
- Non, non. Ca va, répondis-je, tentant de ne pas montrer à Fanny l'état d'énervement dans lequel je me trouvais.
Elle était encore affublée de ses deux couettes qui lui donnaient un air d'écolière malgré sa vingtaine bien tassée. Elle commença à me parler, mais j'étais hypnotisé par les mouvements chaotiques de pantins désarticulés de ses boucles d'oreille et je ne prêtai pas attention à ses paroles.
- Gabriel ? Tu m'écoutes ?
- Non, désolé, dis-je avec franchise. Tu peux répéter ?
- Je te demandais quelles photos tu voulais mettre avec ton article, j'en ai amené quelques unes, tu veux bien jeter un coup d'oeil ?
- Oublie les photos, soupirai-je.
- Pourquoi ?
- La maison d'édition de Sidorov a posé son véto. Ils trouvent que ça donne l'impression qu'il est homosexuel...
- Je l'ai lu, souffla-t-elle avant d'arborer une moue gênée.
- Ah oui ?
- Tu l'apprécies beaucoup, non ?
- Non, dis-je avec détachement.
- En tout cas, j'aurais dit le contraire en lisant ton article, soupira-t-elle en haussant les épaules.
- Ouais, c'est pour ça que ce n'est pas passé...
- Tu ne vas pas en écrire un autre ?
- Je devrais. Mais je ne peux pas. Je n'ai pas le matériel nécessaire, je ne sais rien de ce type.
- Retourne le voir.
- Non !
Je prononçai ce dernier mot d'une voix que je jugeai un peu trop forte et d'un ton que j'aurais voulu plus posé. Fanny sursauta mais sourit.
- A ce point ?
- Il est... Insuportable.
- Ok.
- Non, je te jure, il est...
- J'ai dit d'accord, sourit-elle. Pas besoin de te justifier.
Elle m'adressa un dernier sourire et referma la porte derrière elle. L'article sur Andreï aurait pu être un splendide tremplin, mais il allait me précipiter vers la porte si l'inspiration ne me revenait pas sous peu. Je ne pouvais pas refuser capricieusement d'écrire et Patrick serait évidemment dans son droit s'il décidait de se séparer de moi. Je repensai une dernière fois à l'écrivain. La situation dans laquelle je me trouvais était entièrement de sa faute, s'il n'avait pas été si lunatique, je n'aurais pas passé les précieuses heures qui m'auraient été utiles à retravailler mon article à penser à lui et à toutes les différentes façons de lui tordre le cou. Ma vie était un gigantesque chaos depuis quelques jours, et cela, je le lui devais, uniquement à lui.
"Andreï Sidorov est un auteur romantique dont la plume et le style ont su gagner le coeur de nombreuses lectrices tant françaises qu'..."
"Lorsqu'Andreï Sidorov émigre en France, il n'imagine pas une seule seconde l'impact qu'aura son style et son personnage sur la nouvelle littérature française..."
"Il n'est pas éxagéré de prétendre qu'Andreï Sidorov est une personnalité à part de la littérature, ce personnage hautement médiatique diffère de ses pairs de par l'intérêt que lui portent non seulement le public, mais également la presse..."
Je jetai un énième brouillon en direction de la poubelle. De petites boulettes de papier blanc jonchaient le sol, cadavres échoués, victimes de cette lacune d'imagination qui ne me quittait plus. Je n'avais même pas besoin d'imagination, en réalité, je manquais tout simplement de matière, mais ma seule source était à présent tarie.
Je me baissai pour ramasser ce que ma rage avait éparpillé par terre et je remis avec fureur les crayons dans cette affreuse tasse que Daphné avait "costumisée", selon ses propres termes.
- Je te dérange ?
- Non, non. Ca va, répondis-je, tentant de ne pas montrer à Fanny l'état d'énervement dans lequel je me trouvais.
Elle était encore affublée de ses deux couettes qui lui donnaient un air d'écolière malgré sa vingtaine bien tassée. Elle commença à me parler, mais j'étais hypnotisé par les mouvements chaotiques de pantins désarticulés de ses boucles d'oreille et je ne prêtai pas attention à ses paroles.
- Gabriel ? Tu m'écoutes ?
- Non, désolé, dis-je avec franchise. Tu peux répéter ?
- Je te demandais quelles photos tu voulais mettre avec ton article, j'en ai amené quelques unes, tu veux bien jeter un coup d'oeil ?
- Oublie les photos, soupirai-je.
- Pourquoi ?
- La maison d'édition de Sidorov a posé son véto. Ils trouvent que ça donne l'impression qu'il est homosexuel...
- Je l'ai lu, souffla-t-elle avant d'arborer une moue gênée.
- Ah oui ?
- Tu l'apprécies beaucoup, non ?
- Non, dis-je avec détachement.
- En tout cas, j'aurais dit le contraire en lisant ton article, soupira-t-elle en haussant les épaules.
- Ouais, c'est pour ça que ce n'est pas passé...
- Tu ne vas pas en écrire un autre ?
- Je devrais. Mais je ne peux pas. Je n'ai pas le matériel nécessaire, je ne sais rien de ce type.
- Retourne le voir.
- Non !
Je prononçai ce dernier mot d'une voix que je jugeai un peu trop forte et d'un ton que j'aurais voulu plus posé. Fanny sursauta mais sourit.
- A ce point ?
- Il est... Insuportable.
- Ok.
- Non, je te jure, il est...
- J'ai dit d'accord, sourit-elle. Pas besoin de te justifier.
Elle m'adressa un dernier sourire et referma la porte derrière elle. L'article sur Andreï aurait pu être un splendide tremplin, mais il allait me précipiter vers la porte si l'inspiration ne me revenait pas sous peu. Je ne pouvais pas refuser capricieusement d'écrire et Patrick serait évidemment dans son droit s'il décidait de se séparer de moi. Je repensai une dernière fois à l'écrivain. La situation dans laquelle je me trouvais était entièrement de sa faute, s'il n'avait pas été si lunatique, je n'aurais pas passé les précieuses heures qui m'auraient été utiles à retravailler mon article à penser à lui et à toutes les différentes façons de lui tordre le cou. Ma vie était un gigantesque chaos depuis quelques jours, et cela, je le lui devais, uniquement à lui.
"Andreï Sidorov est un auteur romantique dont la plume et le style ont su gagner le coeur de nombreuses lectrices tant françaises qu'..."
"Lorsqu'Andreï Sidorov émigre en France, il n'imagine pas une seule seconde l'impact qu'aura son style et son personnage sur la nouvelle littérature française..."
"Il n'est pas éxagéré de prétendre qu'Andreï Sidorov est une personnalité à part de la littérature, ce personnage hautement médiatique diffère de ses pairs de par l'intérêt que lui portent non seulement le public, mais également la presse..."
Je jetai un énième brouillon en direction de la poubelle. De petites boulettes de papier blanc jonchaient le sol, cadavres échoués, victimes de cette lacune d'imagination qui ne me quittait plus. Je n'avais même pas besoin d'imagination, en réalité, je manquais tout simplement de matière, mais ma seule source était à présent tarie.
deleteme
jeu 04 déc 2008 06:39