Je ne croyais pas au destin,
je n'avais aucune foi en une force supérieure, et pourtant
j'avais la terrible impression que tout était mis en place
me faire revenir sur mes dires.
Lorsque je vis le visage défait de Mounia émerger du bureau de mon responsable direct, je sentis se profiler la catastrophe sans pour autant la visualiser complètement, comme si mon esprit avait compris sans réussir à le formuler que quelque chose de désagréable se préparait. Avec un agacement visible, ma collègue ma lança :
- Il veut te voir. Tout de suite.
- Il t'a dit pourquoi ?
- A ton avis ?
Je n'avais aucun avis sur la question mais je sentais toujours au plus profond de moi que ce que j'allais entendre n'allait pas me faire plaisir, que la raison de la colère de Mounia était bien celle que je redoutais : Andreï. Toujours présent, obsédant, son image refusant délibérément de quitter mes pensées pour me laisser enfin tranquille, pour me laisser retourner à ma vie d'avant.
Et il ne suffit que de cinq mots pour confirmer mes craintes :
- Lancement bouquin Sidorov. Pour toi, prononça mon supérieur, un téléphone calé entre le menton et l'épaule tandis que ses mains retournaient sans vergogne les papiers qui gisaient sur son bureau.
- Quoi ?
- Les invitations pour la soirée sont dans ton casier. C'est samedi. Bonne chance.
- Mais c'est dans deux jours !
- Ca te laisse deux jours pour trouver un costume, grogna-t-il en cloturant la conversation d'un geste de la main.
Je quittai le bureau toujours abasourdi. Alors même que je venais de prendre la décision de l'écarter de ma vie, d'être raisonnable, il resurgissait pour hanter la moindre de mes pensées et y injecter le doux poison de mon amour pour lui. Quelques jours plus tôt, j'aurais accueilli la nouvelle avec excitation, mais ce n'était plus le cas, j'avais enfin compris qu'il était temps de le laisser partir sans chercher à le retenir, c'était peine perdue. J'avais réussi à me résoudre à tourner la page, mais le chapitre suivant accueillait toujours en son sein le même protagoniste, encore et encore, comme s'il ne comptait jamais disparaître, s'effacer pour me laisser tranquille pour la première fois depuis un temps qui me paraissait démesurément long.
Après tout, que risquais-je ? Il ne souhaitait plus me parler, plus me voir, il se contenterait de m'ignorer, peut-être même de me mépriser, et ce comportement nourrirait mes convictions. Je n'allais assister au lancement de son livre qu'en tant que journaliste. Je ne pus que remarquer le pincement au coeur que je ressentis alors que j'imaginais mon ancien amant et moi côté à côté à cette soirée, officiellement. Mais ce rêve idyllique n'avait pas lieu d'être, il ne se réaliserait jamais. A quoi bon fantasmer sur une vie à deux désormais improbable quand le seul fruit de ces réflexions ne pouvait être que la souffrance ?
Je retombais progressivement dans ma dépendance, malgré tous mes efforts pour ne pas replonger dans ce terrible état de fait. Je me sentais glisser le long d'un puit sans fond, m'accrochant à toutes mes appréhensions, rares aspérités dans la roche. Tombant, tombant à n'en plus finir dans l'attente de l'impact, d'un choc mat qui me briserait. Mais comment résister à la chute alors que les rares angoisses qui vous maintiennent à la surface cèdent toutes par la simple volonté de celui qui vous tire vers le fond et qui vous donne l'impression qu'avec lui, tout ira mieux, au moins pour un temps ?
Son aura comptait-elle me poursuivre encore et encore jusqu'à l'épuisement ? Et qu'adviendrait-il une fois que je serais trop épuisé pour lutter une seconde de plus ? Rien. Andreï ne me reviendrait pas. Je me contenterais de ressasser ma souffrance et mes regrets, seul, inutile et trop faible pour oser lui imposer ma présence.
J'avais sottement cru que cette simple nuit n'aurait pas affecté ma farouche détermination à l'exclure de ma vie et je m'étais lourdement trompé. J'avais repris goût à ses lèvres, à sa peau contre la mienne, à son corps à l'intérieur du mien, à lui.
Je me laissai tomber dans mon fauteuil, consterné. Depuis quand ne me posais-je plus de question au sujet de mon orientation sexuelle ? Depuis quand avais-je oublié mon malaise pour considérer Andreï comme un amant merveilleux sans prêter attention une seule seconde au genre de celui qui me faisait l'amour ? Je n'étais pas hétérosexuel, je n'étais pas bisexuel, je n'étais pas homosexuel, j'étais amoureux fou d'Andreï. Uniquement.
Lorsque je vis le visage défait de Mounia émerger du bureau de mon responsable direct, je sentis se profiler la catastrophe sans pour autant la visualiser complètement, comme si mon esprit avait compris sans réussir à le formuler que quelque chose de désagréable se préparait. Avec un agacement visible, ma collègue ma lança :
- Il veut te voir. Tout de suite.
- Il t'a dit pourquoi ?
- A ton avis ?
Je n'avais aucun avis sur la question mais je sentais toujours au plus profond de moi que ce que j'allais entendre n'allait pas me faire plaisir, que la raison de la colère de Mounia était bien celle que je redoutais : Andreï. Toujours présent, obsédant, son image refusant délibérément de quitter mes pensées pour me laisser enfin tranquille, pour me laisser retourner à ma vie d'avant.
Et il ne suffit que de cinq mots pour confirmer mes craintes :
- Lancement bouquin Sidorov. Pour toi, prononça mon supérieur, un téléphone calé entre le menton et l'épaule tandis que ses mains retournaient sans vergogne les papiers qui gisaient sur son bureau.
- Quoi ?
- Les invitations pour la soirée sont dans ton casier. C'est samedi. Bonne chance.
- Mais c'est dans deux jours !
- Ca te laisse deux jours pour trouver un costume, grogna-t-il en cloturant la conversation d'un geste de la main.
Je quittai le bureau toujours abasourdi. Alors même que je venais de prendre la décision de l'écarter de ma vie, d'être raisonnable, il resurgissait pour hanter la moindre de mes pensées et y injecter le doux poison de mon amour pour lui. Quelques jours plus tôt, j'aurais accueilli la nouvelle avec excitation, mais ce n'était plus le cas, j'avais enfin compris qu'il était temps de le laisser partir sans chercher à le retenir, c'était peine perdue. J'avais réussi à me résoudre à tourner la page, mais le chapitre suivant accueillait toujours en son sein le même protagoniste, encore et encore, comme s'il ne comptait jamais disparaître, s'effacer pour me laisser tranquille pour la première fois depuis un temps qui me paraissait démesurément long.
Après tout, que risquais-je ? Il ne souhaitait plus me parler, plus me voir, il se contenterait de m'ignorer, peut-être même de me mépriser, et ce comportement nourrirait mes convictions. Je n'allais assister au lancement de son livre qu'en tant que journaliste. Je ne pus que remarquer le pincement au coeur que je ressentis alors que j'imaginais mon ancien amant et moi côté à côté à cette soirée, officiellement. Mais ce rêve idyllique n'avait pas lieu d'être, il ne se réaliserait jamais. A quoi bon fantasmer sur une vie à deux désormais improbable quand le seul fruit de ces réflexions ne pouvait être que la souffrance ?
Je retombais progressivement dans ma dépendance, malgré tous mes efforts pour ne pas replonger dans ce terrible état de fait. Je me sentais glisser le long d'un puit sans fond, m'accrochant à toutes mes appréhensions, rares aspérités dans la roche. Tombant, tombant à n'en plus finir dans l'attente de l'impact, d'un choc mat qui me briserait. Mais comment résister à la chute alors que les rares angoisses qui vous maintiennent à la surface cèdent toutes par la simple volonté de celui qui vous tire vers le fond et qui vous donne l'impression qu'avec lui, tout ira mieux, au moins pour un temps ?
Son aura comptait-elle me poursuivre encore et encore jusqu'à l'épuisement ? Et qu'adviendrait-il une fois que je serais trop épuisé pour lutter une seconde de plus ? Rien. Andreï ne me reviendrait pas. Je me contenterais de ressasser ma souffrance et mes regrets, seul, inutile et trop faible pour oser lui imposer ma présence.
J'avais sottement cru que cette simple nuit n'aurait pas affecté ma farouche détermination à l'exclure de ma vie et je m'étais lourdement trompé. J'avais repris goût à ses lèvres, à sa peau contre la mienne, à son corps à l'intérieur du mien, à lui.
Je me laissai tomber dans mon fauteuil, consterné. Depuis quand ne me posais-je plus de question au sujet de mon orientation sexuelle ? Depuis quand avais-je oublié mon malaise pour considérer Andreï comme un amant merveilleux sans prêter attention une seule seconde au genre de celui qui me faisait l'amour ? Je n'étais pas hétérosexuel, je n'étais pas bisexuel, je n'étais pas homosexuel, j'étais amoureux fou d'Andreï. Uniquement.



cicipouce
dim 28 déc 2008 10:06