Pour ceux à qui la transition semble un peu brutale, je l'avoue, je suis un boulet, j'ai oublié un chapitre ^^
Je le rajoute ici.
Je me réveillai le lendemain et me retournai pour
constater qu'Andreï dormait sur le coussin à mes
côtés. Son visage semblait angélique lorsqu'il
dormait, ses cheveux formaient une magnifique auréole et
cette expression ironique et méprisante que je haïssais
avait disparu de ses traits délicats. Il était
extraordinairement beau. Je ne cessai de le regarder dormir et il
aurait pu se passer des années sans que je ne m'en lasse. Il
ouvrit soudainement les yeux et murmura :
- Bonjour.
- Bonjour.
- Quelle heure est-il ?
- Je ne sais pas, répondis-je,
dégageant mon poignet des draps pour regarder ma montre.
Merde ! Il est onze heures et demi ! Je devrais être au
boulot depuis plus de deux heures !
Il se leva à moitié et passa la main dans ses
cheveux, ce qui n'eut pour effet que de les ébouriffer
encore plus. Il sembla réfléchir quelques instants
avant de lâcher :
- Habille-toi, je t'emmène.
- Non, ça ira, je vais me
débrouiller, je vais prendre le métro.
- Tu y seras plus vite en voiture, alors
habille-toi et arrête de tergiverser, tu perds du
temps.
- D'accord.
Dix minutes plus tard, j'étais plus ou moins
prêt et je montai dans la spacieuse berline d'Andreï qui
conduisit à une vitesse effarante à travers Paris et
me déposa devant mon bureau. Je ne doutai pas que le
hurlement des freins et le brusque dérapage n'aient
alertés l'équipe de la rédaction et je pouvais
sentir leurs regards sur moi lorsque j'ouvris la porte du
côté passager.
- Merci, murmurai-je, espérant qu'il leur
était impossible de voir qui conduisait l'automobile.
- Je t'en prie.
- A bientôt.
- Peut-être, dit-il en enfonçant
l'accélérateur, il repartit dans un crissement de
pneus, me laissant seul sur le trottoir à me demander si
tout cela n'était qu'un rêve.
Lorsque je sortis de l'ascenseur, je vis Maxence discuter
avec un collègue, ces derniers ne cessaient de m'adresser
des regards furtifs. Je pris le parti de ne pas leur prêter
attention et entrai dans mon bureau, espérant que Patrick
n'aurait pas noté mon absence. Quelqu'un frappa à la
porte et entra sans attendre ma réponse.
- Alors, tu as un chauffeur personnel,
commença Fanny.
- J'ai demandé à un copain de
m'emmener, j'étais en retard, inventai-je.
- Ton copain, il a des plaques d'immatriculation
russes ?
Je jetai un regard désespéré à
Fanny.
- Qui à part toi a remarqué
ça ?
- Je n'ai rien remarqué du tout, c'est
Antoine.
- Merde. Merde !
- Ne t'inquiète pas, ça ne sortira
pas de la rédaction, je te l'ai déjà dit, mais
si tu ne veux pas que ça se sache, essaie d'être plus
prudent, à l'avenir.
Je repensai à l'air angoissé d'Andreï
lorsqu'il m'avait dit : "Il en serait différemment si la
rumeur en question se voyait entérinée".
- Oui, merci, dis-je distraitement.
- Hé, Gabriel ?
- Oui ?
- Tu sais que tu peux compter sur moi, hein
?
- Oui, bien sûr, merci.
Elle me sourit une dernière fois et quitta le bureau.
Des plaques d'immatriculation russes ? Toutes les biographies
d'Andreï que j'avais feuilletées mentionnaient son
enfance en Russie, mais également le fait qu'il ait
coupé tout contact avec sa terre maternelle, alors pourquoi
une plaque russe sur une voiture neuve ? Cependant, ce
détail n'était pas réellement ce qui
m'occupait le plus, je cherchai désespérément
un moyen d'éviter que la rumeur ne se propage pour
être finalement vérifiée par certaines
personnes qui n'entendaient pas garder le secret de notre
relation.
Je commençai à ouvrir mon courrier pour y
trouver une lettre datée de la veille et non
oblitérée, vraisemblablement déposée
directement dans la boîte aux lettres du journal.
"... Vivement impressionés par votre maîtrise dans le
dossier paru aujourd'hui, 7 .Décembre, dans le mensuel
Littera..."
".. Immense honneur... Accepter de rejoindre notre équipe de
chroniqueurs ..."
Je dus relire trois fois la lettre et le nom du quotidien
qui se proposait de m'embaucher pour me convaincre de la
réalité de la situation. Je notai rapidement la date
à laquelle le rédacteur en chef se proposait de me
rencontrer et me remis à travailler sur des articles qui me
semblaient à présent dérisoires.
A dix-neuf heures, je rangeai mes dossiers dans ma serviette
et pris mon manteau. Je croisai Patrick dans les couloirs, il posa
une main sur mon épaule.
- Je vais m'arranger pour que les gens se
taisent, dit-il avec paternalisme.
Je m'en voulais presque de prévoir de passer à
la concurrence, Patrick avait toujours fait preuve envers moi d'une
grande générosité et d'une certaine
bonté, comme c'était à présent le
cas.
- Merci.
Je pris la direction de l'ascenseur sans me retourner, mais
je pouvais tout de même sentir les regards sur ma nuque. La
nouvelle avait fait le tour de l'étage et je vis Antoine
chuchoter quelques mots à l'oreille d'un de ses
collègues, me désignant d'un geste du menton. Je ne
savais ce qui les occupait le plus, le fait qu'ils me croient
homosexuel, ou l'idée que je puisse avoir une relation avec
Sidorov. Je me sentis rougir de honte.
Avant de réinvestir
l'appartement de ma soeur, je pris la décision d'aller voir
Andreï pour lui dire que son aide précieuse m'avait
permis d'être contacté par un journal dont je n'aurais
jamais imaginé franchir les portes. Je savais pertinemment
que j'avais toutes les chances d'être mal reçu, mais
je désirais tout de même tenter ma chance, dans
l'espoir d'un nouveau tête à tête sensuel.
Sans me préoccuper outre mesure de l'oeil mauvais de
la gardienne, je montai les étages et sonnai à la
porte qui m'évoquait à présent nombre de
délicieux souvenirs. Andreï ouvrit, il était
torse nu et en levant les yeux jusqu'à son visage, je pus y
voir un regard que j'aurais préféré
oublier.
- Je te dérange ?
- Oui.
- Andreï ?
La voix féminine jaillissait de la chambre. Elle
roulait ses "r" avec classe.
- J'ai un visiteur, tu veux bien attendre
quelques secondes ?
La poignée de la porte de la chambre tourna et une
femme en sortit. Elle était superbe, ses cheveux blonds
descendaient en cascade sur une épaule
dénudée. Son visage fin et volontaire était
mis en valeur par deux yeux d'un bleu profond et une bouche rouge
carmin. Elle portait un kimono en soie noire qui dévoilait
ses cuisses fines, mais elle ne suscitait en moi aucun
désir, rien de plus qu'une haine farouche.
Je restai interdit, elle avança vers nous dans une
démarche alanguie et prit Andreï par la taille.
- Kallista, tu veux bien nous laisser ?
- Bien sûr, miaula-t-elle avec une mauvaise
volonté évidente avant de s'enfuir par la porte de la
chambre.
Andreï se tourna vers moi, l'air agacé.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Je... Rien, plus rien.
- Quoi ? Tu vas me faire une crise de jalousie
?
- Non, évidemment, non, je...
Bien sûr que je rêvais de lui faire une
scène mais cela avait-il un sens ? Il ne m'avait jamais
juré fidélité, ne m'avait jamais rien
promis.
- C'est juste que je pensais que toi et
moi...
- Il semble tu t'es trompé...
- Alors toi et moi, c'est... Fini ?
- Mais ça n'a jamais commencé
!
- Tu ne peux pas ignorer qu'on avait une liaison,
m'exclamai-je, soudainement furieux, en rage contre lui, mais
également honteux d'avoir commis une erreur si
grossière.
- Mais de quelle liaison tu parles ? Ce n'est pas
parce que tu as passé quelques bons moments ici que tu
deviens mon amant attitré. Ce ne sont que des plaisirs
partagés par deux adultes consentants, rien de plus. Si tu
n'acceptes pas les règles du jeu, je ne t'oblige pas
à remettre les pieds ici.
- Andreï, appela la dénommée
Kallista d'une voix plaintive.
- J'arrive, cria-t-il, maintenant, si tu veux
bien m'excuser, j'ai à faire.
Il ferma la porte sans m'avoir laissé le temps de
répondre. Je balançai un coup de pied rageur dans le
panneau de bois qui ne trembla avant de redescendre les escaliers
en trébuchant sous le regard acéré de la
concierge.



layla
ven 01 aoû 2008 16:02