Lorsque le
téléphone sonna un dimanche matin, j'ouvris un oeil
ensommeillé, puis deux, pestant contre l'importun qui
appelait à des heures pareilles au moment de mon jour de
repos. Je mis mon coussin sur ma tête mais il me fut
impossible d'ignorer les sonneries répétitives qui
déchiraient mes tympans.
Je me levai de mauvaise grâce et sortit de ma chambre en trébuchant pour décrocher le recepteur, le coller contre mon oreille et grogner un "allô" désagréable.
- Salut, c'est Samuel, dit mon ami avec une pointe d'inquiétude dans la voix, désolé de t'appeler si tôt, mais je me suis dit qu'il fallait que je te demande comment ça allait.
- Tu m'appelles à huit heures pour me demander comment je vais ? Tu ne serais pas un peu en train de te foutre de ma gueule ? éructai-je.
- Bah, je voulais savoir comment tu te sentais, rapport à Patrick.
Je ne me souvenais pas d'avoir parlé de ma brouille avec mon rédacteur en chef à Samuel. La seule personne à qui j'avais réellement exposé la situation et à qui j'avais avoué toute ma tristesse et mon ressentiment était Andreï.
- Ca s'arrangera certainement avec le temps, il va relativiser, moi aussi... Je crois que je vais aller le voir, d'ailleurs.
- Tu n'es pas au courant, alors ?
- On dirait que non, dis-je avec agacement, me demandant où mon interlocuteur voulait en venir.
- Il est décédé, hier.
- Quoi ?
- Il a eu une crise cardiaque, je pensais que tu le savais.
Non, je ne le savais pas et la nouvelle me fit l'effet d'un coup porté en pleine poitrine, faisant jaillir avec violence une culpabilité qui se répandit dans mes veines à la vitesse de l'éclair. Depuis déjà deux mois, j'envisageais la possibilité d'aller le trouver à Littera pour m'excuser, ou du moins pour tenter de m'expliquer. Je n'en aurais plus jamais l'occasion. Je sentis ma gorge se serrer et les larmes commencèrent à affluer aux coins de mes yeux.
- Gabriel ? Tu es toujours là ?
- Oui, oui, je...
- Je comprends, je suis désolé de te l'apprendre comme ça.
- Merci de me l'avoir dit...
- L'enterrement a lieu mardi.
- D'accord. Je vais te laisser... J'ai... J'ai plein de choses à faire.
- Est-ce que tu veux que je vienne ?
- Non, non, ça va aller, je te remercie.
- Tu es sûr ?
- Oui, ça va aller. A bientôt.
- A bientôt.
J'écrasai la touche pour raccrocher, me trompant deux fois, les yeux trop embués par les larmes pour voir nettement le téléphone. Je me laissai tomber dans mon canapé et neuf et mes larmes jaillirent dans un flot ininterrompu.
Triste ironie du sort, alors que mon vrai père réapparaissait dans ma vie, celui qui avait officié à son rôle le temps de quelques années me quittait. Patrick avait d'abord été un mentor, mais les attitudes paternelles qu'il avait pu avoir à mon égard lorsque je débutais dans le milieu et ma rapide intégration dans le cercle de ses proches l'avait rapidement fait passer de simple rédacteur en chef à père spirituel. Il m'avait tout appris, avait accepté de me prendre en tant que stagiaire pour finalement m'offrir une place, peu avantageuse certes, mais à laquelle je n'aurais pu prétendre sans son aide. Il m'avait montré les ficelles du métier, corrigé durement mais toujours justement. Je lui devais d'être ce que j'étais et lui n'était plus.
De violents sanglots me secouèrent tandis que la culpabilité étouffante se muait progressivement en une série de regrets qui ne pourraient plus jamais être effacés. Si seulement j'avais eu plus de temps pour m'excuser, lui dire que je regrettais d'avoir accepté mon nouveau poste sans en avoir discuté avec lui auparavant. Mais plus que tout, j'aurais voulu avoir la possibilité de le remercier pour tout ce qu'il avait fait pour moi.
Je restai prostré dans mon canapé durant toute l'heure qui suivit, alternant hoquets et sanglots. Je me levai finalement pour prendre à nouveau le téléphone et composer un numéro que je connaissais par coeur.
- Allô ?
- Hélène ?
- Non, c'est sa soeur, me répondit une voix féminine.
- Bonjour, je suis un ancien collègue de Patrick. Je désirerais connaître la date et le lieu de l'enterrement.
- La cérémonie à l'église est réservée aux parents mais, si vous le désirez, vous pouvez assister à la mise en terre, prononça la belle-soeur de Patrick d'une voix serrée. C'est mardi prochain à onze heures au cimetière du Nord.
- D'accord, je vous remercie. Je serai là. Je me permets de vous adresser toutes mes condoléances, si vous voulez bien faire passer le message à Hélène, c'est de la part de Gabriel.
- Je n'y manquerai pas.
- Merci.
Je raccrochai, ébranlé par la terrible réalité des événements, tous mes espoirs d'apprendre que tout cela n'était qu'un gigantesque qui-proquo venaient de s'envoler en fumée.
Une nouvelle crise de larmes me brisa et je me laissai mollement retomber sur la tenture rouge de mon nouveau canapé.
Je me levai de mauvaise grâce et sortit de ma chambre en trébuchant pour décrocher le recepteur, le coller contre mon oreille et grogner un "allô" désagréable.
- Salut, c'est Samuel, dit mon ami avec une pointe d'inquiétude dans la voix, désolé de t'appeler si tôt, mais je me suis dit qu'il fallait que je te demande comment ça allait.
- Tu m'appelles à huit heures pour me demander comment je vais ? Tu ne serais pas un peu en train de te foutre de ma gueule ? éructai-je.
- Bah, je voulais savoir comment tu te sentais, rapport à Patrick.
Je ne me souvenais pas d'avoir parlé de ma brouille avec mon rédacteur en chef à Samuel. La seule personne à qui j'avais réellement exposé la situation et à qui j'avais avoué toute ma tristesse et mon ressentiment était Andreï.
- Ca s'arrangera certainement avec le temps, il va relativiser, moi aussi... Je crois que je vais aller le voir, d'ailleurs.
- Tu n'es pas au courant, alors ?
- On dirait que non, dis-je avec agacement, me demandant où mon interlocuteur voulait en venir.
- Il est décédé, hier.
- Quoi ?
- Il a eu une crise cardiaque, je pensais que tu le savais.
Non, je ne le savais pas et la nouvelle me fit l'effet d'un coup porté en pleine poitrine, faisant jaillir avec violence une culpabilité qui se répandit dans mes veines à la vitesse de l'éclair. Depuis déjà deux mois, j'envisageais la possibilité d'aller le trouver à Littera pour m'excuser, ou du moins pour tenter de m'expliquer. Je n'en aurais plus jamais l'occasion. Je sentis ma gorge se serrer et les larmes commencèrent à affluer aux coins de mes yeux.
- Gabriel ? Tu es toujours là ?
- Oui, oui, je...
- Je comprends, je suis désolé de te l'apprendre comme ça.
- Merci de me l'avoir dit...
- L'enterrement a lieu mardi.
- D'accord. Je vais te laisser... J'ai... J'ai plein de choses à faire.
- Est-ce que tu veux que je vienne ?
- Non, non, ça va aller, je te remercie.
- Tu es sûr ?
- Oui, ça va aller. A bientôt.
- A bientôt.
J'écrasai la touche pour raccrocher, me trompant deux fois, les yeux trop embués par les larmes pour voir nettement le téléphone. Je me laissai tomber dans mon canapé et neuf et mes larmes jaillirent dans un flot ininterrompu.
Triste ironie du sort, alors que mon vrai père réapparaissait dans ma vie, celui qui avait officié à son rôle le temps de quelques années me quittait. Patrick avait d'abord été un mentor, mais les attitudes paternelles qu'il avait pu avoir à mon égard lorsque je débutais dans le milieu et ma rapide intégration dans le cercle de ses proches l'avait rapidement fait passer de simple rédacteur en chef à père spirituel. Il m'avait tout appris, avait accepté de me prendre en tant que stagiaire pour finalement m'offrir une place, peu avantageuse certes, mais à laquelle je n'aurais pu prétendre sans son aide. Il m'avait montré les ficelles du métier, corrigé durement mais toujours justement. Je lui devais d'être ce que j'étais et lui n'était plus.
De violents sanglots me secouèrent tandis que la culpabilité étouffante se muait progressivement en une série de regrets qui ne pourraient plus jamais être effacés. Si seulement j'avais eu plus de temps pour m'excuser, lui dire que je regrettais d'avoir accepté mon nouveau poste sans en avoir discuté avec lui auparavant. Mais plus que tout, j'aurais voulu avoir la possibilité de le remercier pour tout ce qu'il avait fait pour moi.
Je restai prostré dans mon canapé durant toute l'heure qui suivit, alternant hoquets et sanglots. Je me levai finalement pour prendre à nouveau le téléphone et composer un numéro que je connaissais par coeur.
- Allô ?
- Hélène ?
- Non, c'est sa soeur, me répondit une voix féminine.
- Bonjour, je suis un ancien collègue de Patrick. Je désirerais connaître la date et le lieu de l'enterrement.
- La cérémonie à l'église est réservée aux parents mais, si vous le désirez, vous pouvez assister à la mise en terre, prononça la belle-soeur de Patrick d'une voix serrée. C'est mardi prochain à onze heures au cimetière du Nord.
- D'accord, je vous remercie. Je serai là. Je me permets de vous adresser toutes mes condoléances, si vous voulez bien faire passer le message à Hélène, c'est de la part de Gabriel.
- Je n'y manquerai pas.
- Merci.
Je raccrochai, ébranlé par la terrible réalité des événements, tous mes espoirs d'apprendre que tout cela n'était qu'un gigantesque qui-proquo venaient de s'envoler en fumée.
Une nouvelle crise de larmes me brisa et je me laissai mollement retomber sur la tenture rouge de mon nouveau canapé.


sarah
sam 03 mai 2008 21:55