Excusez-moi pour le temps que j'ai mis à poster ces deux chapitres, je comptais le faire lundi mais j'ai passé la journée à préparer le réveillon et la nuit à le fêter dignement au point de me demander qui était ce Andreï qui m'avait l'air fort désagréable... Quant au mardi, je l'ai passé à grogner et à jurer qu'on ne m'y reprendrait plus ! Mea culpa !
J'espère que, quant à vous, vous avez passé un bon réveillon et je vous souhaite une bonne année !
Je vous remercie une enième fois de rester fidèle à cette histoire, mais je ne vous le dirais jamais assez.
Bises,
Claire.
Il semblait m'avoir
définitivement exclu de sa vie, presque même
oublié tandis que lui-même restait inoubliable.
J'avais espéré ne serait-ce qu'un signe discret, un
regard entendu, un petit quelque chose, mais il ne m'avait
opposé que mépris et dureté.
J'aurais voulu ressentir de la haine à son
égard, face à ce comportement insupportable dont il
était capable, mais l'homme amoureux qui sommeillait en moi
depuis quelques semaines se réveillait peu à peu,
annihilant ma fureur pour la remplacer par une détresse
profonde. Tous les efforts que j'avais déployés pour
le chasser de mes pensées se révélaient vains
et la seule vue de mon ancien amant suffisait à me faire
redécouvrir des sentiments que je croyais avoir enfouis avec
succès.
Après un dernier regard sur le cercueil brillant, je
reportais mes yeux rougis vers la grille métallique qu'avait
franchi l'écrivain quelques secondes plus tôt et
commençai à courir, faisant crisser le gravier sous
mes pas. Je ne me contrôlais plus, emporté par des
sentiments trop forts, guidé par un amour
inconsidéré. Je voulais le voir, m'approcher au plus
près de lui, le toucher même. Je fis irruption dans la
rue, essoufflé et je jetai un regard à gauche, puis
à droite. Il était là, adossé contre le
mur de pierre et me fixait tandis que l'amusement faisait un
passage furtif dans ses yeux glacés.
Alors que je m'approchai de lui, je pris conscience que la
seule réaction que j'étais en droit d'attendre
n'était que le rejet. J'avais mis en danger la seule chose
à laquelle il tenait : sa carrière. Serait-il
prêt à me pardonner ? A passer outre mes erreurs pour
m'adresser la parole de nouveau ?
- Tu n'as pas changé, commença-t-il
en tirant une bouffée de sa cigarette. Tu es toujours aussi
prévisible.
- Pourquoi est-ce que tu es venu ?
Il haussa un sourcil.
- Pourquoi est-ce que tu es venu à
l'enterrement de Patrick ? répétai-je. Vous ne
pouviez pas vous supporter.
- A ton avis ?
Je n'osai imaginer qu'il aurait pu revenir pour moi et, en
effet, ce n'était pas le cas. Une voix féminine
s'éleva derrière moi :
- Andreï ? On y va ?
- J'arrive, dit l'écrivain avec mauvaise
grâce. Attends moi dans la voiture.
- D'accord.
Je me retournai pour voir une femme brune prendre le chemin
de la berline noire d'Andreï.
- Elle a collaboré avec ton ancien
rédacteur en chef, elle a tenu à ce que je
l'accompagne, dit-il en haussant les épaules.
- Mais, elle et toi...
Il caressa ma joue du dos de sa main gantée et
murmura :
- Tu n'es que ce que tu montres, tâche de
ne pas l'oublier.
Sur ces mots, il quitta le mur de pierre contre lequel il
était adossé et rejoignit sa nouvelle compagne.
Tandis qu'il ouvrait la portière du côté
conducteur, il m'adressa un dernier regard avant de me lancer un
sourire en coin.
La voiture démarra dans un crissement de pneus et me
laissa seul dans la rue quasi-déserte qui faisait face au
cimétière. Je portai la main à la joue qu'il
avait effleurée et esquissai un sourire, il n'était
pas venu ici parce que son nouveau jouet le lui avait
demandé. Je le connaissais assez pour savoir qu'il ne
faisait aucun cas des attentes et des demandes de ses semblables,
la raison de sa présence était tout autre et je me
plus à imaginer que cela puisse avoir un rapport, même
infime, avec moi.


Cracotte
dim 13 jan 2008 19:11