Lorsque ma soeur me proposa
de l'accompagner à une soirée donnée par une
de ses ex-camarades de fac', je ralai, tempetai, pour finalement y
être emmené de force, ayant fait promettre à
Eva qu'elle cesserait de geindre à tout jamais si
j'acceptais.
J'avais même fini par me dire que je devais sortir de chez moi, qu'il était nécessaire de m'ouvrir à nouveau sur l'extérieur, dans le but de procéder à une éventuelle reconstruction dont je ne voyais pas la fin. Il me semblait impensable d'imaginer qu'un jour, tout pourrait redevenir comme avant, comme si rien ne s'était passé, comme si mon amour pouvait être étouffé.
Un mois semblait être un deuil raisonnablement long pour Eva, c'est pourquoi elle me présenta à une de ses amies avec un clin d'oeil complice qui me convainquit du caractère peu spontané de la rencontre. La jeune femme était plutôt jolie, semblait avenante mais quelque chose n'allait pas. Cependant, je ne le laissai pas paraître, espérant que ce sentiment ne serait que passager et que, la soirée se prolongeant et l'alcool aidant, je parviendrais, au moins, à le faire taire.
- Et vous faites quoi dans la vie ?
- Je suis secrétaire médicale, répondit-elle.
- Et vous ?
- Je suis journaliste.
- Ah, vous travaillez où ?
- Au Soir.
- Ah oui, quand même !
- Oui, c'est... Sympa.
- J'imagine.
Une fois passé le stade des banalités, je me rendis compte que mon interlocutrice se trouvait être une femme d'esprit et plutôt intéressante. Ainsi, pendant près de deux heures, nous échangeâmes nos points de vue politiques, avant de passer à des sujets plus personnels. Mon sentiment de malaise se noyait peu à peu dans le plaisir d'avoir une discussion constructive, le première depuis mon long mois teinté de desespoir, mais également dans les vapeurs de l'alcool. Je me surpris alors à trouver ma collègue de beuverie très séduisante.
- Ca va aller, vous n'avez pas l'air bien ? m'inquiétai-je.
- Ca va, ça va. C'est juste que toute cette fumée de cigarette, avec mon asthme, ça ne fait pas bon ménage.
- Vous voulez qu'on sorte sur la terrasse ?
- Si ça ne vous dérange pas...
- Non, du tout.
Nous pûmes alors profiter du seul avantage de ces appartements construits dans d'hideuses tours gigantesques : la vue. Les lumières de Paris s'étendaient à perte de vue, formant un tapis brillant qui s'étendait face à nous. Est-ce qu'il est là ? Est-ce qu'il se trouvait encore à Paris ? Est-ce que l'un de ces points lumineux correspondait à la fenêtre de son bureau ? Je chassai ces questions de mon esprit, les refoulant sans les oublier, malgré tous mes efforts.
- Ce n'était pas très discret, hein ? dit-elle après un long silence.
- Quoi donc ?
- Avec Eva, ce soir.
- Ah oui. Oui, non, en effet, c'était plutôt étiquetté rendez-vous arrangé.
- Je suis désolée, elle a insisté.
- Je connais ma soeur, je sais qu'elle adore ce genre de choses.
- Oui.
- Mais finalement, je passe une bonne soirée.
- Moi aussi, dit-elle avec gêne.
Je tournai la tête pour lui sourire, mais elle ne le remarqua pas, trop occupée à regarder le sol. Tout à coup, elle leva la tête et approcha dangereusement ses lèvres des miennes, je l'imitai. Mais alors qu'elle entr'ouvrait la bouche, je fis un pas en arrière.
- Je... Je ne peux pas, je suis désolé.
- Ce... Ce n'est pas... Grave.
- Je suis navré, je sors d'une rupture difficile.
- Je sais.
- Eva vous en a parlé ?
- Je l'ai lu.
- Ah. Vous lisez ce genre de... Presse, dis-je avec mépris.
- Quand j'ai lu votre nom, j'ai fait le rapprochement avec Eva, et quand elle m'a dit que vous vous appeliez Gabriel je me demandais vraiment si c'était vous... Puis quand je vous ai vu, il n'y avait plus de doute possible.
- Ah.
- Mais, vous voulez qu'on s'en aille pour aller boire un pot ?
- Non, merci, je vais rentrer.
- D'accord, je comprends. Bonne soirée !
- Bonne soirée, au plaisir de vous revoir !
Je ne la revis jamais et au lieu de rentrer, j'errais pendant des heures dans les rues de Paris. La pluie qui avait détrempé tout le mois de Décembre se faisait plus discrète, lentement remplacée par le froid piquant de Janvier. Cependant, la glace qui s'insinuait perfidement dans mon manteau était la dernière de mes préoccupations. Mes pieds me portaient dans le rues désertes, ignorant la neige qui se déposait en une fine pellicule grisâtre sur le trottoir souillé, marchant au hasard le long d'un chemin dont j'ignorais encore le but. Suis la route de briques jaunes.
Je frappai avec rage dans une brique de jus de fruits abandonnée sur le trottoir. De quel droit Andreï se permettait-il d'interférer dans ma vie ? Comment pouvais-je encore refuser le corps d'une jolie femme par respect pour lui ? Il avait été si infect que le seul comportement décent à adopter était de... De l'aimer toujours plus. De l'aimer parce que j'avais aperçu durant un instant dans ses yeux, un jour, un éclair d'humanité, un éclair de tendresse, un sentiment.
J'avais même fini par me dire que je devais sortir de chez moi, qu'il était nécessaire de m'ouvrir à nouveau sur l'extérieur, dans le but de procéder à une éventuelle reconstruction dont je ne voyais pas la fin. Il me semblait impensable d'imaginer qu'un jour, tout pourrait redevenir comme avant, comme si rien ne s'était passé, comme si mon amour pouvait être étouffé.
Un mois semblait être un deuil raisonnablement long pour Eva, c'est pourquoi elle me présenta à une de ses amies avec un clin d'oeil complice qui me convainquit du caractère peu spontané de la rencontre. La jeune femme était plutôt jolie, semblait avenante mais quelque chose n'allait pas. Cependant, je ne le laissai pas paraître, espérant que ce sentiment ne serait que passager et que, la soirée se prolongeant et l'alcool aidant, je parviendrais, au moins, à le faire taire.
- Et vous faites quoi dans la vie ?
- Je suis secrétaire médicale, répondit-elle.
- Et vous ?
- Je suis journaliste.
- Ah, vous travaillez où ?
- Au Soir.
- Ah oui, quand même !
- Oui, c'est... Sympa.
- J'imagine.
Une fois passé le stade des banalités, je me rendis compte que mon interlocutrice se trouvait être une femme d'esprit et plutôt intéressante. Ainsi, pendant près de deux heures, nous échangeâmes nos points de vue politiques, avant de passer à des sujets plus personnels. Mon sentiment de malaise se noyait peu à peu dans le plaisir d'avoir une discussion constructive, le première depuis mon long mois teinté de desespoir, mais également dans les vapeurs de l'alcool. Je me surpris alors à trouver ma collègue de beuverie très séduisante.
- Ca va aller, vous n'avez pas l'air bien ? m'inquiétai-je.
- Ca va, ça va. C'est juste que toute cette fumée de cigarette, avec mon asthme, ça ne fait pas bon ménage.
- Vous voulez qu'on sorte sur la terrasse ?
- Si ça ne vous dérange pas...
- Non, du tout.
Nous pûmes alors profiter du seul avantage de ces appartements construits dans d'hideuses tours gigantesques : la vue. Les lumières de Paris s'étendaient à perte de vue, formant un tapis brillant qui s'étendait face à nous. Est-ce qu'il est là ? Est-ce qu'il se trouvait encore à Paris ? Est-ce que l'un de ces points lumineux correspondait à la fenêtre de son bureau ? Je chassai ces questions de mon esprit, les refoulant sans les oublier, malgré tous mes efforts.
- Ce n'était pas très discret, hein ? dit-elle après un long silence.
- Quoi donc ?
- Avec Eva, ce soir.
- Ah oui. Oui, non, en effet, c'était plutôt étiquetté rendez-vous arrangé.
- Je suis désolée, elle a insisté.
- Je connais ma soeur, je sais qu'elle adore ce genre de choses.
- Oui.
- Mais finalement, je passe une bonne soirée.
- Moi aussi, dit-elle avec gêne.
Je tournai la tête pour lui sourire, mais elle ne le remarqua pas, trop occupée à regarder le sol. Tout à coup, elle leva la tête et approcha dangereusement ses lèvres des miennes, je l'imitai. Mais alors qu'elle entr'ouvrait la bouche, je fis un pas en arrière.
- Je... Je ne peux pas, je suis désolé.
- Ce... Ce n'est pas... Grave.
- Je suis navré, je sors d'une rupture difficile.
- Je sais.
- Eva vous en a parlé ?
- Je l'ai lu.
- Ah. Vous lisez ce genre de... Presse, dis-je avec mépris.
- Quand j'ai lu votre nom, j'ai fait le rapprochement avec Eva, et quand elle m'a dit que vous vous appeliez Gabriel je me demandais vraiment si c'était vous... Puis quand je vous ai vu, il n'y avait plus de doute possible.
- Ah.
- Mais, vous voulez qu'on s'en aille pour aller boire un pot ?
- Non, merci, je vais rentrer.
- D'accord, je comprends. Bonne soirée !
- Bonne soirée, au plaisir de vous revoir !
Je ne la revis jamais et au lieu de rentrer, j'errais pendant des heures dans les rues de Paris. La pluie qui avait détrempé tout le mois de Décembre se faisait plus discrète, lentement remplacée par le froid piquant de Janvier. Cependant, la glace qui s'insinuait perfidement dans mon manteau était la dernière de mes préoccupations. Mes pieds me portaient dans le rues désertes, ignorant la neige qui se déposait en une fine pellicule grisâtre sur le trottoir souillé, marchant au hasard le long d'un chemin dont j'ignorais encore le but. Suis la route de briques jaunes.
Je frappai avec rage dans une brique de jus de fruits abandonnée sur le trottoir. De quel droit Andreï se permettait-il d'interférer dans ma vie ? Comment pouvais-je encore refuser le corps d'une jolie femme par respect pour lui ? Il avait été si infect que le seul comportement décent à adopter était de... De l'aimer toujours plus. De l'aimer parce que j'avais aperçu durant un instant dans ses yeux, un jour, un éclair d'humanité, un éclair de tendresse, un sentiment.



Kanae
lun 24 aoû 2009 16:25