Chapitre LIV.  posté le mardi 15 janvier 2008 19:29

  Je le suivis jusque dans la cuisine, le ventre noué, tenaillé par la douleur de savoir que ces minutes étaient les dernières qu'il m'autoriserait à passer à ses côtés. Sachant qu'il me serait impossible d'oublier l'homme négligemment appuyé contre le comptoir qui me faisait face tandis que lui aurait tôt fait de trouver un autre amant. Torturé par le seul fait d'imaginer qu'un autre homme puisse vivre ce que lui m'avait fait ressentir, qu'un autre homme puisse prendre ma place. Je lançai un regard furtif au profil qui se découpait sur le cadre lumineux de la fenêtre, lui aussi semblait perdu dans ses pensées et une expression de profond mécontentement ombrageait ses traits fins. Je savais que lorsqu'Andreï prenait une décision, celle-ci était irrévocable, sans possibilité de retour en arrière, mais j'espérais pourtant que le fil de ses pensées l'amènerait à revenir sur ses positions. Au bruit de la tasse qui cognait contre le comptoir en métal, je levai les yeux. Il s'avança vers moi avec lenteur et planta son regard dans le mien, un regard dans lequel le mépris n'avait plus sa place, entièrement étouffé par l'expression soucieuse qui crispait son visage. Il posa sa paume sur ma joue avant de prononcer dans un sourire figé :
-    Non, c'est impossible. Et tu sais pertinemment pourquoi.
  J'attrapai son poignet avec violence pour ôter sa main de mon visage avant de crier avec rage :
-    Mais est-ce que tu pourrais arrêter de penser à toi quelques secondes ? Tu n'as aucun droit de faire ça ! Est-ce que tu as la moindre idée de tout ce que j'ai sacrifié pour toi ? J'ai accepté de passer outre ce qui me rebutait ! J'ai rompu avec la femme avec laquelle je comptais passer ma vie ! Ma mère refuse de me parler ! J'ai passé trois mois à déprimer seul dans mon coin pendant que tu te tapais une femme uniquement pour redorer ton blason ! Je suis incapable d'avoir de nouveau une relation ! J'ai tout accepté de toi, pour que finalement tu décides que tu n'avais plus rien à faire avec moi ! Pourquoi est-ce que tu m'as fait endurer tout ça ? Je ne t'avais rien demandé et tu as tout fait pour me mettre dans ton lit, en te foutant complètement de ce que je pouvais ressentir ! Oui, parce que je ne suis pas comme toi, je ressens des choses, j'ai des sentiments que l'on peut blesser ! Si tu n'étais pas si préoccupé par ta petite personne, tu t'en serais peut-être rendu compte ! Mais qu'est-ce que je raconte ? Même si tu t'en apercevais, cela ne changerait rien ! C'est quoi ton problème ? Pourquoi est-ce que tu te sens obligé de faire du mal aux gens ? Est-ce que tu as la moindre idée de ce qu'est une conséquence ? Je me suis attaché à toi, j'ai cru, comme un con, que tu pouvais avoir envie de faire un bout de chemin avec moi, j'ai cru être autre chose qu'une vulgaire marionette ! Je ne peux rien faire pour t'empêcher de me foutre dehors, mais je voudrais juste que tu comprennes que ça ne marche pas comme ça, que ce ne sont pas des façons de faire... Si tu n'avais voulu que d'une aventure d'une nuit, tu pouvais me le dire, plutôt que de me laisser espérer, plutôt que de me proposer d'habiter avec toi, plutôt que de me laisser avoir des sentiments pour toi ! Tu n'avais pas le droit de me faire ça, de me faire croire que j'avais peut-être une importance pour toi ! Pourquoi est-ce que tu as fait tout ça ? Tu savais que ton attitude me laisserait imaginer des choses, est-ce que c'est par pure méchanceté ? Je ne vois que ça... Je ne...
-    Parce que j'en avais envie, m'interrompit-il. Parce que je me suis demandé un instant si je ne voulais pas plus qu'une histoire d'une nuit, mais que j'ai compris que c'était impossible. Ce n'est pas de ta faute, tu as raison, tu n'as rien fait pour ça. Ce n'est juste pas le bon moment, le bon endroit, la bonne situation, voilà tout. Il est inutile de s'apesantir plus longtemps sur le sujet, il est clos : c'est impossible.
-    Et tes longues tirades sur le fait que tu te foutais des apparences, que tu te foutais de ce que les gens pouvaient penser de toi, qu'on ne peut pas vivre si on s'enferme dans l'image que les gens veulent voir de nous, sur la liberté ?
-    Ai-je une seule fois prétendu être libre ?
  Une ébauche de tristesse teintait sa voix. Pour la première fois, j'eus l'impression que quelque chose le touchait, profondément. Je me tus, surpris par ce ton inhabituel.
-    Ai-je une seule fois prétendu que j'étais libre ? répéta-t-il. Je ne le suis pas, je n'ai pas le choix. Penses-tu que je n'aurais pas envie, parfois, de faire ce dont j'ai envie sans me soucier de l'image que je risque de renvoyer ? Crois-tu réellement que cette femme avec qui tu avais sottement espéré passer le restant de tes jours...
-    Elle s'appelle Daphné !
-    Crois-tu qu'elle trouverait un tel intérêt dans ce que j'écris, reprit-il sans tenir compte de ma remarque, si je n'étais pas ce que je suis, ou du moins celui que je prétends être ? Depuis mes dix-sept ans, je n'ai eu que ça, mon écriture, ma carrière, ne me demande pas de sacrifier ce à quoi je tiens par dessus tout pour toi. Je n'en suis pas capable.
-    Mais je pourrais te rendre heureux, dis-je avec prétention.
-    Même si cela pouvait me rendre heureux. Je refuse de prendre un tel risque.
-    Mais je sais que tu n'es pas comme ça... Que tu n'es pas du genre à te complaire dans un état de...
-    Tu ne sais rien, m'interrompit-il. Tu ne connais de moi que ce que j'ai bien voulu te montrer. Qui es-tu pour juger de ce que je devrais faire ? Qui es-tu pour me juger ?
-    Je ne te juge pas. Je veux juste... T'aider.
-    Je n'ai pas besoin de ton aide, dit-il, piqué au vif.
-    Je sais que tu n'es pas de ceux qui reviennent sur leurs décisions, dis-je, sentant les larmes me monter aux yeux, mais tu as fait une exception pour cette nuit, et je voudrais que tu acceptes de faire une nouvelle exception... J'accepterais que tu continues de voir cette femme, même si cela me coûterait énormément et que je ne sais pas si...
-    Je l'ai quittée. Hier.
  J'eus un instant le fol espoir que la raison de cette séparation ait été notre rencontre de la veille.
-    Alors...
  Ses yeux gris se détournèrent vers la porte ouverte de la cuisine et il soupira avant de prononcer d'une voix neutre :
-    Au revoir, Gabriel.
  Et ce fut tout.
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Tous les commentaires de l'article:
Chapitre LIV.

  • cicipouce

    dim 28 déc 2008 09:58

    et le pire je dirais que c'était plus que prévisible
    je trouve Gabriel plus que collant, il en ait presk énervant

  • Mahea

    sam 19 jan 2008 12:02

    C'est quand que jvais pouvoir tuer Andreï de sang froid? parce que chaque fois que jme mets à la détester.. il me touche >_<

  • Mymic

    sam 19 jan 2008 11:14

    je trouve que le discours de Gabriel est bizarre... je veux dire, il l'a déjà dit plein de fois... je pensais qu'il jouerait plus sur la corde sensible, genre *impossible ? et pourquoi pas ? et si tu te laissais un peu aller, Andrei ?* ou un truc comme ça. je veux dire peut-on reprocher à Andrei de ne penser qu'à sa pomme ? c'est le jeu, c'est la règle, et Gabriel le savait...

  • carolo74

    ven 18 jan 2008 21:10

    Oula la encore dur à encaissé =( !!

    J'èspère qu'il changera d'avis...

    Bisous

  • Yue

    jeu 17 jan 2008 20:00

    Oh mais je t'en veux pas car je sais que tu reviendra!! Enfin je l'espère!! Pour mon cadeau je dis pas non :p hihihihihi Mais pas toute suite lol moi aussi je suis blindé!!! J'ai commencer un autre chap mais jai pas le temsp de le finir encore ^^Bisouxxx Claire!!!!
    COurage pour les cours!!!!!!!

  • Yue

    jeu 17 jan 2008 18:39

    AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA MAIS PUNAISEUH!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Ste plait CLaire, rien que pour moi!!! Tu veux pas me faire un chapitre HS où il vécurent heureux!!!!!!!!!!!!! Sans conséquences néfastes pour l'un et pour l'autre !!!!! ALLER!!!! C'est mon anniv jourdui..... TT

  • elle sid

    mer 16 jan 2008 21:15

    quoi ? 0_o
    mais, heu...
    ouiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnn
    *pars en pleurant et sans avoir rien dit*

  • Coralie

    mer 16 jan 2008 20:53

    ah le con !

    Rebelle toi Gabriel !

  • zouki

    mer 16 jan 2008 20:21

    jadore cet article ! il rend andrei un peu plus accessible bizarement. je suis certaine que ce ne sera pas tout ^^
    ta vraiment un talent fou

  • chloe

    mer 16 jan 2008 20:01

    et beh dis donc!!! Au moins Gabriel a enfin réussi à dire tout ce qu'il avait sur le coeur même si le résultat n'est pas forcément celui qu'il voulait :S
    La suite!!! ^^




 

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