Chapitre XXXVIII.  posté le jeudi 06 décembre 2007 23:21

  Le lendemain matin, je me réveillai, pensant découvrir l'oreiller voisin du mien déserté par son propriétaire, mais il était toujours là. La simple vision de lui en train de dormir suffit à faire apparaître un sourire sur mon visage et je m'approchai de lui, tout en veillant à ne pas le réveiller, pour déposer ma tête sur son bras étendu. Il tressaillit mais n'ouvrit pas les yeux, me laissant tout le loisir de détailler ses traits fins.
  Au terme d'un instant de béatitude infiniment trop court, ses cils battirent et s'ouvrirent sur la froideur de ses yeux. Cependant, je crus remarquer comme un changement dans sa façon de me regarder, il n'était plus si dur, si glacé. Quelques secondes plus tard, son indifférence naturelle lui était revenue et c'est avec une note soutenue de désir qu'il m'embrassa.
lien permanent

Chapitre XXXIX.  posté le jeudi 06 décembre 2007 23:27

  Le mois qui suivit fut marqué par l'agrandissement progressif de la place qu'Andreï acceptait de me laisser dans sa vie. J'avais accepté ces mystères qu'il laissait planer pour protéger une partie de son intimité qu'il n'entendait pas me dévoiler.
Le temps passant, il acceptait de me garder un soir par semain, puis deux, trois... Je désertai progressivement le logis exigu et à peine plus grand qu'un placard d'Eva pour le vaste appartement de mon amant. Nous pouvions passer nos nuits à discuter et je découvris en lui un confident attentif, prêt à écouter mes angoisses, mes petits bonheurs et mes peines sans pour autant se découvrir à son tour. Cependant, je ne doutais pas qu'en temps venu, il en viendrait lui aussi aux confidences.
  Plus les jours se succédaient plus l'envie de faire l'amour avec lui devenait présente, obsédante, mais sentant que mes dernières réticences subsistaient encore, Andreï se contentait de caresses, toujours plus fortes et pressantes, sans jamais dépasser la limite. Cette preuve du respect de ma volonté valait toutes les marques d'affection au monde, venant de l'homme si directif qu'était mon amant.
  L'ambiance à la rédaction était des plus tendues et le refus de Patrick de m'adresser la parole rendait la situation invivable. En effet, j'aurais largement préféré un affrontement direct et franc au mutisme indifférent qu'il m'opposait. Les regards mi-envieux, mi-furibonds de mes collègues n'étaient pas pour me détendre et je n'avais qu'une envie : voir mon mois de préavis arriver à sa fin.
  Lorsque ce fut fait, l'unique personne à me souhaiter une bonne continuation fut Fanny, mes autres collègues se gardant bien de m'adresser la parole.
  C'est donc sans regret que je quittai mon bureau minable pour un lieu de travail plus spacieux dans lequel je me sentais terriblement seul. Mais qu'importe. Malgré la distance qui s'était installée entre lui et moi, je ne pouvais repenser à Patrick sans goûter à cet horrible sentiments de déception et d'inachèvement. J'aurais voulu m'excuser auprès de lui, tout lui expliquer, le remercier pour tout ce qu'il avait fait pour moi. Il m'avait pris sous son aile dès ma sortie de l'université et c'était lui plus que quiconque qui m'avait appris comment faire mon travail. Il avait cru en moi et ma façon de le remercier était plus que douteuse.
  Cependant mes regrets étaient teintés de rancune, qu'aurait-il fait à ma place ? Aurait-il refusé une telle opportunité par sentimentalisme ? Andreï avait terriblement raison, je devais m'affranchir de cette barrière et cela ne pouvait m'être que bénéfique.
Et pourtant, il m'était tout aussi impossible de faire asbtraction des sentiments que j'éprouvais pour Andreï que d'étouffer ma culpabilité envers la figure paternelle qu'avait représenté Patrick.
  Je fermai mon livre, conscient qu'il m'était à présent impossible de me concentrer sur ma lecture. Je ressentis alors le besoin de parler à Andreï. J'allai donc frapper à la porte de son bureau qu'il avait, cette fois, laissée ouverte.
-    Andreï ?
  Il leva la tête et haussa un sourcil.
-    Qu'est-ce que tu fais là ?
-    J'ai juste envie de parler.
-    Je suis en train d'écrire.
-    Je sais. Mais je veux te parler.
-    Et je suis en train d'écrire, répéta-t-il d'une voix dans laquelle perçait une pointe d'agacement.
-    Tu dis que la vie est trop courte et qu'il faut tout faire dans l'instant où on en a envie.
-    Je fais tout quand j'en ai envie, mais ça n'engage que moi.
  Je soupirai, il leva les yeux au ciel et ferma l'écran de son ordinateur portable.
-    Alors, quoi ?
-    Est-ce que tu crois que je devrais m'excuser auprès de Patrick ?
-    Pas si tu n'en as pas envie.
-    Et si je n'en suis pas sûr ?
-    Attends de voir si tu te décides, dit-il en allumant une cigarette.
-    Je croyais que ce n'était pas ta philosophie d'attendre.
-    Non, mais c'est la tienne, tu es un attentiste, voilà tout. Alors j'essaie de me mettre à ta place, même si je ne préfère pas y rester trop longtemps, évidemment. Et j'en déduis qu'il faut attendre.
-    Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que tu sois insupportable ?
-    J'aime ça, dit-il dans un sourire en coin.
-    Et moi, non.
-    Dommage...
  Il se leva et vint se placer derrière moi, dégageant les cheveux qui s'étaient égarés sur ma nuque pour y déposer un baiser.
-    Je ne veux pas que ça finisse toujours comme ça ! Pourquoi est-ce que dès que je te fait une remarque désagréable tu éprouves le besoin de... Ca t'excite ou quoi ?
-    Possible.
-    Ah... fis-je, décontenancé.
-    Ca t'embête ?
  Oui, bien sûr, mais lorsque ses lèvres laissèrent place à sa langue, il me fut impossible de le lui dire. Sa main descendit progressivement le long de mon torse tandis que ses dents imprimaient de légers mordillements sur le lobe de mon oreille gauche. Avec délicatesse, ses doigts commencèrent à déboutonner ma chemise et, sentant l'excitation monter en moi, je l'y aidai de mon mieux avant de me retourner pour glisser ma langue dans sa bouche entr'ouverte. Ses mains errèrent le long de mes épaules, puis de mon dos. Pour la première fois, je pouvais ressentir de la tendresse dans nos rapports intimes, là où avais toujours été reines la violence et la brutalité. Doucement, il embrassa mon front, mon nez, ma bouche, mon cou, mes épaules. Fou de désir, je ne pus résister plus longtemps et tentai de plaquer sur sa bouche un baiser rageur mais il m'en empêcha et m'enlaça pour me tirer à sa suite dans la chambre sans cesser de faire jouer sa langue sur les aspérités de mon cou. Il termina alors de me déshabiller complètement pour m'allonger sur le lit, se plaçant à califourchon sur moi, vibrant d'excitation. Il commença à lêcher chaque parcelle de mon torse, sa langue parcourant les creux et bosses avec une lenteur calculée pour finalement arriver au symbole de ma virilité qui n'attendait que sa présence. Et sans vraiment m'en rendre compte, j'articulai des mots entrecoupés de soupirs :
-    Je... Veux... Plus... Que ça !
  Il releva la tête et posa sa main sur ma joue, son pouce caressant ma pommette.
-    Est-ce que tu en es sûr ?
-    Oui.
-    Gabriel, est-ce que tu en es certain ?
-    Oui, j'en suis certain, dis-je, ne parvenant toutefois pas à me défaire d'une angoisse terriblement présente.
-    D'accord, si tu...
-    Je t'arrêterai.
  Il caressa ma joue encore quelques instants et déposa un baiser sur mes lèvres avant d'ouvrir un tiroir de sa table de chevet pour en sortir un tube de crème bleuté. Après avoir lubrifié son sexe il déposa un dernier baiser sur mes lèvres avant de me faire comprendre avec délicatesse de me retourner sur le ventre. Je m'exécutai et le laissai continuer de me caresser tandis que je m'agenouillai pour laisser libre court à ses mains. D'une simple pression, il m'obligea à laisser retomber mes bras sur le lit pour me retrouver à quatre pattes, dos à lui.
  Avec une infinie douceur, il enserra ma taille de ses bras et embrassa mes épaules et mon dos avant de s'introduire en moi avec lenteur. Sa présence m'arracha un gémissement de douleur et mes mains chiffonnèrent les draps tandis que je me retenais pour empêcher un cri de sortir de ma bouche. Andreï se figea immédiatement, caressant mon dos, l'embrassant, le lêchant.
-    Ca... Ca va, articulai-je entre deux frissons de douleur.
  Il pénétra un peu plus en moi et je ne pus réfréner un cri que je tentai d'étouffer aussitôt mais qui n'avait pas échappé à mon amant qui s'immobilisa, continuant ses caresses. La douleur était insoutenable et en guise de respiration, je ne produisai qu'un souffle rauque, entrecoupé de gémissements de supplicié.
-    J'arrête, murmura Andreï d'une voix douce.
-    Non, ordonnai-je dans un cri.
  Il commença alors un imprimer un va-et-vient à son sexe ce qui n'eut pour effet que de provoquer de nouveaux frissons de souffrance. Mais progressivement, tandis qu'il se mouvait en moi, la brulure fut nuancée d'une note de plaisir, infime, faible, mais présente. Petit à petit, l'élancement douloureux laissa place à la volupté, sentiment amplement renforcé lorsque je me remémorais le visage et le corps sublimes de la personne qui me faisait l'amour. Ses mouvements se firent plus rapides et j'adoptai le rythme pour finalement prendre goût à l'intimité de son corps dans le mien, je compris alors que mes espoirs ne seraient pas déçus et que mon amant était l'homme avec lequel une relation, sexuelle ou non, prenait tout son sens, toute sa beauté. Nos deux corps bougeaient à l'unisson et nos gémissements se synchronisaient presque dans une ode à la sensualité, à la volupté et au plaisir.
  Alors que le rythme des coups de rein d'Andreï avaient gagné en rapidité depuis un certain temps, je l'entendis gémir et se figer et tandis qu'un long soupir franchissait le seuil de ses lèvres, je sentis l'extase s'emparer également de moi avec une force et une puissance tellement incroyable que je poussai un long cri rauque avant de retomber mollement sur le côté, l'entraînant avec moi dans ma chute.
  Essouflés, nous restâmes silencieux quelques minutes avant qu'il ne passe ses bras autour de ma taille, me rapprochant de lui jusqu'à ce que je sente mon dos frôle son torse. Il déposa un baiser sur ma nuque, releva les draps de soie grise sur nous et nous nous endormîmes ainsi, enlacés et épuisés.

 

C'est la première vraie scène de sexe que j'écris, ne soyez pas trop cruelles avec moi ^^

Merci pour vos commentaires, c'est toujours un plaisir ! 

lien permanent

Chapitre XXXX.  posté le dimanche 09 décembre 2007 20:59


  Le lendemain matin, je me réveillai, toujours délicieusement emprisonné dans les bras d'Andreï qui avait resserré son étreinte durant la nuit. Je pris garde à ne pas l'éveiller en effectuant un mouvement trop brusque, mais il ne dormait déjà plus et lorsqu'il me dit d'une voix tendre "bonjour", je me retournai pour l'embrasser.
-    Tu as bien dormi ? dit-il en passant une main dans ses cheveux.
-    J'ai un peu mal.
-    Je sais, chuchota-t-il en caressant ma joue. Je sais.
-    Je dois rentrer chez moi.
-    Tu ne vas certainement pas réussir à te lever. Tu as faim ?
-    Un peu.
-    Je vais te chercher quelque chose.
-    D'accord.
  Il revint quelques minutes plus tard avec une tasse de café et quelques gateaux secs.
-    C'est tout ce que j'ai.
-    C'est très bien, dis-je trempant mes lèvres dans le liquide brulant. Il faut vraiment que je rentre chez moi.
  Tout en parlant, je tentai de me redresser mais une douleur insoutenable m'en empêcha et je laissai échapper un cri de douleur.
-    Bon sang, il faut vraiment que je rentre, je n'ai plus rien à me mettre et je dois aller voir une expo cette après-midi.
-    Repose-toi encore un peu, je vais écrire.
-    Je dois vraiment rentrer.
-    Tu devrais laisser tes affaires ici.
-    J'en ai déjà quelques unes mais ça ne...
-    Non, je veux dire, laisser toutes tes affaires ici,  prononça mon amant dans un sourire, avant de refermer la porte sur lui.
  C'est avec une infinie précaution que je me dressai sur mon séant, non sans pousser quelques gémissements de souffrance. Mais la dernière phrase d'Andreï se devait d'être explicitée et après une courte marche déchirante, j'entrai dans son bureau.
-    Quoi ?
-    Comment ça, quoi ?
-    Qu'est-ce que tu voulais dire ?
-    Ca me paraît plutôt clair, je te propose d'habiter ici.
-    Avec toi ?
-    Evidemment. Je ne compte pas te laisser mon appartement.
-    Oui, évidemment. Mais tu es sérieux ? demandai-je, sans vraiment y croire.
-    Bien sûr que je suis sérieux.
-    Tu veux vraiment que j'habite ici, avec toi ?
-    Si tu continues, je pourrais bien changer d'avis.
-    Oui.
-    Oui ?
-    Oui, j'aimerais habiter ici.
-    Alors tout est pour le mieux. Tu devrais appeler ton travail pour leur dire que tu ne pourras pas aller à l'exposition cette après-midi.
-    Mais je vais y aller, dis-je, tentant vainement de retenir une grimace.
  Il se leva de son fauteuil et s'avança vers moi pour relever une mêche de cheveux qui retombait sur mes yeux et embrasser mon front.
-    Non, aujourd'hui, tu restes avec moi, murmura-t-il, esquissant un sourire en coin.
lien permanent

Chapitre XXXXI.  posté le dimanche 09 décembre 2007 21:02

-    C'est lui qui te l'a proposé ? Tu ne l'as pas supplié à genoux ? Tu n'as pas quémandé un peu d'affection ? Tu ne lui as pas fait pitié ? Tu n'as pas menacé de balancer son homosexualité aux journaux ? Il te l'a proposé ?
-    En quoi est-ce que c'est si étonnant ?
  Ma soeur réfléchit quelques secondes avant que son visage ne s'éclaire.
-    Tu as couché avec lui, hein ?
-    Non... Enfin, pourquoi... Je...
-    Oui, tu as couché avec lui. Remarque, un appartement avenue Foch, c'est quand même sympa comme cadeau de remerciement.
-    Il n'a pas fait ça parce que j'ai accepté de coucher avec lui !
-    Prend-le comme tu veux, moi, je vois ça comme ça.
-    Et tu n'y comprends rien, dis-je, réellement vexé.
  Etait-il possible qu'Andreï me propose de vivre chez lui parce que je lui avais offert mon corps ? Evidemment, dans la logique du personnage, tout était possible, mais vivre avec lui avait tout de même une signification, ce n'était pas comme s'il m'avait donné de l'argent, offert une voiture...
  L'idée d'Eva avait fait son chemin, et je n'étais plus réellement sûr des réelles intentions d'Andreï, voulait-il me garder à portée de main ? Avais-je fait une erreur en acceptant de le laisser me contrôler sexuellement ?
  Depuis la veille, je n'avais pas réellement eu l'occasion de réfléchir aux conséquences de mon acte. J'avais définitivement franchi la barrière de la curiosité et je sus que je ne pourrais jamais appeler cet écart "une erreur", non, parce que j'y avais pris du plaisir et, malgré la douleur toujours vive, la seule pensée de recommencer à nouveau suffisait à provoquer chez moi un sentiment d'excitation intense, malgré ma réticence toujours présente à m'imaginer faisant l'amour avec un homme.
  Cependant, comme cela avait toujours été le cas, le fait que l'homme ait été Andreï changeait la donne. Je ne pouvais voir mon amant comme un homme, mais comme une créature si tentante que la notion de barrière, morale ou physique, en perdait tout son sens. Ainsi, cette atteinte à ma virilité se noyait dans le bonheur de la volupté et du plaisir pour en devenir un objet de fantasme, et non de honte, malgré ce sentiment indéfini qui ne me quittait plus.
  Il m'était impossible de le déterminer, mais je pensais sentir, au plus profond de moi-même, que rien ne serait plus jamais comme avant, que j'avais franchi une frontière et pris un aller sans retour vers un avenir que je ne contrôlais déjà plus.
Le douceur des manières de mon amant lorsqu'il m'avait fait l'amour pour la première fois n'avait fait que renforcer les sentiments que j'éprouvais à son égard. Ainsi, l'homme dur et indifférent se nuançait peu à peu pour devenir plus délicat, plus humain. Dans ces conditions, il m'était impossible de ne pas penser à lui à chaque seconde. Alors même que je passais une agréable soirée avec Eva, il me tardait plus que tout d'aller retrouver la chaleur de ses draps, la douceur de son corps et l'humidité de ses lèvres.
J'étais à présent prêt à tout lui donner sans condition, alors inconscient que tout ce qu'il m'offrirait en retour ne serait que désespoir et souffrance.

lien permanent

Chapitre XLII.  posté le vendredi 14 décembre 2007 00:45



-    Pourquoi est-ce que tu écris ? lui demandai-je un jour.
-    Pour le plaisir, je suppose, répondit-il, étouffant un baillement.
-    Mais, je veux dire, tous ces romans d'amour... Alors que les sentiments ne sont pas tellement ta tasse de thé.
  Cette fois-ci, il réfléchit quelques instants avant de répondre et plaça une cigarette entre ses lèvres.
-    Tu veux bien me donner mon briquet ?
  Il aspira une ou deux bouffées de sa longue cigarette blanche, fronça les sourcils et se lança :
-    En réalité, je crois que je ne sais pas vraiment... Comme tu l'as dit, les sentiments, je trouve ça... Plus ou moins handicapant. C'est d'ailleurs ce que j'aime dans notre relation, le détachement total.
  A ces mots, mon coeur se serra. S'il était détaché, j'en étais encore loin et il me serait totalement impossible de revenir en arrière, de cesser de ressentir ces choses si fortes qui me liaient à lui.
-    Mais, l'être humain, c'est dans l'éducation qu'il a reçu, veut être aimé, et veut aimer en retour. Ainsi, je crois que mes personnages sont un exutoire, un moyen de leur faire vivre ce que l'Andreï qu'on a bien éduqué devrait vivre. Ainsi, moi, l'auteur, je suis libre, distancié de tout ça. J'ai ma dose de sentiments. Oui. C'est peut-être ça, ou autre chose. En fait, je n'en sais rien, je crois que lorsque j'écris, je ne contrôle plus ce que je fais, je me laisse guider.
-    Donc, tu as un côté fleur bleue. Qui dicte ce que tu écris, tes romans d'amour.
-    Quelle déduction brillante, ironisa-t-il. Je suis... Impressionné. Tu as trouvé ça tout seul ?
  La méchanceté de sa remarque me conforta dans l'idée que j'avais touché une corde sensible et je m'apprêtai à continuer dans cette voie, mais j'étais certainement aussi prévisible que mon amant se plaisait à le dire, et il m'arrêta immédiatement :
-    Je n'ai pas de côté fleur bleue, conclut-il d'un ton glacial.
-    Je suis sûr que si.
-    Non.
-    Si.
-    Je te dis que non, répéta-t-il, mi-amusé, mi-agacé alors qu'il se levait pour poser un doigt sur mes lèvres. Non.
-    Si.
  Comprenant que l'unique moyen de me faire taire était de m'embrasser, il s'exécuta, avec violence.
-    Tu vas te taire maintenant ? prononça-t-il tandis que sa main s'aventurait dans mon pantalon.
-    Non.
  Et il me fit l'amour, pour mettre fin à mes mots et les remplacer par de sonores gémissements.
  La porte du bureau d'Andreï qui avait été pour moi une pièce inabordable s'ouvrit peu à peu pour me laisser le loisir de m'assoir aux côtés de mon amant lorsqu'il écrivait. Sans quitter son écran des yeux, il me faisait comprendre par de brefs hochements de tête qu'il était disposé à m'écouter. Si ce n'était pas le cas, je me contentai de fermer la porte et de lire silencieusement dans le canapé, attendant qu'il sorte, parfois à des heures indues.
  Un soir, alors que ses mains parcouraient le clavier à une vitesse vertigineuse, je lui posai une question qui me brulait les lèvres :
-    Pourquoi est-ce que tu ne veux rien me dire de toi ?
  Le cliquètement des touches s'interrompit aussitôt et mon amant leva vers moi un regard agacé.
-    Parce que ça ne regarde que moi, lacha-t-il finalement avant de se remettre à écrire.
-    Mais je t'ai raconté tellement de choses...
-    Parce que tu aimes ça, pas moi.
-    Mais je ne sais rien de toi...
-    Et alors ?
-    Et alors, j'aimerais en savoir plus !
-    Pourquoi ?
-    Pour... Savoir.
  Il referma brutalement l'écran de son ordinateur portable, posa son coude sur la table et plaça son menton dans sa paume pour me lancer un regard franchement désagréable.
-    A quoi est-ce que cela t'avance ?
-    A rien. C'est juste de la curiosité. Je ne trouve pas ça déplacé.
-    Moi, si.
-    Mais tu connais tellement de choses sur moi, alors que...
-    Je ne t'ai rien demandé, tu t'es mis à nu tout seul, sans mon aide.
-    Je pensais que c'était ce qu'on faisait, dis-je, décontenancé, je pensais que c'était naturel, dans une relation, de se confier.
Il changea de position pour allumer une cigarette.
-    Qu'est-ce que tu veux savoir ? demanda-t-il enfin.
-    Je ne sais pas vraiment... Euh... Je me demandais, si...
-    Lance-toi, m'encouragea-t-il sarcastiquement, fais preuve d'un peu de volonté, pour une fois !
-    Est-ce que tu as de la famille ?
-    Comme tout le monde, je suppose.
-    Tu as encore des contacts avec eux ?
-    Plus ou moins.
-    Ils habitent toujours en Russie ?
-    Oui.
-    Et tes parents...
-    On s'arrête là, m'interrompit-il. Je vais me coucher.
-    Attends !
-    Je n'ai pas envie d'en parler.
-    Mais, juste une dernière question.
-    Je n'ai pas envie d'en parler, je n'en parlerai pas. Tu viens ?

Merci à Melly de m'avoir fait remarquer ma confusion sur les chiffres romains. Je corrigerai les autres chapitres quand j'aurai le temps ! 

lien permanent



 

Accueil | PC | PS3 | 360 | Wii | PS2 | DS | PSP | IPHONE | Web |
Jeux du moment : Bioshock 2 PC | Bioshock 2 PS3 | Call of Duty : Modern Warfare 2 360 | F1 2009 Wii | Assassin's Creed II : Discovery DS