Chapitre XLIV.  posté le mercredi 19 décembre 2007 23:20

  Tout était de ma faute, je n'avais pas eu besoin de l'aide d'Andreï pour le comprendre. J'avais saboté la seule chose à laquelle il devait vraiment tenir : sa carrière. Le choix entre elle et moi n'était pas difficile et il avait pris la décision que n'importe qui aurait pris à sa place, il m'avait laissé derrière lui, se souciant peu de ce que je pourrais ressentir. Pourtant, c'était tellement compréhensible, j'avais porté un coup à son image si violent qu'elle ne s'en relèverait peut-être pas, j'étais seul responsable d'une débâcle dont les conséquences m'avaient anéanti.
  J'aurais voulu tout réparer, tout arranger, même si je ne pouvais m'empêcher de me dire que cet article n'était pas la seule cause de notre rupture. Le temps passant, cela m'apparut, l'évidence même que, trop aveuglé par mes sentiments, j'avais refusé de voir : Andreï s'était lassé. Il n'était pas homme à se ranger, à accepter de n'avoir qu'un seul partenaire. Comment avais-je pu imaginer le changer ? Je m'en voulus terriblement. Je n'avais pas eu la prudence de tenter de me préserver, comme je l'avais toujours fait dans mes autres relations, et c'était à présent le plus amer de mes regrets. Je l'avais laissé me posséder, me guider, et je me retrouvai seul, sans maître pour m'indiquer la voie, encore plus perdu qu'avant.
  Cependant, je ne pouvais me départir d'un sentiment de fureur. J'avais accepté toutes les concessions pour être auprès d'Andreï. J'avais effectué un immense travail sur moi-même pour accepter que je n'étais peut-être pas uniquement hétérosexuel, pour repousser le sentiment de gêne et de honte qui me taraudait pour vivre pleinement une relation avec mon amant. Son geste était purement égoïste, il avait préféré sa carrière à moi, comme si le fait de m'abandonner pouvait changer quoique ce soit, le mal était fait, et irréparable. Soudain, je me demandai pourquoi Andreï tenait tant à une carrière qu'il n'aimait pas, refusant obstinément le bonheur que j'aurais pu lui procurer.
  J'étais en rage contre moi-même. Furieux d'avoir accepté tout de lui pour en arriver finalement là, à une issue si prévisible qu'une simple remise en question aurait suffit à m'ouvrir les yeux, mais trop buté, trop amoureux peut-être, j'avais nié l'évidence, j'avais imaginé un monde idyllique ou lui et moi aurions pu vivre heureux. Il avait terriblement raison, j'étais pathétique, rien de plus.
  Les jours se succédaient, toujours les mêmes. Je ne trouvais plus aucun goût à ce que je faisais, à l'existence que je menais, une existence si fade, si dénuée de sens depuis qu'il m'avait demandé de sortir de sa vie, depuis qu'il avait disparu. J'avais appris la nouvelle lorsque son éditeur m'avait téléphoné pour me demander si je savais où il était allé. Il avait disparu, purement et simplement, sans laisser d'adresse. Il avait fui. Non, je ne pouvais considérer cela comme une fuite, Andreï n'était pas homme à fuir. Mais avais-je réellement une idée de qui était l'écrivain ? Il n'avait fait qu'un passage fugace dans ma vie et mes sentiments, en manque de réciprocité, m'avaient laissé confondre rêve et réalité pour me ramener à la dure vérité, il était impossible de prétendre connaître quelqu'un, et en particulier mon ancien amant, alors que cette personne a passé si peu de temps à vos côtés.
  Je ne le reverrais plus, je pourrais alors retourner à la vie tranquille que j'avais quitté. Non, je ne voulais plus de cette vie, de cette routine. Je voulais Andreï, je voulais entendre sa voix, même dans ses tons les plus ironiques, je voulais voir son visage, son corps, je voulais sentir sa peau contre la mienne, je voulais le laisser me posséder.
  Un dimanche matin, la fureur prit le pas sur ma détresse et je me rendis à pied jusqu'à l'appartement de Fanny, espérant qu'une marche dans le froid hivernal du mois de janvier parviendrait à calmer mes nerfs, en vain.
  Lorsqu'elle ouvrit la porte, ses yeux encore lourds de sommeil s'écarquillèrent. Ma colère annihila ma raison et j'envoyai brutalement la dos de ma main frapper sa joue dans une gifle sonore. Elle baissa les yeux.
-    Tu as tout gâché !
  Sentant les larmes me monter aux yeux, je continuai à hurler :
-    Tu as tout foutu en l'air ! Est-ce que tu te rends compte des conséquences de ce que tu as fait ? Est-ce que ça t'a effleuré l'esprit une seule seconde ?
-    Et toi ? Est-ce que tu te rends compte des conséquences de ce que tu as fait ? demanda-t-elle d'une voix douce.
-    Tu n'avais pas à faire ça ! Il a disparu, par ta faute !
-    Tu ne peux t'en prendre qu'à toi même, continua-t-elle sur le même ton innocent. Tu me parles de conséquences, mais rend-toi compte que tout cela n'est qu'une conséquence de ton comportement. C'est uniquement de ta faute.
-    Pourquoi t'en prendre à lui ? Tu savais que cet article lui ferait bien plus de tort qu'à moi ! Pourquoi lui ? Il ne t'a rien fait ! Il n'a rien à voir avec cette histoire !
-    Il suffit de voir ta réaction pour comprendre que je t'ai, au contraire, fait bien plus de mal qu'à lui.
-    Mais tu ne pouvais pas envoyer quelqu'un pour me tabasser, hein ? Plutôt que de t'en prendre à lui comme tu l'as fait ! Il ne mérite pas ce qui lui arrive, tu le sais !
-    J'ai fait comme toi...
-    Je n'aurais jamais fait une chose pareille, l'interrompis-je.
-    J'ai fait comme toi, j'ai saisi une opportunité, continua-t-elle sans tenir compte de ma remarque. Tu crois que j'ai envie de travailler à Littera pour le restant de mes jours ? J'ai fait d'une pierre, deux coups.
-    Qui a pris ces photos ?
-    C'est moi.
-    Tu n'es qu'une...
-    Mais dis-le, ne te gêne pas ! C'est tellement plus facile de reprocher aux autres ses propres erreurs !
  Je me retournai pour m'enfuir par la porte des escaliers de secours. Fanny avait évidemment eu tort de tout dévoiler, mais la faute reposait sur mes épaules et cette rapide entrevue que j'espérais salvatrice ne fit que renforcer mon sentiment de culpabilité.

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Tous les commentaires de l'article:
Chapitre XLIV.

  • Kanae

    lun 24 aoû 2009 16:19

    Enfin salope, j'pense que tout le monde aurait fait quelque chose de similaire, sa réaction est tout a fait honorable T^T

  • elle sid

    dim 23 déc 2007 13:07

    ohlala... niff !!! :'(

  • Yue

    sam 22 déc 2007 13:02

    Mais quelle salope!!! tous simplement poar jalousie!!! Le monde n'évoluera t-il jamais?

  • caroline

    ven 21 déc 2007 19:10

    Ouf' oui elle a tout a fait raison sur ce plan là...

  • Mahea

    jeu 20 déc 2007 12:07

    Ah ben dis donc, c'est une sacré salope cette fille... Et Andreï, pourquoi il a fuit... =(
    Bouhhhh , snif


 

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