Jamais attente ne me parut
plus longue et il me fut difficile lorsqu'un ancien collègue
de Littera m'aborda pour me faire la conversation de
concentrer mon attention sur lui, trop occupé que
j'étais à admirer celui qui affichait son
mépris et son ennui avec tant de classe.
Lorsqu'Andreï me fit un signe discret de la main, je m'excusai auprès d'Etienne et pris la direction de la sortie seul, pour que le lien ne puisse être fait entre mon ancien amant et moi-même. J'attendis devant l'immeuble une dizaine de minutes avant de le voir pousser la lourde porte en fer forgée.
- Je suis garé en face.
Il déverrouilla la berline noire et y prit place. Alors que j'ouvrais la portière droite, je restai figé quelques instants. Etait-il raisonnable de le suivre alors que je savais pertinemment que j'allais en souffrir à nouveau ? N'était-il pas temps de sacrifier mes envies au profit d'un comportement plus adulte ? Il l'avait justement souligné, je n'étais plus celui qui le suivait aveuglément en toutes circonstances, notre relation m'avait fait évoluer et ce rôle de jouet ne me plaisait plus, ou du moins, moins qu'auparavant. Je ne voulais plus être l'objet de ses désirs lunatiques et, même si je doutais qu'il en fut capable, je rêvais d'une véritable relation. J'avais parfaitement compris que rien d'officiel ne pourrait naître de notre histoire mais je voulais que lui-même reconnaisse son existence. Cependant, rien n'était plus incertain et simple fait de m'assoir dans cette voiture me replongerait dans des tourments que j'avais tenté d'oublier sans résultat. Il était encore temps de refermer la portière sur un futur difficile et de dire adieu à Andreï pour toujours, mais cela m'était impossible. Il avait fait preuve, ce soir-là, d'une humanité que je ne lui connaissais pas et j'étais mué par la curiosité de découvrir ce à quoi cela pouvait nous mener. Je voulais apercevoir un Andreï qui m'avait toujours été refusé jusqu'à présent, voir jusqu'où ce dévoilement pouvait se développer.
- Tu montes ? demanda-t-il avec une voix dans laquelle perçait un certain agacement.
Je refermai la portière sur moi, acceptant un avenir incertain et indubitablement difficile. Une voix attira mon attention et je tournai la tête pour apercevoir un homme hurler de l'autre côté de la rue :
- Andreï ! Tu ne peux pas partir maintenant !
Sans regarder derrière lui, l'homme assis à mes côtés enfonça la pédale de l'accélérateur et démarra dans un crissement de pneus qui déchira le silence nocturne. La voiture prit de la vitesse, abandonnant derrière elle l'homme gesticulant en vain.
- C'était qui ?
- Mon éditeur, dit Andreï d'une voix neutre tandis qu'il brulait un feu rouge.
Lorsque la lourde porte noire s'ouvrit sur un appartement plongé dans l'obscurité, je ne pus retenir un frisson. J'entrai à sa suite et restai silencieux tandis qu'il fouillait dans les poches de son manteau pour y trouver ses cigarettes. Ceci fait, il appuya sur l'interrupteur du salon et se laissa tomber dans son fauteuil. Dans une volute de fumée, il prit sa tête entre ses main avant de soupirer :
- Cette mascarade m'a épuisé.
- Il va falloir que je te pose des questions.
- Encore ?
- Pour mon article cette fois-ci.
- Encore un ?
- C'est pour ça que j'étais là ce soir.
- Ah, oui. En effet. Si ça continue, on va finir par m'associer à tes articles médiocres.
- Si ce n'est pas déjà fait, dis-je, ignorant la provocation ostentatoire.
- Et qu'est-ce que tu veux me demander ?
- En fait, j'en sais rien.
- Je vais me coucher, soupira-t-il en se levant.
- Je suis sûr que tu n'as jamais lu un de mes articles.
- En effet, à part celui qui me concernait, évidemment. Mais j'imagine qu'ils ne sont pas tous si mièvres ?
- Ca ne devrait pas m'étonner.
- Quoi donc ?
- Que tu n'aies lu que celui qui te concernait.
- Ca t'étonne ? demanda-t-il dans un sourire en coin.
Il éteignit sa cigarette et sortit de la pièce, je le suivis jusque dans la chambre. Il se déshabilla et se coucha sans un mot, quelques minutes plus tard, il s'était endormi. Je m'allongeai à ses côtés, incapable de trouver le sommeil. Je passai de longues minutes à admirer le visage de celui qui se dévoilait peu à peu. Je commençai à entr'apercevoir l'être vulnérable qu'il était en réalité et son doux visage que l'assoupissement avait décrispé me parut d'autant plus beau et harmonieux. Sa bouche s'entr'ouvrait sur une respiration régulière et je fus soudainement pris d'une folle envie de le serrer contre moi, cependant, je n'en fis rien. Je pensais que nous aurions fait l'amour ce soir là, mais ce ne fut pas le cas et je lui fus reconnaissant de ne pas me cantonner dans ce rôle d'objet sexuel qu'il semblait me donner généralement. Je ne retrouvais plus les éléments qui avaient plongé notre précédente histoire dans la déroute qu'elle avait connue et je m'autorisai alors à espérer une relation saine, ou du moins, moins compliqué qu'auparavant. Et c'est ainsi que je m'endormis, bercé autant par son souffle que de douces illusions.
Lorsqu'Andreï me fit un signe discret de la main, je m'excusai auprès d'Etienne et pris la direction de la sortie seul, pour que le lien ne puisse être fait entre mon ancien amant et moi-même. J'attendis devant l'immeuble une dizaine de minutes avant de le voir pousser la lourde porte en fer forgée.
- Je suis garé en face.
Il déverrouilla la berline noire et y prit place. Alors que j'ouvrais la portière droite, je restai figé quelques instants. Etait-il raisonnable de le suivre alors que je savais pertinemment que j'allais en souffrir à nouveau ? N'était-il pas temps de sacrifier mes envies au profit d'un comportement plus adulte ? Il l'avait justement souligné, je n'étais plus celui qui le suivait aveuglément en toutes circonstances, notre relation m'avait fait évoluer et ce rôle de jouet ne me plaisait plus, ou du moins, moins qu'auparavant. Je ne voulais plus être l'objet de ses désirs lunatiques et, même si je doutais qu'il en fut capable, je rêvais d'une véritable relation. J'avais parfaitement compris que rien d'officiel ne pourrait naître de notre histoire mais je voulais que lui-même reconnaisse son existence. Cependant, rien n'était plus incertain et simple fait de m'assoir dans cette voiture me replongerait dans des tourments que j'avais tenté d'oublier sans résultat. Il était encore temps de refermer la portière sur un futur difficile et de dire adieu à Andreï pour toujours, mais cela m'était impossible. Il avait fait preuve, ce soir-là, d'une humanité que je ne lui connaissais pas et j'étais mué par la curiosité de découvrir ce à quoi cela pouvait nous mener. Je voulais apercevoir un Andreï qui m'avait toujours été refusé jusqu'à présent, voir jusqu'où ce dévoilement pouvait se développer.
- Tu montes ? demanda-t-il avec une voix dans laquelle perçait un certain agacement.
Je refermai la portière sur moi, acceptant un avenir incertain et indubitablement difficile. Une voix attira mon attention et je tournai la tête pour apercevoir un homme hurler de l'autre côté de la rue :
- Andreï ! Tu ne peux pas partir maintenant !
Sans regarder derrière lui, l'homme assis à mes côtés enfonça la pédale de l'accélérateur et démarra dans un crissement de pneus qui déchira le silence nocturne. La voiture prit de la vitesse, abandonnant derrière elle l'homme gesticulant en vain.
- C'était qui ?
- Mon éditeur, dit Andreï d'une voix neutre tandis qu'il brulait un feu rouge.
Lorsque la lourde porte noire s'ouvrit sur un appartement plongé dans l'obscurité, je ne pus retenir un frisson. J'entrai à sa suite et restai silencieux tandis qu'il fouillait dans les poches de son manteau pour y trouver ses cigarettes. Ceci fait, il appuya sur l'interrupteur du salon et se laissa tomber dans son fauteuil. Dans une volute de fumée, il prit sa tête entre ses main avant de soupirer :
- Cette mascarade m'a épuisé.
- Il va falloir que je te pose des questions.
- Encore ?
- Pour mon article cette fois-ci.
- Encore un ?
- C'est pour ça que j'étais là ce soir.
- Ah, oui. En effet. Si ça continue, on va finir par m'associer à tes articles médiocres.
- Si ce n'est pas déjà fait, dis-je, ignorant la provocation ostentatoire.
- Et qu'est-ce que tu veux me demander ?
- En fait, j'en sais rien.
- Je vais me coucher, soupira-t-il en se levant.
- Je suis sûr que tu n'as jamais lu un de mes articles.
- En effet, à part celui qui me concernait, évidemment. Mais j'imagine qu'ils ne sont pas tous si mièvres ?
- Ca ne devrait pas m'étonner.
- Quoi donc ?
- Que tu n'aies lu que celui qui te concernait.
- Ca t'étonne ? demanda-t-il dans un sourire en coin.
Il éteignit sa cigarette et sortit de la pièce, je le suivis jusque dans la chambre. Il se déshabilla et se coucha sans un mot, quelques minutes plus tard, il s'était endormi. Je m'allongeai à ses côtés, incapable de trouver le sommeil. Je passai de longues minutes à admirer le visage de celui qui se dévoilait peu à peu. Je commençai à entr'apercevoir l'être vulnérable qu'il était en réalité et son doux visage que l'assoupissement avait décrispé me parut d'autant plus beau et harmonieux. Sa bouche s'entr'ouvrait sur une respiration régulière et je fus soudainement pris d'une folle envie de le serrer contre moi, cependant, je n'en fis rien. Je pensais que nous aurions fait l'amour ce soir là, mais ce ne fut pas le cas et je lui fus reconnaissant de ne pas me cantonner dans ce rôle d'objet sexuel qu'il semblait me donner généralement. Je ne retrouvais plus les éléments qui avaient plongé notre précédente histoire dans la déroute qu'elle avait connue et je m'autorisai alors à espérer une relation saine, ou du moins, moins compliqué qu'auparavant. Et c'est ainsi que je m'endormis, bercé autant par son souffle que de douces illusions.


Meryl
lun 11 fév 2008 14:05