C'est dans un état
de fièvre absolue que je frappai à la lourde porte,
angoissé, terrorisé, mais fier. Lorsque celle-ci
s'ouvrit sur mon ancien amant, je sentis soudainement mon ventre se
serrer, dans l'attente d'un regard que je savais
dévastateur, d'une moue de mépris. Mais la seule
expression qu'Andreï laissa échapper avant de reprendre
un visage impassible fut la surprise. Il haussa un sourcil avant de
prononcer d'une voix rauque :
- Gabriel ? Je pensais que tu attendrais sagement
que je décide si je voulais revenir te chercher.
- Je ne suis pas un chien, dis-je avec assurance,
me surprenant moi-même.
Il leva un sourcil et me lança un regard
pénétrant avant de s'écarter finalement et de
désigner le salon dans un geste ample.
- Je t'en prie, entre.
Il ne me rejetait pas, me proposait même d'entrer, me
laissant complètement décontenancé face
à un comportement que je n'avais pas envisagé. Mes
semaines de détresse avaient été le cadre de
nombreuses simulations de son retour. J'avais préparé
de longues tirades adressées à mon amant disparu mais
elles s'étaient brusquement évanouies, noyées
dans le malaise qui m'envahissait peu à peu.
Il se laissa tomber dans son fauteuil et attrapa son paquet
de cigarettes qui gisait sur la table basse, cala un batonnet blanc
entre ses lèvres et l'alluma avant de perdre son regard dans
la fumée qui s'élevait dans les airs. Je lui rappelai
ma présence dans un toussotement. Une personne un tant soit
peu respectueuse aurait demandé à son interlocuteur
si la fumée de cigarette le dérangeait, pas
Andreï. Il aurait pu me voir m'étrangler qu'il n'aurait
pas fait un geste pour écraser sa cigarette, il se serait
contenté de me fixer de son regard imperturbable. D'un
mouvement de la main, il exprima son incompréhension quant
à ma présence avant de prononcer :
- Je peux savoir ce que tu fais là ?
- Je ne sais pas, répondis-je avec
aplomb.
- Tu ne sais pas ?
- Non, pas la moindre idée.
- Je vois, dit-il alors que l'agacement
commençait progressivement à teinter sa voix.
- En fait, ça m'a paru la meilleure chose
à faire. Faire preuve d'un peu de volonté.
- Ah.
La gêne dont j'étais envahi était
presque palpable. J'aurais voulu qu'il se remette à crier,
comme la dernière fois, pour briser ce silence
insupportable. J'aurais voulu qu'il me mette dehors, pour avoir
quelque chose à quoi me cramponner, une base. J'aurais voulu
qu'une expression, même fugace, traverse son masque
impassible. En vain. Il semblait se complaire dans son mutisme
absolu, me laissant complètement démuni, sans point
de repère. Sans autre préambule, je lui posai alors
la question qui me brulait les lèvres :
- Où étais-tu ?
- Saint-Petersbourg, répondit-il tandis
qu'une expression de mécontement venait tordre sa bouche
dans un rictus.
- Tu es revenu depuis longtemps ?
- Qu'est-ce que tu fais là, Gabriel
?
Je ne répondis pas, j'en étais incapable.
- Je croyais que tout était clair, je
pensais que tu avais compris que je ne voulais plus jamais te
revoir, reprit-il. J'ai imaginé, sottement, que tu aurais
quelque chose de neuf à m'apporter. Mais je me rends compte
que tu es toujours le même et, avec la distance, je ne
comprends même pas pourquoi j'ai fait l'erreur de m'associer
à toi.
- Tu n'as pas changé non plus, tu es
toujours aussi imbuvable, hautain, prétentieux,
égoïste ! criai-je, en totale contradiction avec ce que
me hurlait mon coeur.
- Ca te dérange ? demanda-t-il sans
hausser la voix.
- Evidemment ! Tu es l'être le abject que
j'aie jamais rencontré !
Il se leva de son fauteuil en écrasant sa cigarette
dans le cendrier en verre pour se placer face à moi. Je ne
m'étais pas assis en arrivant et je le regrettais à
présent, il m'aurait peut-être alors été
possible d'échapper à cette terrible envie de coller
mes lèvres contre les siennes dans un mouvement rageur. Mais
alors qu'il posait sur moi son regard le plus sensuel, je compris
qu'il me serait impossible de résister, encore et toujours
soumis aux désirs de l'écrivain, comme par un
processus naturel qui lui permettait de prendre le pouvoir sur moi
tandis que je me laissais faire instinctivement.
- Je croyais que tu ne voulais plus rien avoir
à faire avec moi, balbutiai-je tandis que son visage
s'approchait dangereusement du mien.
- Oublie ça pour la prochaine demi-heure,
tu veux bien ?
- Pour qui est-ce que tu me prends ?
- Pour quelqu'un qui a envie de moi, et dont j'ai
envie, murmura-t-il en passant sa main le long de mon entre-jambe.
A quoi bon mettre en place de vaines barrières, nous sommes
deux adultes, non ?
- Je ne suis pas ta chose, gémis-je tandis
que sa langue effectuait de subtils aller-retour dans mon
cou.
- Non ?
- Non, tu ne peux pas disposer de moi quant tu en
as envie ! Tu ne peux pas me quitter pour revenir en pensant que
tout va...
Je m'étais interrompu, sentant la dernière de
mes appréhensions céder sous le flot du désir
qui m'envahissait. Andreï le perçut et je sentis un
soupir de contentement chatouiller mes épaules. Lorsque ses
lèvres entrèrent en contact avec les miennes, je
sentis mes sentiments me submerger, comme pour m'alerter du danger
que je courais en m'abandonnant totalement à lui, cependant,
ils furent rapidement étouffés dans le mouvement
ondulatoire de nos deux corps.
Sans relacher la pression de ses lèvres, Andreï
déboutonnait ma chemise avec rapidité pour finalement
l'ôter d'un geste. Ses mains caressèrent mon torse
tandis que je tentais maladroitement de le déshabiller
à mon tour. La boucle de ma ceinture n'était qu'un
obstacle dérisoire pour les mains exprimentées de mon
amant et en quelques secondes il réussit à plonger la
main dans mon boxer, m'arrachant un frisson.
Il m'avait manqué. Sa présence, son odeur, ses
lèvres, ses mains, son corps. Tout m'avait
manqué.
D'un geste brusque, il m'envoya voler contre le plan de
travail du salon. Dans un bruit de verre brisé, l'une des
étagères qui le surplombait s'effondra,
répandant des centaines de petits morceaux coupants sur le
sol. Il ne sembla pas y prêter attention et s'avança
vers moi pour me saisir par les hanches et m'assoir sur le plateau
du meuble en bois. Il vint se placer entre mes jambes et m'attira
contre lui pour déposer sur mes lèvres un baiser
violent. Je me relevai juste assez pour déboutonner son
pantalon et le laisser tomber sur ses chevilles. Il posa alors une
main sur mon torse, exerçant un pression puissante qui
m'obligea à m'allonger sur le plan de travail. Il saisit mon
bassin entre ses deux mains et prit possession de mon corps tandis
que j'étouffai un gémissement. La douleur
était moins vive que la première fois et tout
à fait supportable, rendue tellement futile lorsque je
regardais la personne qui était penchée au dessus de
moi. Alors, dans un souffle il prononça trois mots qui me
prouvèrent que l'intérêt qu'il avait un jour eu
pour moi n'avait pas disparu irrémédiablement :
- Ca va aller ?
- Je... Oui.
Il commença alors ce mouvement de va et vient qui
m'avait arraché des cris de douleurs trois mois plus
tôt mais qui, à présent, n'avait pour autre
effet que de me faire sourdement gémir. Peu à peu, le
rythme qu'il imprimait à son bassin
s'accéléra, faisant complètement
disparaître la douleur, au profit du plaisir. Lui-même
émettait de légers gémissements qu'il tentait
d'étouffer sans succès. Nous poursuivimes ce
mouvement répétitif durant quelques minutes
jusqu'à ce que je sente tous mes muscles se raidir,
paralysés par la montée d'un plaisir extatique qui
irrigua chaque partie de mon corps pour finalement
s'échapper entre mes lèvres dans une plainte sonore.
Quelques secondes plus tard, je pus voir la jouissance figer ses
traits dans une douce expression d'apaisement que je ne lui avais
encore jamais vu. Sa bouche s'ouvrit sur un gémissement
rauque avant qu'il ne s'effondre sur moi, exténué.
Dans un dernier effort, il prit appui sur ses coudes pour
déposer un baiser délicat sur mes lèvres
entr'ouvertes.
Je voulais juste vous signaler que j'avais commencé une nouvelle fiction, je ne suis pas sûre de la publier vu que ce n'est pas un sujet vraiment joyeux. Elle traite d'une histoire d'amour homosexuelle durant la Première Guerre Mondiale. Je voulais juste savoir si ce serait susceptible de vous intéresser ou si je la garde pour moi ;)
Voilà, encore merci à toutes !



nin-nin
sam 12 jan 2008 21:31