Le mois qui suivit fut
marqué par l'agrandissement progressif de la place
qu'Andreï acceptait de me laisser dans sa vie. J'avais
accepté ces mystères qu'il laissait planer pour
protéger une partie de son intimité qu'il n'entendait
pas me dévoiler.
Le temps passant, il acceptait de me garder un soir par semain,
puis deux, trois... Je désertai progressivement le logis
exigu et à peine plus grand qu'un placard d'Eva pour le
vaste appartement de mon amant. Nous pouvions passer nos nuits
à discuter et je découvris en lui un confident
attentif, prêt à écouter mes angoisses, mes
petits bonheurs et mes peines sans pour autant se découvrir
à son tour. Cependant, je ne doutais pas qu'en temps venu,
il en viendrait lui aussi aux confidences.
Plus les jours se succédaient plus l'envie de faire
l'amour avec lui devenait présente, obsédante, mais
sentant que mes dernières réticences subsistaient
encore, Andreï se contentait de caresses, toujours plus fortes
et pressantes, sans jamais dépasser la limite. Cette preuve
du respect de ma volonté valait toutes les marques
d'affection au monde, venant de l'homme si directif qu'était
mon amant.
L'ambiance à la rédaction était des
plus tendues et le refus de Patrick de m'adresser la parole rendait
la situation invivable. En effet, j'aurais largement
préféré un affrontement direct et franc au
mutisme indifférent qu'il m'opposait. Les regards
mi-envieux, mi-furibonds de mes collègues n'étaient
pas pour me détendre et je n'avais qu'une envie : voir mon
mois de préavis arriver à sa fin.
Lorsque ce fut fait, l'unique personne à me souhaiter
une bonne continuation fut Fanny, mes autres collègues se
gardant bien de m'adresser la parole.
C'est donc sans regret que je quittai mon bureau minable
pour un lieu de travail plus spacieux dans lequel je me sentais
terriblement seul. Mais qu'importe. Malgré la distance qui
s'était installée entre lui et moi, je ne pouvais
repenser à Patrick sans goûter à cet horrible
sentiments de déception et d'inachèvement. J'aurais
voulu m'excuser auprès de lui, tout lui expliquer, le
remercier pour tout ce qu'il avait fait pour moi. Il m'avait pris
sous son aile dès ma sortie de l'université et
c'était lui plus que quiconque qui m'avait appris comment
faire mon travail. Il avait cru en moi et ma façon de le
remercier était plus que douteuse.
Cependant mes regrets étaient teintés de
rancune, qu'aurait-il fait à ma place ? Aurait-il
refusé une telle opportunité par sentimentalisme ?
Andreï avait terriblement raison, je devais m'affranchir de
cette barrière et cela ne pouvait m'être que
bénéfique.
Et pourtant, il m'était tout aussi impossible de faire
asbtraction des sentiments que j'éprouvais pour Andreï
que d'étouffer ma culpabilité envers la figure
paternelle qu'avait représenté Patrick.
Je fermai mon livre, conscient qu'il m'était à
présent impossible de me concentrer sur ma lecture. Je
ressentis alors le besoin de parler à Andreï. J'allai
donc frapper à la porte de son bureau qu'il avait, cette
fois, laissée ouverte.
- Andreï ?
Il leva la tête et haussa un sourcil.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- J'ai juste envie de parler.
- Je suis en train d'écrire.
- Je sais. Mais je veux te parler.
- Et je suis en train d'écrire,
répéta-t-il d'une voix dans laquelle perçait
une pointe d'agacement.
- Tu dis que la vie est trop courte et qu'il faut
tout faire dans l'instant où on en a envie.
- Je fais tout quand j'en ai envie, mais
ça n'engage que moi.
Je soupirai, il leva les yeux au ciel et ferma
l'écran de son ordinateur portable.
- Alors, quoi ?
- Est-ce que tu crois que je devrais m'excuser
auprès de Patrick ?
- Pas si tu n'en as pas envie.
- Et si je n'en suis pas sûr ?
- Attends de voir si tu te décides, dit-il
en allumant une cigarette.
- Je croyais que ce n'était pas ta
philosophie d'attendre.
- Non, mais c'est la tienne, tu es un attentiste,
voilà tout. Alors j'essaie de me mettre à ta place,
même si je ne préfère pas y rester trop
longtemps, évidemment. Et j'en déduis qu'il faut
attendre.
- Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que tu sois
insupportable ?
- J'aime ça, dit-il dans un sourire en
coin.
- Et moi, non.
- Dommage...
Il se leva et vint se placer derrière moi,
dégageant les cheveux qui s'étaient
égarés sur ma nuque pour y déposer un
baiser.
- Je ne veux pas que ça finisse toujours
comme ça ! Pourquoi est-ce que dès que je te fait une
remarque désagréable tu éprouves le besoin
de... Ca t'excite ou quoi ?
- Possible.
- Ah... fis-je, décontenancé.
- Ca t'embête ?
Oui, bien sûr, mais lorsque ses lèvres
laissèrent place à sa langue, il me fut impossible de
le lui dire. Sa main descendit progressivement le long de mon torse
tandis que ses dents imprimaient de légers mordillements sur
le lobe de mon oreille gauche. Avec délicatesse, ses doigts
commencèrent à déboutonner ma chemise et,
sentant l'excitation monter en moi, je l'y aidai de mon mieux avant
de me retourner pour glisser ma langue dans sa bouche entr'ouverte.
Ses mains errèrent le long de mes épaules, puis de
mon dos. Pour la première fois, je pouvais ressentir de la
tendresse dans nos rapports intimes, là où avais
toujours été reines la violence et la
brutalité. Doucement, il embrassa mon front, mon nez, ma
bouche, mon cou, mes épaules. Fou de désir, je ne pus
résister plus longtemps et tentai de plaquer sur sa bouche
un baiser rageur mais il m'en empêcha et m'enlaça pour
me tirer à sa suite dans la chambre sans cesser de faire
jouer sa langue sur les aspérités de mon cou. Il
termina alors de me déshabiller complètement pour
m'allonger sur le lit, se plaçant à califourchon sur
moi, vibrant d'excitation. Il commença à lêcher
chaque parcelle de mon torse, sa langue parcourant les creux et
bosses avec une lenteur calculée pour finalement arriver au
symbole de ma virilité qui n'attendait que sa
présence. Et sans vraiment m'en rendre compte, j'articulai
des mots entrecoupés de soupirs :
- Je... Veux... Plus... Que ça !
Il releva la tête et posa sa main sur ma joue, son
pouce caressant ma pommette.
- Est-ce que tu en es sûr ?
- Oui.
- Gabriel, est-ce que tu en es certain ?
- Oui, j'en suis certain, dis-je, ne parvenant
toutefois pas à me défaire d'une angoisse
terriblement présente.
- D'accord, si tu...
- Je t'arrêterai.
Il caressa ma joue encore quelques instants et déposa
un baiser sur mes lèvres avant d'ouvrir un tiroir de sa
table de chevet pour en sortir un tube de crème
bleuté. Après avoir lubrifié son sexe il
déposa un dernier baiser sur mes lèvres avant de me
faire comprendre avec délicatesse de me retourner sur le
ventre. Je m'exécutai et le laissai continuer de me caresser
tandis que je m'agenouillai pour laisser libre court à ses
mains. D'une simple pression, il m'obligea à laisser
retomber mes bras sur le lit pour me retrouver à quatre
pattes, dos à lui.
Avec une infinie douceur, il enserra ma taille de ses bras
et embrassa mes épaules et mon dos avant de s'introduire en
moi avec lenteur. Sa présence m'arracha un
gémissement de douleur et mes mains chiffonnèrent les
draps tandis que je me retenais pour empêcher un cri de
sortir de ma bouche. Andreï se figea immédiatement,
caressant mon dos, l'embrassant, le lêchant.
- Ca... Ca va, articulai-je entre deux frissons
de douleur.
Il pénétra un peu plus en moi et je ne pus
réfréner un cri que je tentai d'étouffer
aussitôt mais qui n'avait pas échappé à
mon amant qui s'immobilisa, continuant ses caresses. La douleur
était insoutenable et en guise de respiration, je ne
produisai qu'un souffle rauque, entrecoupé de
gémissements de supplicié.
- J'arrête, murmura Andreï d'une voix
douce.
- Non, ordonnai-je dans un cri.
Il commença alors un imprimer un va-et-vient à
son sexe ce qui n'eut pour effet que de provoquer de nouveaux
frissons de souffrance. Mais progressivement, tandis qu'il se
mouvait en moi, la brulure fut nuancée d'une note de
plaisir, infime, faible, mais présente. Petit à
petit, l'élancement douloureux laissa place à la
volupté, sentiment amplement renforcé lorsque je me
remémorais le visage et le corps sublimes de la personne qui
me faisait l'amour. Ses mouvements se firent plus rapides et
j'adoptai le rythme pour finalement prendre goût à
l'intimité de son corps dans le mien, je compris alors que
mes espoirs ne seraient pas déçus et que mon amant
était l'homme avec lequel une relation, sexuelle ou non,
prenait tout son sens, toute sa beauté. Nos deux corps
bougeaient à l'unisson et nos gémissements se
synchronisaient presque dans une ode à la sensualité,
à la volupté et au plaisir.
Alors que le rythme des coups de rein d'Andreï avaient
gagné en rapidité depuis un certain temps, je
l'entendis gémir et se figer et tandis qu'un long soupir
franchissait le seuil de ses lèvres, je sentis l'extase
s'emparer également de moi avec une force et une puissance
tellement incroyable que je poussai un long cri rauque avant de
retomber mollement sur le côté, l'entraînant
avec moi dans ma chute.
Essouflés, nous restâmes silencieux quelques
minutes avant qu'il ne passe ses bras autour de ma taille, me
rapprochant de lui jusqu'à ce que je sente mon dos
frôle son torse. Il déposa un baiser sur ma nuque,
releva les draps de soie grise sur nous et nous nous
endormîmes ainsi, enlacés et
épuisés.
C'est la première vraie scène de sexe que
j'écris, ne soyez pas trop cruelles avec moi ^^
Merci pour vos commentaires, c'est toujours un plaisir
!