Lorsque j'arrivai au journal
le lendemain, Fanny me jeta un regard glacé qui,
curieusement, ne m'atteignit pas. Je me contentai de
détourner les yeux pour entrer dans mon bureau. Les
photographies que j'avais choisi la veille m'attendaient sur la
table ainsi qu'un post-it recouvert d'une écriture rageuse,
je le jetai sans le lire, les quelques mots qui m'avaient
sauté aux yeux n'étaient aucunement encourageants.
Patrick avait déposé mon article à
côté des quelques images qui devaient l'illustrer, il
était maculé de rouge, mais l'appréciation
générale était plutôt bonne et j'allai
mettre en marche la cafetière avant de m'asseoir dans mon
fauteuil grinçant pour reprendre une à une les
erreurs soulignées par les balafres rougeatres.
Vers midi, je levai les yeux du document que je n'avais corrigé que partiellement pour enfiler mon manteau et descendre chercher un simulacre de repas. Mais mon regard fut immédiatement attiré par une silhouette élégante qui faisait face à Patrick et dont je ne pouvais voir le visage. Mais ce manteau noir et cette écharpe gris perle me serrèrent le ventre et lorsque d'un mouvement de la main, Andreï ramena une de ses mêches folâtres derrière son oreille, je ne pus plus hésiter.
Un sentiment paradoxal s'empara de moi, je ne pouvais m'empêcher de savourer la délicatesse de son profil que j'apercevais à présent, mais la rage me gagnait doucement, mêlant fureur et désir, l'un se nourrissant de l'autre.
Patrick avait pris son air emprunté des grands jours et il s'en fallait de peu qu'il ne fasse une courbette. Cette attitude m'agaça au plus haut point, me renvoyant au visage la place importante qu'occupait Andreï dans la société littéraire, alors que je n'étais qu'un simple gratte-papier condamné à l'anonymat par sa faute. Je serrai les points en passant à leur hauteur et je ne pus surprendre qu'une phrase que mon rédacteur en chef prononçait sur un ton d'infinie déférence et soumission :
- Mais tout sera fait selon vos désirs, Monsieur Sidorov.
Lorsqu'Andreï me dépassa d'un pas vif, je sentis la nuance discrète de son eau de toilette m'enivrer soudainement. Je n'avais qu'une envie, l'attraper par les épaules pour lui demander pourquoi. Pourquoi cela l'amusait-il de saboter un travail auquel il avait participé à sa façon. Je m'arrêtai pour le regarder marcher, de sa démarche sûre et droite, chacun de ses pas imprimait un léger mouvement dans ses cheveux chatains. Il appuya sur le bouton de l'ascenceur et sortit un étui à cigarettes en argent qui cliqueta contre son briquet en métal. Il l'avait réparé. Alors que l'ascenseur se refermait sur lui, il leva les yeux vers moi, souleva son sourcil gauche et un sourire profondément ironique s'imprima sur ses traits fins.
Je me retournai pour courir après Patrick et crier :
- Qu'est-ce qu'il est venu foutre ici ?
- Tu veux bien arrêter de hurler, il y a des gens qui bossent ici !
- Excuse-moi, repris-je en baissant la voix, alors, qu'est-ce qu'il fait là ?
- Il m'a demandé de publier l'article, dit-il solennellement.
- Quoi ? Après l'avoir interdit ?
Je ne comprenais plus rien à ce qu'il voulait.
- Il ne l'a pas interdit, c'est ce qu'il m'a expliqué. Sa maison d'édition, oui, mais il prend la responsabilité des conséquences.
- Il... Accepte ?
- Il est même venu me dire qu'il était prêt à écrire un billet d'introduction.
- Un billet d'introduction ?
- Ouais.
- Je... Reviens.
Je courus dans le couloir et appuyai sur le bouton de l'ascenseur qui s'obstina à rester immobilisé au cinquième étage. Je pris alors les escaliers et arrivai essouflé dans le hall d'entrée. Après une brève course, j'étais dehors et je regardai à droite, à gauche, sans apercevoir la silhouette qui m'était à présent familière.
- Tu cherches quelqu'un ?
Il était là, juste à ma droite, un peu en retrait sous le porche, négligemment appuyé contre le mur, un genou ramené sous lui, en appui sur un rebord. Ses deux mains étaient fourrées dans ses poches et son écharpe lui couvrait le menton. Une cigarette blanche se consumait entre ses lèvres. Il sortit finalement une main gantée de son manteau pour saisir le baton incandescent entre son index et son majeur.
- Je t'attendais, dit-il, rompant le silence.
- Tu aurais pu attendre pour rien.
- Tu es tellement prévisible, sourit-il.
- Et pourquoi tu m'as attendu ?
- Parce que je suis persuadé que tu vas te confondre en remerciements, dit-il en haussant le sourcil gauche.
- Pourquoi est-ce que je ferais ça ?
- Parce que je vais te donner un aller simple pour quitter l'incognito.
Il sortit une enveloppe de sa poche et me la tendit. Je l'ouvris pour y trouver un feuillet couvert d'une écriture fine et serrée, un édito.
- Tu ne doutes de rien, dis-je.
- Je devrais ?
- Je te trouve un peu trop sûr de toi.
- Je peux aussi reprendre cette enveloppe, dit-il, agacé.
- Tu ne trouves pas ça prétentieux de ta part de penser que ton nom va m'ouvrir toutes les portes ?
- Non.
Je soupirai, parce qu'évidemment, il avait raison, son nom pouvait m'ouvrir toutes les portes, mais je ne supportais pas de me l'entendre dire par le principal intéressé.
- Pourquoi est-ce que tu fais ça ? Tu te compromets.
- Non, tu es le seul à passer pour un homosexuel dans cet article. Ta fascination pour moi est si... Amusante.
J'eus soudainement envie de déchirer l'article en question, celui que j'avais cherché à défendre à corps et à cris. Il jeta sa cigarette dans le caniveau et quitta le mur sur lequel il était en appui pour se rapprocher de moi et saisir ma machoire entre son pouce et son index. Il déposa un baiser d'une sensualité incroyable sur mes lèvres et dit d'une voix neutre :
- A bientôt, Gabriel.
Vers midi, je levai les yeux du document que je n'avais corrigé que partiellement pour enfiler mon manteau et descendre chercher un simulacre de repas. Mais mon regard fut immédiatement attiré par une silhouette élégante qui faisait face à Patrick et dont je ne pouvais voir le visage. Mais ce manteau noir et cette écharpe gris perle me serrèrent le ventre et lorsque d'un mouvement de la main, Andreï ramena une de ses mêches folâtres derrière son oreille, je ne pus plus hésiter.
Un sentiment paradoxal s'empara de moi, je ne pouvais m'empêcher de savourer la délicatesse de son profil que j'apercevais à présent, mais la rage me gagnait doucement, mêlant fureur et désir, l'un se nourrissant de l'autre.
Patrick avait pris son air emprunté des grands jours et il s'en fallait de peu qu'il ne fasse une courbette. Cette attitude m'agaça au plus haut point, me renvoyant au visage la place importante qu'occupait Andreï dans la société littéraire, alors que je n'étais qu'un simple gratte-papier condamné à l'anonymat par sa faute. Je serrai les points en passant à leur hauteur et je ne pus surprendre qu'une phrase que mon rédacteur en chef prononçait sur un ton d'infinie déférence et soumission :
- Mais tout sera fait selon vos désirs, Monsieur Sidorov.
Lorsqu'Andreï me dépassa d'un pas vif, je sentis la nuance discrète de son eau de toilette m'enivrer soudainement. Je n'avais qu'une envie, l'attraper par les épaules pour lui demander pourquoi. Pourquoi cela l'amusait-il de saboter un travail auquel il avait participé à sa façon. Je m'arrêtai pour le regarder marcher, de sa démarche sûre et droite, chacun de ses pas imprimait un léger mouvement dans ses cheveux chatains. Il appuya sur le bouton de l'ascenceur et sortit un étui à cigarettes en argent qui cliqueta contre son briquet en métal. Il l'avait réparé. Alors que l'ascenseur se refermait sur lui, il leva les yeux vers moi, souleva son sourcil gauche et un sourire profondément ironique s'imprima sur ses traits fins.
Je me retournai pour courir après Patrick et crier :
- Qu'est-ce qu'il est venu foutre ici ?
- Tu veux bien arrêter de hurler, il y a des gens qui bossent ici !
- Excuse-moi, repris-je en baissant la voix, alors, qu'est-ce qu'il fait là ?
- Il m'a demandé de publier l'article, dit-il solennellement.
- Quoi ? Après l'avoir interdit ?
Je ne comprenais plus rien à ce qu'il voulait.
- Il ne l'a pas interdit, c'est ce qu'il m'a expliqué. Sa maison d'édition, oui, mais il prend la responsabilité des conséquences.
- Il... Accepte ?
- Il est même venu me dire qu'il était prêt à écrire un billet d'introduction.
- Un billet d'introduction ?
- Ouais.
- Je... Reviens.
Je courus dans le couloir et appuyai sur le bouton de l'ascenseur qui s'obstina à rester immobilisé au cinquième étage. Je pris alors les escaliers et arrivai essouflé dans le hall d'entrée. Après une brève course, j'étais dehors et je regardai à droite, à gauche, sans apercevoir la silhouette qui m'était à présent familière.
- Tu cherches quelqu'un ?
Il était là, juste à ma droite, un peu en retrait sous le porche, négligemment appuyé contre le mur, un genou ramené sous lui, en appui sur un rebord. Ses deux mains étaient fourrées dans ses poches et son écharpe lui couvrait le menton. Une cigarette blanche se consumait entre ses lèvres. Il sortit finalement une main gantée de son manteau pour saisir le baton incandescent entre son index et son majeur.
- Je t'attendais, dit-il, rompant le silence.
- Tu aurais pu attendre pour rien.
- Tu es tellement prévisible, sourit-il.
- Et pourquoi tu m'as attendu ?
- Parce que je suis persuadé que tu vas te confondre en remerciements, dit-il en haussant le sourcil gauche.
- Pourquoi est-ce que je ferais ça ?
- Parce que je vais te donner un aller simple pour quitter l'incognito.
Il sortit une enveloppe de sa poche et me la tendit. Je l'ouvris pour y trouver un feuillet couvert d'une écriture fine et serrée, un édito.
- Tu ne doutes de rien, dis-je.
- Je devrais ?
- Je te trouve un peu trop sûr de toi.
- Je peux aussi reprendre cette enveloppe, dit-il, agacé.
- Tu ne trouves pas ça prétentieux de ta part de penser que ton nom va m'ouvrir toutes les portes ?
- Non.
Je soupirai, parce qu'évidemment, il avait raison, son nom pouvait m'ouvrir toutes les portes, mais je ne supportais pas de me l'entendre dire par le principal intéressé.
- Pourquoi est-ce que tu fais ça ? Tu te compromets.
- Non, tu es le seul à passer pour un homosexuel dans cet article. Ta fascination pour moi est si... Amusante.
J'eus soudainement envie de déchirer l'article en question, celui que j'avais cherché à défendre à corps et à cris. Il jeta sa cigarette dans le caniveau et quitta le mur sur lequel il était en appui pour se rapprocher de moi et saisir ma machoire entre son pouce et son index. Il déposa un baiser d'une sensualité incroyable sur mes lèvres et dit d'une voix neutre :
- A bientôt, Gabriel.


layla
ven 01 aoû 2008 17:45