C'était fini. J'avais
été l'outil de ses désirs pour la
dernière fois, et ceci non pas parce que je comptais me
refuser à lui, uniquement car c'était sa
volonté. Il ne me regarderait plus, ne m'embrasserait plus,
ne me toucherait plus, ne me ferait plus l'amour. Le temps d'une
nuit j'avais espéré qu'il reviendrait sur sa
décision, qu'il avait des sentiments pour moi, juste de
l'affection, mais il m'avait clairement fait comprendre qu'il n'en
était rien. Il avait définitivement tiré un
trait sur le simulacre de relation qui nous avait lié, en
piétinant mes émotions sans regret.
Mais il m'était impossible de me résoudre à la fin de notre histoire, en reconnaissant simplement qu'elle était irréalisable et que seul le mépris brillait dans les yeux d'Andreï lorsqu'il m'avait fait ses adieux. Je ne pouvais y croire pour la bonne raison qu'il m'avait avoué à demi-mots qu'au fond de lui, il désirai,t sans que cela ne soit réalisable, que nous ne nous quittions pas. J'avais l'intime conviction que mon interprétation subjective de ses paroles n'était pas si erronnée, j'étais persuadé qu'il avait réellement envie de me garder à ses côtés, mais quelle importance cela pouvait-il bien avoir ? Pouvais-je entrer en concurrence avec sa carrière ? J'étais prêt à faire d'immenses sacrifices pour lui, mais il ne semblait pas disposer à en faire de même, et je ne pouvais pas l'en blâmer. Qui étais-je pour entrer dans sa vie et décider que je n'en sortirais plus ?
Un instant, j'eus de la compassion pour lui, étriqué dans un rôle qui ne lui convenait pas, cerné de toutes parts par une image qu'il se devait d'assumer et de créer lui-même. Etait-il plus heureux que moi ? Etait-il heureux ? Sa perpétuelle impassibilité ne me permettait pas de le déterminer, mais j'étais certain que ce n'était pas le cas. J'essayais de croire que ses multiples passades et ses sautes d'humeur cachaient une détresse profonde mais je ne parvenais pas à imaginer celui qui avait été mon amant en proie à des émotions, soumis à une souffrance qu'il ne pouvait contrôler. Ce n'était pas Andreï, et cela ne le serait jamais.
L'écrivain s'apprêtait à publier un nouveau livre, et il m'était impossible de l'ignorer, d'autant plus que je travaillais dans le milieu journalistique et que ma spécialisation dans la littérature m'avait fait directement intégrer le service correspondant. Ainsi, j'étais sans cesse confronté à l'homme que j'aimais, au détour d'un couloir, au beau milieu d'un communiqué ou encore dans les conversations qui alimentaient les pauses de mes collègues. J'avais sous-estimé l'impact de l'écrivain sur ses lecteurs, trop occupé à resasser la passion de Daphné pour lui. Je ne m'étais pas rendu compte qu'il avait tant d'adeptes, et je compris alors en quoi les rumeurs insistantes sur sa possible homosexualité risquaient de lui porter préjudice.
- Je suis sûr que c'est Mounia qui va avoir le papier sur Sidorov. Elle est plutôt dans les petits papiers du boss en ce moment.
- Ma femme était verte quand elle a lu dans son magazine qu'il était homo.
- Sérieux ?
- Ah, je te jure ! Elle était là à dire que si c'était le cas, il n'avait aucune compétence pour parler d'amour. Enfin bref, elle était sacrément déçue.
- A ce point ?
- Bah ouais.
- Moi, tant qu'ils m'approchent pas, ça va, ça me dérange pas.
- Ouais, pareil.
- Enfin, de là à lui en vouloir parce que...
- Oh, c'est Camille, tu sais, elle est un peu excessive.
- Oui, mais quand même...
Je laissai là la machine à café et mes deux collègues, n'ayant aucune envie d'en entendre davantage. Je repris donc le chemin de mon bureau pour laisser tomber lourdement mes photocopies sur le plan de travail. Je m'assis et posai mes coude sur le rebord de la table en bois avant de prendre ma tête entre mes mains. La vie continuait, Andreï écrivait, publiait, il se contentait de suivre son propre chemin, celui auquel il tenait, celui qu'il affectionnait plus que moi. N'était-il pas temps de se résigner et d'obéir au dernier de ses ordres ? Cependant, je ne pouvais me résoudre à sacrifier mon bonheur au prix de sa tranquilité. Des menteurs peuvent faire croire que le bien-être de la personne qu'ils aiment les contente amplement, ils peuvent imaginer abandonner leurs rêves pour celui qui les a conquis, mais ce n'était pas mon cas. Pétri d'égoïsme, je voulais mon amant pour moi, sans me soucier des conséquences que cela pourrait avoir sur sa propre vie. Je n'envisageais pas tout quitter ainsi, uniquement pour qu'il ne soit pas inquiété, je devais faire preuve d'égoïsme à mon tour. Etrangement, cette idée me remplit d'aise, il était temps pour moi d'être mon propre maître et de dicter moi-même mes règles du jeu. J'eus un sourire triste à l'énonciation de ces belles théories, j'en étais évidemment incapable. Même avec tous les efforts du monde, il me serait impossible d'atteindre ce degré d'irrespect, j'étais bien trop faible.
Mais il m'était impossible de me résoudre à la fin de notre histoire, en reconnaissant simplement qu'elle était irréalisable et que seul le mépris brillait dans les yeux d'Andreï lorsqu'il m'avait fait ses adieux. Je ne pouvais y croire pour la bonne raison qu'il m'avait avoué à demi-mots qu'au fond de lui, il désirai,t sans que cela ne soit réalisable, que nous ne nous quittions pas. J'avais l'intime conviction que mon interprétation subjective de ses paroles n'était pas si erronnée, j'étais persuadé qu'il avait réellement envie de me garder à ses côtés, mais quelle importance cela pouvait-il bien avoir ? Pouvais-je entrer en concurrence avec sa carrière ? J'étais prêt à faire d'immenses sacrifices pour lui, mais il ne semblait pas disposer à en faire de même, et je ne pouvais pas l'en blâmer. Qui étais-je pour entrer dans sa vie et décider que je n'en sortirais plus ?
Un instant, j'eus de la compassion pour lui, étriqué dans un rôle qui ne lui convenait pas, cerné de toutes parts par une image qu'il se devait d'assumer et de créer lui-même. Etait-il plus heureux que moi ? Etait-il heureux ? Sa perpétuelle impassibilité ne me permettait pas de le déterminer, mais j'étais certain que ce n'était pas le cas. J'essayais de croire que ses multiples passades et ses sautes d'humeur cachaient une détresse profonde mais je ne parvenais pas à imaginer celui qui avait été mon amant en proie à des émotions, soumis à une souffrance qu'il ne pouvait contrôler. Ce n'était pas Andreï, et cela ne le serait jamais.
L'écrivain s'apprêtait à publier un nouveau livre, et il m'était impossible de l'ignorer, d'autant plus que je travaillais dans le milieu journalistique et que ma spécialisation dans la littérature m'avait fait directement intégrer le service correspondant. Ainsi, j'étais sans cesse confronté à l'homme que j'aimais, au détour d'un couloir, au beau milieu d'un communiqué ou encore dans les conversations qui alimentaient les pauses de mes collègues. J'avais sous-estimé l'impact de l'écrivain sur ses lecteurs, trop occupé à resasser la passion de Daphné pour lui. Je ne m'étais pas rendu compte qu'il avait tant d'adeptes, et je compris alors en quoi les rumeurs insistantes sur sa possible homosexualité risquaient de lui porter préjudice.
- Je suis sûr que c'est Mounia qui va avoir le papier sur Sidorov. Elle est plutôt dans les petits papiers du boss en ce moment.
- Ma femme était verte quand elle a lu dans son magazine qu'il était homo.
- Sérieux ?
- Ah, je te jure ! Elle était là à dire que si c'était le cas, il n'avait aucune compétence pour parler d'amour. Enfin bref, elle était sacrément déçue.
- A ce point ?
- Bah ouais.
- Moi, tant qu'ils m'approchent pas, ça va, ça me dérange pas.
- Ouais, pareil.
- Enfin, de là à lui en vouloir parce que...
- Oh, c'est Camille, tu sais, elle est un peu excessive.
- Oui, mais quand même...
Je laissai là la machine à café et mes deux collègues, n'ayant aucune envie d'en entendre davantage. Je repris donc le chemin de mon bureau pour laisser tomber lourdement mes photocopies sur le plan de travail. Je m'assis et posai mes coude sur le rebord de la table en bois avant de prendre ma tête entre mes mains. La vie continuait, Andreï écrivait, publiait, il se contentait de suivre son propre chemin, celui auquel il tenait, celui qu'il affectionnait plus que moi. N'était-il pas temps de se résigner et d'obéir au dernier de ses ordres ? Cependant, je ne pouvais me résoudre à sacrifier mon bonheur au prix de sa tranquilité. Des menteurs peuvent faire croire que le bien-être de la personne qu'ils aiment les contente amplement, ils peuvent imaginer abandonner leurs rêves pour celui qui les a conquis, mais ce n'était pas mon cas. Pétri d'égoïsme, je voulais mon amant pour moi, sans me soucier des conséquences que cela pourrait avoir sur sa propre vie. Je n'envisageais pas tout quitter ainsi, uniquement pour qu'il ne soit pas inquiété, je devais faire preuve d'égoïsme à mon tour. Etrangement, cette idée me remplit d'aise, il était temps pour moi d'être mon propre maître et de dicter moi-même mes règles du jeu. J'eus un sourire triste à l'énonciation de ces belles théories, j'en étais évidemment incapable. Même avec tous les efforts du monde, il me serait impossible d'atteindre ce degré d'irrespect, j'étais bien trop faible.



Fille de Joie
mar 25 nov 2008 22:30