- Il va me jeter
dehors à coups de pied au cul.
- Je ne comprends pas, dit ma soeur en faisant tournoyer son joint dans les airs. Il dit qu'il ne ressent rien. Pas spécialement pour toi, mais en général.
- Bah oui.
- Et pourtant il serait susceptible de te virer de son petit cocktail mondain.
- Bah oui.
- Mais s'il ne ressentait rien, il n'en aurait rien à faire et il te laisserait faire ta vie.
- Bah oui.
- Alors c'est à n'y rien comprendre.
- Bah non.
Elle s'enfonça plus profondément dans le canapé en crachant une épaisse fumée et une concentration extrème crispa ses traits.
- Ou alors...
- Ne dis rien.
- Ou alors, reprit-elle, il a des sentiments pour toi... Et s'il veut t'éloigner c'est justement parce qu'il ne veut pas avoir des sentiments qu'il ne veut pas avoir parce qu'il ne veut pas avoir de...
La fin de sa phrase se perdit en un murmure incompréhensible pour le commun des mortels.
- Non, c'est pas le genre.
- Attends, ce type ne peut pas ne rien ressentir, il est humain ! Il est humain ? me demanda-t-elle, sincèrement préoccupée.
- Evidemment.
- Voilà ! Il ne peut pas rester insensible à tout ce qui l'entoure, quoiqu'il en dise ! Je te jure que je suis sûre de ce que j'avance. Tu verras, dit-elle dans une grimace mystique.
- Je n'y crois pas trop. Je suis sûr qu'il en est tout à fait capable.
- Tu l'idéalises trop. Il est comme toi et moi. En un peu plus bizarre évidemment. Mais je ne vois que ça. En fait, c'est la seule explication... Il a été vraiment lunatique, mais il a quand même fait preuve de gentillesse vis-à-vis de toi, ça veut dire quelque chose. Parce que d'après ce que tu m'as dit, c'est pas trop sa tasse de thé.
- Je n'en sais rien. Et je pense que je ne le saurai jamais, dis-je en trempant les lèvres dans ma vodka orange mal dosée.
- Je te dis qu'il va revenir. Il a des sentiments pour toi, j'en suis sûre.
- Peut-être, dis-je, soudainement gêné par tant de prétention. Mais même si c'était le cas, il ne l'avouerait jamais, alors c'est du pareil au même.
- Fais-moi confiance. Il va revenir vers toi. Ou au moins accepter que tu reviennes vers lui.
J'aurais voulu pouvoir y croire mais les faits ne me laissaient aucun espoir.
Cependant, l'idée de ma soeur avait fait son chemin, c'est ainsi que j'abordai le samedi matin avec un mal de crâne carabiné et un espoir revenu et toujours plus grandissant. Il m'était impossible de prétendre que je n'avais pas eu un instant la folle impression qu'Andreï pouvait avoir des sentiments pour moi, qu'il ne m'était jamais venu à l'esprit qu'il ait voulu m'exclure de sa vie pour d'autres raisons que la mise en danger de sa carrière. Malgré la difficulté, je tentais de raisonner avec une certaine objectivité et force m'était de reconnaître qu'il ne m'avait jamais rejeté par lassitude, il ne m'avait pas non plus énoncé clairement que je ne l'intéressais pas. Connaissant le personnage et le sachant si peu enclin à faire grand cas des sentiments de ses semblables, je l'imaginais difficilement ne pas évoquer son ennui et son désintérêt voire son mépris pour moi dans l'unique but de ne pas heurter ma sensibilité. Il s'était contenté de mentionner sa carrière, rien de plus, ne faisant que renforcer des certitudes écloses en moi qui n'attendaient qu'une matière propice à leur développement.
J'étais impuissant à rivaliser avec la terrible maîtresse qu'était l'Ecriture, cependant j'étais tout à fait capable de me placer en retrait. Je le voulais et j'étais prêt à toutes les concessions pour l'avoir, prêt à accepter d'être la dernière de ses priorités et à m'offrir à lui sans les inhibitions qui m'avaient d'abord retenu. Andreï était homme à faire oublier les bienséances et les convenances. Connaissant trop bien l'être humain et ayant tant d'ascendant sur lui qu'il avait réussi à me rendre fier de notre brève liaison tandis que quelques mois auparavant, j'étais encore dégouté par l'homosexualité, même platonique.
Je voulais saisir l'inssaisissable et posséder celui qui, à ma connaissance, ne s'était jamais laissé approcher d'assez près pour être capturé, ni même cerné.
- Je ne comprends pas, dit ma soeur en faisant tournoyer son joint dans les airs. Il dit qu'il ne ressent rien. Pas spécialement pour toi, mais en général.
- Bah oui.
- Et pourtant il serait susceptible de te virer de son petit cocktail mondain.
- Bah oui.
- Mais s'il ne ressentait rien, il n'en aurait rien à faire et il te laisserait faire ta vie.
- Bah oui.
- Alors c'est à n'y rien comprendre.
- Bah non.
Elle s'enfonça plus profondément dans le canapé en crachant une épaisse fumée et une concentration extrème crispa ses traits.
- Ou alors...
- Ne dis rien.
- Ou alors, reprit-elle, il a des sentiments pour toi... Et s'il veut t'éloigner c'est justement parce qu'il ne veut pas avoir des sentiments qu'il ne veut pas avoir parce qu'il ne veut pas avoir de...
La fin de sa phrase se perdit en un murmure incompréhensible pour le commun des mortels.
- Non, c'est pas le genre.
- Attends, ce type ne peut pas ne rien ressentir, il est humain ! Il est humain ? me demanda-t-elle, sincèrement préoccupée.
- Evidemment.
- Voilà ! Il ne peut pas rester insensible à tout ce qui l'entoure, quoiqu'il en dise ! Je te jure que je suis sûre de ce que j'avance. Tu verras, dit-elle dans une grimace mystique.
- Je n'y crois pas trop. Je suis sûr qu'il en est tout à fait capable.
- Tu l'idéalises trop. Il est comme toi et moi. En un peu plus bizarre évidemment. Mais je ne vois que ça. En fait, c'est la seule explication... Il a été vraiment lunatique, mais il a quand même fait preuve de gentillesse vis-à-vis de toi, ça veut dire quelque chose. Parce que d'après ce que tu m'as dit, c'est pas trop sa tasse de thé.
- Je n'en sais rien. Et je pense que je ne le saurai jamais, dis-je en trempant les lèvres dans ma vodka orange mal dosée.
- Je te dis qu'il va revenir. Il a des sentiments pour toi, j'en suis sûre.
- Peut-être, dis-je, soudainement gêné par tant de prétention. Mais même si c'était le cas, il ne l'avouerait jamais, alors c'est du pareil au même.
- Fais-moi confiance. Il va revenir vers toi. Ou au moins accepter que tu reviennes vers lui.
J'aurais voulu pouvoir y croire mais les faits ne me laissaient aucun espoir.
Cependant, l'idée de ma soeur avait fait son chemin, c'est ainsi que j'abordai le samedi matin avec un mal de crâne carabiné et un espoir revenu et toujours plus grandissant. Il m'était impossible de prétendre que je n'avais pas eu un instant la folle impression qu'Andreï pouvait avoir des sentiments pour moi, qu'il ne m'était jamais venu à l'esprit qu'il ait voulu m'exclure de sa vie pour d'autres raisons que la mise en danger de sa carrière. Malgré la difficulté, je tentais de raisonner avec une certaine objectivité et force m'était de reconnaître qu'il ne m'avait jamais rejeté par lassitude, il ne m'avait pas non plus énoncé clairement que je ne l'intéressais pas. Connaissant le personnage et le sachant si peu enclin à faire grand cas des sentiments de ses semblables, je l'imaginais difficilement ne pas évoquer son ennui et son désintérêt voire son mépris pour moi dans l'unique but de ne pas heurter ma sensibilité. Il s'était contenté de mentionner sa carrière, rien de plus, ne faisant que renforcer des certitudes écloses en moi qui n'attendaient qu'une matière propice à leur développement.
J'étais impuissant à rivaliser avec la terrible maîtresse qu'était l'Ecriture, cependant j'étais tout à fait capable de me placer en retrait. Je le voulais et j'étais prêt à toutes les concessions pour l'avoir, prêt à accepter d'être la dernière de ses priorités et à m'offrir à lui sans les inhibitions qui m'avaient d'abord retenu. Andreï était homme à faire oublier les bienséances et les convenances. Connaissant trop bien l'être humain et ayant tant d'ascendant sur lui qu'il avait réussi à me rendre fier de notre brève liaison tandis que quelques mois auparavant, j'étais encore dégouté par l'homosexualité, même platonique.
Je voulais saisir l'inssaisissable et posséder celui qui, à ma connaissance, ne s'était jamais laissé approcher d'assez près pour être capturé, ni même cerné.

Mawiie
jeu 31 jan 2008 14:52