Chapitre XLVII.  posté le dimanche 23 décembre 2007 02:25

-    Je crois que je l'ai revu.
-    Qui donc ?
-    Lui.
  Même après des années, ma soeur ne parvenait toujours pas à prononcer le nom de notre père, encore trop douloureusement marquée par tout le mal qu'il avait causé.
-    Tu es sûre ?
-    Je crois que c'était lui... En plus maigre, plus abimé...
-    Il est était où ?
-    Devant ma fac'.
-    Il t'attendait ?
-    Il n'est pas venu me voir, dit-elle alors qu'elle commençait à trembler.
-    C'est impossible, Maman nous aurait prévenu s'il était sorti de prison.
-    Non, elle aurait décidé de ne pas nous inquiéter, murmura Eva en secouant la tête de droite à gauche.
-    Il faut prévenir la police, dis-je en me levant tandis qu'elle posait sa main sur mon bras.
-    C'est inutile. Il leur a fallu dix ans pour l'arrêter alors que Maman le leur avait déjà dit avant, qu'est-ce que tu crois qu'il vont faire ? Ils vont nous dire qu'il a le droit de se balader où il veut.
-    Tu as prévenu Maman ?
-    Non.
-    A propos de Maman, je n'ai pas de nouvelles depuis au moins deux semaines, elle va bien ?
-    Oui, oui, elle va bien.
-    Tant mieux, ça m'inquiétait un peu, mais je me suis dit qu'elle était peut-être encore partie à un de ses safaris avec... Euh... Lisa, c'est ça ?
-    Non, non, elle est à Paris, dit ma soeur avec gêne.
-    Tu sais pourquoi elle ne répond pas à mes appels ?
-    Euh... Elle est allée chez le coiffeur il y a deux semaines.
-    Ca n'explique pas tout.
-    Et elle a lu les journaux, enfin, les trucs people. Et elle a appris pour...
-    Ah. D'accord.
-    On fait quoi ? dit Eva en changeant de sujet.
-    A propos de quoi ?
-    De lui.
-    On attend de voir s'il se manifeste à nouveau. Et on demande à Maman si elle était au courant qu'il était sorti de prison.
-    Je vais le faire, dit précipitamment ma soeur.
-    Oui, ça vaut mieux. Je vais rentrer chez moi, merci pour la pizza.
-    Tu ne va plus avoir de métro, tu ne veux pas rester dormir ici ?
-    Non, je vais rentrer à pied, merci quand même.
  En claquant la porte de son immeuble, je fus immédiatement assailli par le froid de Février et je baissai la tête pour rentrer mon menton dans mon col et me protéger du vent, en vain, après dix minutes de marche, j'étais glacé jusqu'aux os.
  J'avais tenté de cacher mon inquiétude à ma soeur mais j'étais terrifié à l'idée de savoir que mon père pouvait se balader libre dans les rues de Paris. Il était mort alors que j'entrais dans ma quinzième année, du moins, c'est ce dont j'avais tenté de me persuader depuis cette époque. A mes yeux, il avait disparu de manière irrémédiable et sa soudaine réapparition ébranlait mes repères, déjà fragilisés par la disparition de mon ancien amant.
  Je ne me souvenais plus de l'époque à laquelle il avait commencé à frapper ma mère, j'étais trop jeune. Trop jeune, également, pour me rappeler à partir de quel moment les coups avaient commencés à pleuvoir sur moi, et sur Eva. En revanche, je me remémorais sans encombre ces nuits passées à errer de maisons en maisons, accueillis par des gens assez charitables pour ouvrir leur porte à une famille démolie et pour les accueillir un court instant. Amis, parents, foyers, j'avais vécu plus de temps chez des étrangers que dans le logement familial, entendant les lourds sanglots de notre mère qui nous déclarait "ce n'est rien, Maman est juste un peu triste" tandis que les larmes roulaient sur son visage tuméfié.
  La première fois où elle avait décidé d'en parler à la police fut la dernière. Elle fut traitée avec la dernière des malpolitesses et rentra chez elle dans la soirée pour se faire rouer de coups sous nos yeux par un mari hors de lui, excité par la trahison d'une femme insoumise. L'affaire ne passa même pas devant un tribunal et elle se perdit rapidement dans les méandres impénétrables de la justice.
  Elle ne quitta jamais mon père, certainement par dépendance, peut-être aussi parce qu'elle espérait qu'il changerait, qu'il redeviendrait l'homme qu'elle avait épousé, vaine attente. Je voulais croire qu'elle n'était pas partie en raison de sa dépendance économique, refusant d'imaginer que cela aurait pu être par pure dépendance affective, même si cela semblait être l'explication la plus plausible.
  Cette même dépendance affective qui ne me permettait pas de concentrer mes pensées sur un autre sujet qu'Andreï, qui faisait que chaque jour qui passait et qui m'éloignait de notre histoire aujourd'hui disparue, ne participait pas à l'apaisement de mon amour, au contraire. Comme ma mère, je ne pouvais me résoudre à partir.
  Elle n'était jamais vraiment partie, mais lorsqu'elle fut conduite aux urgences tellement brisée qu'il était impossible de nier ce qui venait d'arriver, alors là, et uniquement à ce moment-là, la police, qu'elle avait alertée dix ans plus tôt, s'intéressa à son cas.
  Ainsi, elle perdit l'usage de ses jambes pour se délivrer de son mari. Il fut arrêté et écroué pour être jugé et condamné quelques années plus tard à la peine maximale encourue pour ce type de violences, en raison de son passé de récidiviste. Mon père sortait alors complètement de ma vie pour ne jamais y entrer à nouveau, espérais-je à l'époque.
  Une fois le choc de la nouvelle de la réapparition de mon père passé, j'eus tout le loisir de méditer sur des paroles de ma soeur que j'avais occulté jusqu'à présent. Ma mère avait appris ma liaison avec Andreï. Cette hypothèse ne m'avait même pas traversé l'esprit, trop occupé que j'étais à imaginer les répercussions de la nouvelle sur la vie de mon amant. Ma mère avait appris la relation qui nous avait unis et refusait de répondre à mes appels, comme si les difficultés qui se posaient face à moi n'étaient pas déjà assez ardues à surmonter. Je décidai de laisser de côté mes réflexions à ce sujet, si ma mère refusait de me parler pour une telle histoire, elle ne mettrait que peu de temps avant d'abandonner la lutte. Je la connaissais assez bien pour savoir que la volonté n'était pas sa qualité première.

Joyeux Noël à toutes ! 

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Tous les commentaires de l'article:
Chapitre XLVII.

  • Srevi

    sam 29 déc 2007 19:14

    Les femmes battues... Un sujet qui sera, malheureusement, toujours d'actualité.

  • Srevi

    sam 29 déc 2007 19:03

    La Justice pour les femmes battues... On se demande même s'il y en a réellement une !
    Beau chapitre !

  • caroline

    jeu 27 déc 2007 20:06

    Merci bcp à oi aussi joyeux noel et pleins de bonheur !

    Gros bisous

  • nana_chan

    jeu 27 déc 2007 15:12

    coucou la suite ?? sinon jfé koi moi mdr non quand tu as le temps penses la poster st^mdr alllé gro zouzou et m si je lé di JOYAUX NOEL !!!!!

  • Dadoune

    mar 25 déc 2007 22:35

    Vivement la suite!!!!

    Joyeux noel!!!

  • Melly

    mar 25 déc 2007 21:06

    Aïe aïe aïe il a pas eu une enfance heureuse :S
    Sinon super suite comme d'habitude =)

    Je te souhaite un joyeux noël, en espérant que le monsieur à la barbe blanche t'as bien gâté XD

  • May-lynn

    mar 25 déc 2007 20:40

    Bonsoir et joyeux noel !

    Je viens de découvrire ton histoire grace à Yue. Je la trouve vraiment bien, originale, et ce que j'admire le plus c'est la façon dont tu écris tout, surtout les sentiments de Gabriel.
    J'ai moi-même commencé un blog, et j'aimerais vraiment que tu me donnes ton avis, et conseils si tu en as.

    Sur ce, je te souhaite une bonne soirée, et une bonne continuation pour ce blog que je reviendrai voir souvent. :D

  • nana_chan mailto

    mar 25 déc 2007 09:22

    jespers que vous avez passer un JOYEUX NOEL

    meme si je les assez repété ta fic c super!!!!!!!

  • Yue

    lun 24 déc 2007 18:24

    JOYEUX NOEL!!! ^^ Bisoux Claire

  • anya

    lun 24 déc 2007 15:17

    juste un seul mot a dire: WAAAAA.
    je viens de lire toute ton histoire, elle est vraiment magnifique et super bien ecrite !!
    bon nowel a toi aussi !!!




 

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